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19 oct 18 19 oct 18

MSF Impulsion : Violence et migration en provenance d'Amérique centrale — pourquoi les gens cherchent-ils l'asile aux États-Unis?

Le gouvernement américain dirigé par le président Donald Trump intensifie les déportations et supprime les protections juridiques accordées aux réfugiés et aux demandeurs d'asile.

Pourtant, les gens continuent de chercher refuge en sol américain. Dans cet épisode de MSF Impulsion, nous examinons tant de personnes qui fuient des pays comme le Honduras, le Guatemala et le Salvador continuent à risquer des séparations, des déportations et des incarcérations aux États-Unis.

Chaque année, environ 500 000 personnes fuient la violence et la pauvreté extrêmes sévissant dans le Triangle du Nord de l'Amérique centrale, qui comprend le Honduras, le Salvador et le Guatemala. En dépit de conditions catastrophiques dans la région, les États-Unis et le Mexique ont concentré leurs efforts sur la détention et l'expulsion plutôt que sur la sécurité et le soutien. Les équipes de Médecins Sans Frontières (MSF) offrent des soins médicaux et psychosociaux aux personnes déplacées en Amérique centrale et au Mexique.

Stephanie Puccetti est conseillère en communications humanitaires pour le bureau de MSF aux États-Unis. Elle a récemment traversé le Honduras et le Mexique et longé la frontière américaine pour recueillir des informations sur les défis auxquels sont confrontés les migrants et les demandeurs d'asile. En tant que membre d’une équipe mondiale qui représente les opérations de MSF auprès des principales parties prenantes (gouvernements, organisations intergouvernementales et autres groupes humanitaires), elle veille à ce que ceux qui prennent des décisions aux niveaux politiques en comprennent bien les répercussions sur les communautés touchées. En partageant les perspectives de notre personnel sur le terrain et de nos patients, MSF vise à protéger et à élargir l’espace réservé à l’action humanitaire dans le domaine médical.

(Tiré de Desperate Journey: Fleeing invisible wars in Central America)

Pourquoi la crise humanitaire en Amérique centrale est-elle une priorité pour MSF? N'y a-t-il pas des conditions bien pires ailleurs dans le monde?

Ces dernières années. Nous avons vu un nombre croissant de Centraméricains fuir une violence horrible dans leur pays et entreprendre un dangereux voyage à travers le Mexique. MSF travaille dans les pays du monde touchés par des conflits, et les expériences de nos patients d'Amérique centrale ressemblent étrangement à celles de personnes dont la vie a été bouleversée par la guerre. En 2016, le Salvador et le Honduras se sont classés respectivement deuxième et quatrième au monde pour le nombre de morts violentes, rejoignant la Syrie et l'Afghanistan en tête de ce triste palmarès.

Nous sommes préoccupés par les effets de cette violence sur la santé et le bien-être de nos patients, ainsi que par le manque de protection et de services de soutien à leur disposition. 

La loi américaine sur les réfugiés offre une protection juridique aux personnes ayant besoin d'asile. Toutefois, le procureur général des États-Unis a décidé cette année d'éliminer la violence domestique et la violence des gangs en tant que fondement juridique de l'asile, mettant ainsi en danger des milliers de personnes confrontées à de réelles menaces. Ce changement empêche presque universellement les Centraméricains qui fuient la violence de chercher refuge aux États-Unis. Il est important de comprendre que l'asile est différent des autres types d'immigration et fournit des protections vitales aux personnes qui fuient la violence et les conflits armés. Le droit de demander l'asile est garanti par le droit national et international. MSF demande instamment au gouvernement américain de reconnaître pleinement les besoins humanitaires et les besoins de protection internationale des demandeurs d’asile en provenance d’Amérique centrale.

Est-il possible pour les gens de rester au Mexique au lieu d'aller aux États-Unis?

Sur papier, la loi mexicaine offre certaines protections aux demandeurs d'asile, mais dans la réalité, il est difficile pour les Centraméricains d'obtenir un asile légal et des protections adéquates au Mexique.  

