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25 sep 18 25 sep 18

Les dirigeants mondiaux devront prendre des engagements audacieux lors du premier Sommet des Nations Unies sur la tuberculose

Il est absolument nécessaire d’accroître le nombre d’outils aujourd’hui disponibles pour sauver des vies, et d’élaborer un traitement simple, rapide et sûr contre la tuberculose.

Alors que les dirigeants mondiaux se réunissent cette semaine à New York à l’occasion du premier Sommet des Nations Unies sur la tuberculose, l’organisation humanitaire médicale internationale Médecins Sans Frontières (MSF) appelle les gouvernements à sauver davantage de vies en accroissant le nombre de dépistages et de traitements de la tuberculose aujourd’hui, et en prenant des engagements réels visant à élaborer des outils plus efficaces et plus simples contre la tuberculose demain.

Les chiffres présentés la semaine dernière par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) concernant l’incidence de la tuberculose à l’échelon mondial montrent que la réponse face à la maladie contagieuse la plus meurtrière du monde reste trop faible et trop lente, ce qui a entraîné la mort d’1,6 million de personnes et en a contaminé 10 millions d’autres en 2017. Le sous-diagnostic et le sous-signalement des cas de tuberculose restent un enjeu majeur : ces sept dernières années, plus d’un tiers des personnes vivant avec la tuberculose sont restées non dépistées d’une année sur l’autre.

L’une des principales raisons de ce rapport accablant est que les gouvernements mettent trop de temps à accroître le nombre d’outils de dépistage et de traitement disponibles aujourd’hui. Par exemple, l’OMS a pour la première fois recommandé l’utilisation d’un nouveau médicament oral, la bédaquiline, en 2013 pour soigner la tuberculose pharmaco-résistante. Toutefois, l’adoption de la bédaquiline et d’autres nouveaux médicaments reste très lente, et les médicaments restent inaccessibles à près de 90 pour cent des personnes qui auraient pu en bénéficier en 2017. C’est pourquoi, maintenant que l’OMS recommande d’utiliser de la bédaquiline comme base du traitement pour toutes les personnes souffrant de tuberculose multi-résistante (en remplacement des médicaments à injecter), les gouvernements doivent agir rapidement pour étendre l’accès à des programmes de traitement plus sûrs, plus efficaces et non injectables.

L'opportunité historique de combattre l’épidémie mondiale de tuberculose

« Nous avons été témoins de trop de décès absurdes et douloureux dans les pays où nous sommes présents, car les populations y restent privées d’accès aux meilleurs dépistages et traitements de la tuberculose disponibles aujourd’hui, qui sont plus efficaces et entraînent moins d’effets secondaires graves », explique le Dr. Gabriella Ferlazzo, conseillère tuberculose/VIH au sein de l’unité médicale de MSF en Afrique australe. « Le 26 septembre, les dirigeants mondiaux auront l’opportunité historique d’inverser la tendance et de combattre l’épidémie mondiale de tuberculose en prenant des engagements fermes en faveur d’un développement rapide de nouveaux outils permettant un dépistage et un traitement rapides de la maladie. »

Pendant des décennies, les fonds injectés dans la recherche et le développement (R&D) en matière de dépistage et de traitement de la tuberculose sont restés largement insuffisants. Les outils disponibles pour soigner la tuberculose n’ont quasiment pas changé depuis les années 1940, et seuls deux nouveaux antituberculeux ont été élaborés au cours des cinquante dernières années. Aujourd’hui, seulement 25 pour cent des personnes souffrant de tuberculose multi-résistante sont correctement diagnostiquées et soignées. Et les patients suffisamment « chanceux » pour être mis sous traitement doivent endurer deux années douloureuses, durant lesquelles ils reçoivent près de 170 piqûres et plus de 12 000 comprimés, les deux pouvant causer des effets secondaires lourds, y compris la surdité, la psychose, voire même le suicide. Les taux de guérison de la tuberculose multi-résistante sont épouvantables, avec seulement 55 pour cent des patients sous traitement déclarés guéris.

Alors qu’il existe aujourd’hui plusieurs nouveaux outils disponibles que les gouvernements doivent développer immédiatement, tels que la bédaquiline, il n’existe pas encore de traitement rapide et simple contre la tuberculose. Pour véritablement inverser la tendance de l’épidémie, il est urgent d’élaborer des traitements améliorés, des tests de dépistage simples et rapides, ainsi que des vaccins efficaces pour les adultes et les enfants.

« Comment se fait-il que nous soyons parvenus à envoyer des hommes sur la Lune et au plus profond de l’océan il y a plus de soixante ans, alors que des personnes souffrant de l’une des plus anciennes maladies de l’histoire humaine continuent de souffrir et de mourir car nous ne sommes pas parvenus à trouver un traitement simple, rapide et sûr contre la tuberculose ? », a déclaré Sharonann Lynch, conseillère tuberculose et VIH pour la Campagne d'accès aux médicaments essentiels (CAME) de MSF. « Ce qu’il faut pour obtenir un traitement plus rapide, plus simple et plus sûr de la tuberculose, c’est que les gouvernements se sentent suffisamment concernés pour en faire une priorité politique. Cette semaine, les dirigeants mondiaux doivent faire preuve de courage et assumer leur responsabilité collective afin de lutter contre cette urgence sanitaire mondiale et d’éviter un décès toutes les 18 secondes à cause de la tuberculose. »

Malgré le défi majeur que représente la tuberculose, les engagements des gouvernements pour soutenir et intensifier la recherche et le développement en matière de tuberculose sont restés largement insuffisants, avec un déficit de financement estimé à 1,3 milliard de dollars par an. C’est pourquoi les gouvernements doivent prendre des mesures et accroître fortement les investissements dans la recherche, tout en mobilisant la communauté de chercheurs et en soutenant de nouveaux modèles de recherche collaborative.

« Les gouvernements doivent cesser de priver de financement la R&D en matière de tuberculose et commencer à soutenir une R&D collaborative et intelligente, avec la promesse que les outils résultant de cette R&D soient disponibles et abordables », a ajouté Sharonann Lynch.

Depuis trente ans, MSF s’engage pour le traitement de la tuberculose, et travaille souvent aux côtés des autorités sanitaires nationales afin de soigner les populations dans des cadres très différents, y compris les zones de conflits chroniques, les bidonvilles urbains, les prisons, les camps de réfugiés et les zones rurales. En 2016, MSF a soutenu plus de 20 000 patients tuberculeux sous traitement, y compris 2 700 personnes présentant des formes pharmaco-résistantes de la tuberculose.

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