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Un esprit profondément humanitaire : Joe Belliveau, directeur de MSF Canada, explique comment votre soutien nous a aidés à faire face aux pires crises de 2018

En 2018, le soutien et la générosité des Canadiens ont aidé Médecins Sans Frontières (MSF) à continuer à fournir des soins médicaux d'urgence aux populations en détresse dans plus de 70 pays.

Dans son message de fin d'année adressé à nos supporteurs, Joe Belliveau, directeur général de MSF Canada, évoque quelques-uns des nombreux défis auxquels nous avons été confrontés au cours de l'année qui s'achève et explique comment notre esprit humanitaire commun nous permet d'apporter des soins — et de l'espoir — aux personnes vulnérables.

De Joe Belliveau

Au cours des 12 derniers mois, les équipes médicales de Médecins Sans Frontières (MSF) se sont retrouvées dans certaines des pires crises humanitaires de 2018, à fournir une aide urgente aux personnes souffrant de maladies ou touchées par un déplacement, un conflit et la négligence.

Si je devais choisir un seul moment personnel de 2018 qui résume l'essence de ce qui fait de MSF une organisation humanitaire et médicale extrêmement efficace, c'est ma visite en juillet dernier à Cox's Bazar, au Bangladesh, où j'ai pu côtoyer les membres de notre équipe d'intervention d'urgence.

En visitant les camps où vivent entassés près d'un million de réfugiés rohingyas qui ont fui les violences ethniques ciblées au Myanmar fin 2017, j'ai pu constater à quel point nos médecins, infirmiers et autres membres du personnel de MSF pouvaient jouer un rôle vital.

Nos cliniques au Bangladesh traitent des patients qui continuent d'être exposés à des maladies infectieuses, à la malnutrition, à des blessures et à des complications en lien avec l’accouchement, et qui souffrent toujours de traumatismes psychologiques causés par les récentes violences auxquelles ils ont été exposés. Nos équipes d'approvisionnement en eau et d’assainissement aident à prévenir la propagation de maladies mortelles dans les camps, et nous immunisons les membres de cette population non vaccinée — des centaines de milliers de personnes qui ont traversé la frontière entre le Bangladesh et le Myanmar l'année dernière et qui ont envahi quelques camps extrêmement confinés en l'espace de quelques jours seulement.

Esprit humanitaire en action

J'ai vu toutes ces activités essentielles se dérouler durant mon séjour à Cox's Bazar. J'ai également vu un autre élément encore plus fondamental de MSF à l'œuvre : cet esprit profondément humanitaire qui anime tous les membres de notre organisation — des médecins sur le terrain à notre personnel partout dans le monde, en passant par les supporteurs comme vous d'un bout à l'autre du Canada — et qui les incite à faire tout ce qui est nécessaire pour alléger les souffrances d'autrui.

Cet esprit est au cœur de notre action médicale humanitaire. C’est ce qui motive notre engagement à aller là où les besoins sont les plus criants et à apporter des soins médicaux essentiels aux personnes qui n’y ont pas accès, peu importe qui elles sont et où elles se trouvent. Il s’agit d’une forme viscérale d’empathie humaine, où les personnes qui ont besoin de notre aide ne sont pas vues comme des victimes, mais plutôt comme des êtres humains à part entière qui méritent autant la dignité que des soins.

Au Bangladesh, j'ai ressenti cet esprit au sein des équipes de MSF. Cet esprit, je l'ai reconnu chez une infirmière de Toronto que j'ai rencontrée - elle travaillait sans relâche dans une clinique de terrain où chaque jour elle recevait deux fois plus de patients qu'à son grand hôpital urbain au Canada. Cet esprit, je l'ai reconnu chez nos spécialistes en santé mentale bangladais, qui m'ont décrit le défi de prendre en charge de réfugiés qui ont vécu des traumatismes et des deuils et qui ont dû fuir pour rester en vie. Cet esprit, je l'ai vu à la fin d'une longue journée passée dans les camps, quand mes hôtes et mes collègues, qui venaient enfin d'avoir un moment pour s'asseoir et décompresser, se sont précipités pour retourner à l'hôpital MSF en apprenant qu'une jeune patiente était en détresse respiratoire.