De vastes régions du Mexique sont dangereuses et les migrants d'Amérique centrale sont particulièrement exposés à la violence et à l'extorsion aux mains des groupes criminels. Près de 70 % de nos patients migrants ont signalé un incident de violence le long de la route migratoire; 33 % des femmes et 17 % des hommes ont signalé un incident de violence sexuelle au Mexique.

Pouvez-vous décrire les conditions spécifiques qui entraînent les déplacements de population au Honduras?

La nature de la violence liée aux gangs au Honduras est extrêmement ciblée et personnelle — elle peut vous suivre partout dans le pays. Nous avons entendu parler de familles qui ont été déplacées de force quatre ou cinq fois avant de prendre la difficile décision de franchir la frontière. Ce n'est pas une décision que les gens prennent à la légère. Quitter le pays pour demander l'asile est souvent leur seule option pour survivre.

Le gouvernement hondurien a reconnu la crise et estime qu'environ 200 000 personnes sont déplacées à l'intérieur du pays. Toutefois, selon les estimations non officielles, ce nombre se rapprocherait plutôt du demi-million. Dans d'autres contextes affichant un nombre semblable de personnes déplacées, des dizaines d'organisations non gouvernementales spécialisées sont sur place et une infrastructure de réponse humanitaire a été établie. Au Honduras, ce système expansif n’existe pas. La société civile y est active et quelques organisations internationales sont présentes, mais le sous-financement est un problème majeur. Bon nombre des services auxquels nous nous attendrions dans d'autres crises de cette ampleur ne sont tout simplement pas disponibles.

Existe-t-il des risques particuliers pour les personnes renvoyées en Amérique centrale

Un grand nombre de personnes ont été renvoyées en Amérique centrale par les États-Unis parce qu'elles n'avaient pas de statut légal ou que leur demande d'asile a été rejetée. Si une personne a d'abord fui son pays natal parce que sa vie était menacée, cette menace sera toujours présente à son retour. S'il est difficile de trouver la sécurité chez elle, cette personne n'aura d'autre choix que de quitter le pays à nouveau, ce que font beaucoup de gens. 

À la suite de la décision du gouvernement Trump de révoquer le statut de protection temporaire pour les Honduriens et les Salvadoriens vivant aux États-Unis, nous sommes particulièrement préoccupés par le fait que des milliers de personnes seront forcées de retourner dans un pays où elles risquent d'être exposées à une grande violence et séparées de leur réseau social de protection.

Quelles sont vos priorités pour l'Amérique centrale?

Je travaille avec nos équipes en Amérique centrale et au Mexique pour améliorer notre analyse régionale et développer une stratégie d'engagement multipays.

J'examine également les effets de la politique étrangère américaine sur la violence et les déplacements de population en Amérique centrale. Les États-Unis fournissent une aide financière importante à la région, et les interventions se concentrent actuellement sur les causes profondes de la migration, en essayant par exemple d'améliorer les conditions économiques et la sécurité. 

Mais cette approche à long terme ne tient nullement compte des besoins immédiats des personnes vulnérables qui continuent de faire face à une violence extrême et qui ont été forcées de fuir. Les États-Unis et les autres bailleurs de fonds doivent apporter un soutien accru pour l'aide humanitaire d'urgence.

Le témoignage au cœur de la mission de MSF. Comment conciliez-vous cela avec d'autres principes, tels que l'impartialité et la neutralité, lorsque vous vous engagez au niveau politique?

MSF est connue dans le monde entier comme une organisation indépendante ayant un engagement unique envers les principes humanitaires. Nous sommes témoins des effets des politiques sur nos patients, et nous partageons des informations objectives sur le sujet. Si nous constatons que des civils sont blessés ou si une population n'a pas accès aux soins médicaux, quel que soit l'acteur responsable, nous exprimons notre préoccupation et nous incitons à l'action.

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