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15 juin 18 21 juin 18

Mali : Des soins psychologiques de première urgence pour les expulsés d’Algérie

Sonya Mounir est psychologue à Médecins Sans Frontières (MSF). De retour de Gao, au nord du Mali, elle raconte le soutien psychosocial apporté à des migrants maltraités lors de leur reconduite au Mali.

Vous revenez de Gao, ville par laquelle ont transité des centaines de migrants expulsés d’Algérie. Quelle était la situation dans cette ville?

Médecins Sans Frontières (MSF) est intervenue à Gao fin avril 2018, après avoir appris que plus de 700 migrants subsahariens expulsés d’Algérie transitaient par cette ville avant d’être retournés dans leurs pays d’origine.

Lorsque je suis arrivée, j’ai trouvé des personnes originaires de divers pays en Afrique subsaharienne, toutes épuisées par le trajet du retour et les mauvais traitements subis. Gao comptait des structures de fortune pour accueillir les migrants, mais rien n’était proposé pour combler leurs grands besoins de santé et de soutien psychosocial. C’est pourquoi nous avons distribué des kits d’hygiène à plus de 500 personnes et  offert une aide psychologique de première urgence à 260 migrants.

Quelles sont les difficultés rencontrées par ces migrants?

Ces migrants qui aboutissent à Gao sont très vulnérables et fragiles. Certains ont mis une semaine pour faire l'éprouvant trajet, d’autres jusqu’à trois mois : embarqués dans des camions à ciel ouvert sous des températures dépassant les 50 ºC, sans recevoir suffisamment d’eau ou de nourriture, insultés, escroqués voire tabassés pour certains…  Nous avons trouvé des personnes déshydratées, ou brûlées par le soleil.

L’histoire d’un Malien, Mamadou, m’a beaucoup touchée. Parti en Algérie dès 2014, il s’y était installé après avoir trouvé du travail, ce qui lui permettait d’envoyer un peu d’argent à sa famille. Des amis l'ont convaincu de tenter la traversée vers l’Europe en 2016; il est alors parti travailler en Libye où il a été exploité, maltraité par des trafiquants qui l'ont menacé de mort. Il est retourné chez son ancien employeur en Algérie fin 2017 et a commencé à suivre un traitement pour ses problèmes cutanés développés en Libye, en raison des mauvaises conditions d’hygiène. Et maintenant, il vient d'être expulsé d’Algérie, du jour au lendemain, sans possibilité de suivre son traitement ni d’emporter quoi que ce soit.

À Gao, nous avons rencontré des centaines d’expulsés comme Mamadou, venus de Sierra Leone, du Burkina Faso, ou encore de la Côte d’Ivoire, épuisés par la route de retour, ayant perdu tous les biens et économies accumulés au fil des ans en Algérie.

En quoi consiste le soutien psychosocial fourni par MSF ?

Les migrants que nous avons rencontrés ne restaient que quelques jours à Gao, mais nous leur avons offert un soutien essentiel en leur permettant de se confier, en les écoutant et en les rassurant. En effet, les troubles psychologiques ne se manifestent pas toujours au cours du trajet, durant lequel différentes réactions, comme l’indifférence, peuvent être adoptées : il s’agit surtout de survivre, aux privations, ou coups de fouet. Une fois arrivés dans une ville comme Gao où ils peuvent se sentir plus en sécurité, c’est souvent là que les migrants commencent à réaliser ce qui leur est arrivé et les sentiments refoulés refont surface.

Notre soutien psychosocial consiste d’abord à informer les migrants. Nous leur expliquons qu’il est possible qu’ils développent des réactions psychologiques à la suite des violences qu’ils ont endurées : cauchemars, malaises, perte d’appétit ou d’autres encore. Mais nous les rassurons en leur disant qu’ils ne sont pas fous, que leurs réactions sont normales après ce qu’ils ont subi. Nous leur donnons des conseils pour surmonter cette période passagère, par exemple en parlant à des personnes de leur communauté ou bien en cherchant le soutien de spécialistes. Il est important qu’ils puissent s’orienter vers les bonnes personnes pour soulager leurs souffrances, qu’elles soient physiques ou psychologiques.

Les équipes de Médecins Sans Frontières interviennent dans plusieurs localités au nord, aucentre et au sud du Mali, en renforçant l’offre de soins maternels et pédiatriques. L’organisation suit de près la situation des migrants expulsés d’Algérie et se tient prête à répondre en cas de besoins urgents.

  • En savoir plus sur les activités de MSF au Mali et en Algérie

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