J'ai rencontré cette patiente le lendemain — elle recevait toujours des soins intensifs, mais était désormais hors de danger. Elle a pu accéder aux soins médicaux dont elle avait besoin pour survivre grâce à des personnes comme mes collègues, qui n'ont pas hésité une seule seconde à renoncer à leur temps de repos pour prendre soin d'un seul enfant gravement malade — et à des personnes comme vous qui fournissent le soutien essentiel nécessaire pour rendre tout cela possible. C'est sur cet esprit que repose notre action humanitaire.

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2018 : une année de crises humanitaires et d'urgences sanitaires mondiales

La crise des réfugiés rohingyas au Bangladesh n'était pas le seul endroit où MSF a lancé une intervention médicale d'urgence en 2018. Nos équipes étaient à pied d'oeuvre dans plus de 70 pays, à répondre à des situations d'urgence humanitaire complexes menaçant la santé, l'espoir et la dignité des populations touchées. Les solutions à de telles crises sont rarement rapides, mais au beau milieu d'une catastrophe, de simples actes de soins médicaux — tout en écoutant les gens et en les soutenant — peuvent leur procurer la force dont ils ont besoin pour survivre.

C'était le cas dans de nombreux endroits où MSF a travaillé durant l'année. En Libye, nos équipes médicales ont continué de visiter certains centres de détention pour migrants, tristement reconnus pour leur brutalité et leurs conditions horribles et inhumaines. Là-bas, les gangs criminels gèrent les réseaux de passeurs clandestins et prennent en otage hommes, femmes et enfants, tout en les torturant, les violant et les privant d'eau et de nourriture. MSF a négocié l'accès à certains de ces horribles endroits afin de fournir des soins de santé primaires. Il s'agit là d'une décision qui a soulevé des questions difficiles — que pouvons-nous accomplir si la plupart des gens que nous traitons ont très peu d'espoir de fuir? — mais ce sont aussi des lieux de souffrance que nous ne pouvons tout simplement pas ignorer.

Au Yémen, un conflit civil dévastateur s'est poursuivi pour une troisième année consécutive en 2018. Les besoins et les souffrances engendrés par cette guerre sont graves et généralisés. Plus de trois millions de personnes ont été déplacées et près de la moitié de la population du pays — environ 20 millions de personnes — a besoin d'une aide humanitaire urgente. Le système de santé s'est presque entièrement effondré et des frappes aériennes incessantes ont transformé les zones densément peuplées en paysages de destruction et de désolation. Mais MSF est toujours sur le terrain et gère des installations médicales là où cela est possible de le faire. Nous comblons de graves lacunes : nous réalisons des interventions chirurgicales, assistons des naissances, traitons des blessés et prévenons de la propagation de maladies telles que le choléra et la diphtérie.

Nous sommes parfois confrontés à des maladies qui touchent rarement les pays plus riches et pour lesquelles l’expertise et les traitements sont limités dans le monde. La diphtérie, pratiquement éradiquée le siècle dernier, a refait surface au Yémen et au Bangladesh cette année, mais nos équipes sont rapidement passées maîtres dans la prise en charge et la limitation de ces épidémies.

La République démocratique du Congo (RDC) a également été touchée par d'importantes urgences de santé publique cette année, notamment deux épidémies d'Ebola. MSF était — et est toujours — à l'avant-scène des efforts de riposte au virus Ebola dans le pays, tirant parti de l'expérience acquise il y a trois ans en tant qu'organisation principale lors de l'épidémie en Afrique de l'Ouest. Cette fois, cependant, la maladie dévastatrice se propage dans une région secouée par un violent conflit, ce qui non seulement expose notre personnel à un plus grand risque, mais accroît également le défi de la recherche des contacts dans le but de prédire et de contenir la propagation du virus.

Et plus loin encore de l'attention médiatique, MSF est restée le plus grand fournisseur non gouvernemental au monde de traitement de la tuberculose (TB), une maladie qui tue plus de 1,5 million de personnes chaque année. Il est choquant que tant de personnes dans le monde souffrent d'une maladie qui a pour ainsi dire disparu dans les pays les plus riches (même si la tuberculose constitue un problème de plus en plus urgent dans le nord du Canada). Cela lève le voile sur une grande inégalité dans la recherche médicale. Le manque d'investissement dans la recherche sur la tuberculose signifie qu'aucun nouveau médicament abordable n'a été développé depuis des décennies, laissant certains des patients les plus vulnérables du monde dépendre de traitements obsolètes, douloureux et inefficaces. C'est pourquoi, en 2018, MSF a appelé les gouvernements internationaux, y compris le Canada, à prendre des mesures concrètes pour améliorer l'accès à des traitements efficaces contre la tuberculose.

Malgré tant de défis, notre action médicale humanitaire change la donne

Ce ne sont là que quelques exemples des actions médicales humanitaires entreprises par MSF dans le monde en 2018. Lorsque je parcours nos mises à jour opérationnelles internationales, je suis souvent frappé par l'ampleur des besoins humanitaires engendrés par des crises. Comment nos équipes sont-elles capables de relever de tels défis, qui sont tout aussi décourageants qu'impitoyables? 

Pour moi, la réponse se trouve dans ce même esprit humanitaire. MSF a connu une croissance fulgurante depuis ses débuts il y a près de cinq décennies (et même depuis mon arrivée en 2000). Mais nous restons fixés sur le même objectif depuis le début : aucune frontière, aucune limite, aucun dissuasif, rien ne freine notre volonté de soulager la souffrance humaine. Nous ne réussirons pas toujours, mais cet esprit alimente notre détermination. Nous fournissons des soins médicaux partout, à tout moment et pour tout le monde, quelles que soient l’identité de nos bénéficiaires, les circonstances qui les ont menés là ou les difficultés auxquelles ils ont été confrontés. Et ce faisant, nous insistons pour dire à la planète entière ce que nous voyons et entendons, afin que personne ne souffre en silence.

Ces valeurs fondamentales sont à la base d'un esprit qui est demeuré inchangé depuis mon entrée à MSF il y a près de 19 ans. En 2000, je suis arrivé dans un camp de réfugiés en Zambie, de l'autre côté de la frontière angolaise, où une guerre civile brutale avait tué ou déplacé des millions de personnes. Les habitants du camp étaient des villageois qui avaient fui pour sauver leur vie quand des groupes armés ont lancé de violentes attaques. Les gens avaient littéralement tout abandonné en pleine activité pour s'enfuir. Ce qui m'a le plus frappé à mon arrivée, c'est à quel point le camp était étrangement silencieux : à peine un léger bruit venant des petits feux de cuisson, malgré le grand nombre de personnes confinées dans un espace aussi restreint.

J'étais là pour ma première mission en tant que logisticien; j'étais en charge de la construction des structures, du recrutement du personnel local et de l'approvisionnement en fournitures médicales. Je me suis joint à MSF en raison de sa réputation inégalée en termes d'efficacité, mais j'étais sceptique et incertain de l'impact que nous aurions. Les Angolais que j’ai rencontrés en Zambie souffraient pour des raisons hors de notre contrôle. Nos efforts seraient-ils alors un simple pansement sur une plaie beaucoup trop profonde?

Quelques mois plus tard, l'environnement du camp avait changé. Nous avions construit une clinique, un centre de nutrition thérapeutique et une pharmacie, de simples structures en bambou qui permettaient néanmoins à nos médecins et infirmiers de fournir des soins médicaux vitaux. Nous avions mené une campagne de vaccination pour prévenir la propagation de maladies. Tout aussi important, nous avons passé beaucoup de temps à écouter. Nos patients nous ont dit être incapables de retourner de l'autre côté de la frontière pour affronter de nouveau une telle violence, or nous avons entamé un dialogue avec les autorités zambiennes dans le but de prolonger le séjour des réfugiés.

Le silence entendu lors de ma première promenade dans le camp avait désormais disparu. On entendait maintenant des bruits de conversation et de travail, et des enfants jouer. Ma première affectation à l'étranger avec MSF a pris fin lorsque j'ai observé les derniers bateaux transportant les réfugiés angolais vers la nouvelle terre que le gouvernement zambien leur avait allouée de manière permanente, loin des meurtres et de la violence qu'ils avaient fui.

Dès lors, j'étais conquis. Si tel était l’impact que MSF pouvait avoir, alors je voulais faire partie de ce mouvement.

Dix-huit ans plus tard, ce sentiment m'habite toujours. Après de nombreuses années sur les lignes de front des interventions médicales de MSF et, plus tard, au niveau des opérations depuis le siège, 2018 a été ma première année en tant que directeur général de MSF Canada. Alors que mon parcours au sein de cette organisation prend différentes formes, je suis réconforté par le fait que l’esprit humanitaire qui l'anime — en Zambie en 2000 et dans plus de 70 pays aujourd’hui — ne se tarit pas.

Un réseau mondial de personnes désireuses d'atténuer les souffrances humaines

Bien entendu, l’esprit humanitaire à lui seul ne suffit pas pour répondre systématiquement aux besoins de tant de personnes qui affrontent tant de crises. Ce qui rend MSF unique, c'est la manière dont nous combinons cet esprit avec les moyens de le concrétiser. C’est l’efficacité de la chaîne logistique de MSF; ce sont les kits médicaux qui nous permettent d’installer un centre de traitement du choléra en quelques heures; c'est le recrutement proactif et l'attention accordée à notre personnel qui nous permettent de constituer des équipes immédiatement; et c'est l'expertise qui nous permet de fournir des soins médicaux de la plus haute qualité. Voilà pourquoi il est si important que des personnes comme vous, vivant dans le même esprit, participent également aux actions humanitaires que nous menons.

Il nous serait impossible d'agir seuls, que ce soit pour suivre la trajectoire du virus Ebola au Congo, plaider pour une amélioration de la recherche sur la tuberculose au Canada ou partager les récits racontés par les réfugiés rohingyas. Ce qui est extraordinaire à propos de MSF, c'est que nous sommes un vaste réseau de personnes partageant le même ardent désir d'alléger les souffrances humaines et de sauver des vies, et que nous avons les moyens d'agir.

Vous, ainsi que tous les autres supporteurs, faites partie de ce réseau qui permet à MSF de réaliser sa mission. La grande majorité de notre financement provient de donateurs individuels comme vous, plutôt que de gouvernements ou d’autres grandes institutions. La confiance que vous nous accordez pour aller là où les besoins sont les plus grands, quelles que soient les considérations politiques ou financières, nous donne la capacité d’agir immédiatement et de répondre pleinement aux crises. 

Ensemble, nous combinons notre esprit humanitaire commun avec les moyens d'agir.

Quand je repense à tout ce que votre soutien nous a aidés à faire en 2018, je revois cette petite fille en détresse respiratoire à Cox's Bazar que mes collègues sont retournés soigner après leur journée de travail. Elle n'était qu'une patiente parmi tant d'autres dans un petit hôpital de terrain, dans l'un des nombreux centres d'urgence MSF pour près d'un million de réfugiés rohingyas traumatisés, et dans l'une des centaines d'autres crises dans le monde.

Est-il possible de sauver toutes les vies qui doivent être sauvées? Un humanitaire ne se pose pas cette question. Il se pose plutôt la suivante : que faut-il pour sauver une seule vie — et quel rôle puis-je jouer pour aider à la sauver?

Merci pour tout ce que vous avez fait pour nous aider à sauver des vies autour du globe en 2018.

Je vous offre mes meilleurs vœux pour les Fêtes et la nouvelle année à venir.

Avec mes plus sincères salutations, 

Joe Belliveau

Joe Belliveau est directeur général de Médecins Sans Frontières (MSF) Canada.

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