Crise au Yémen

Après plus que trois ans de conflit, le Yémen est maintenant aux prises avec une situation d'urgence humanitaire à part entière. Après un court apaisement des combats durant les négociations de paix, les frappes aériennes et les combats au sol ont repris de plus belle, avec d'énormes conséquences pour les civils. Toutes les parties armées au conflit, y compris la coalition militaire dirigée par l'Arabie saoudite et les Houthis, mènent des attaques aveugles sans aucun respect pour les civils ou les infrastructures civiles, telles que les hôpitaux, les écoles et les marchés. Les frappes aériennes font des victimes civiles dans une proportion anormalement élevée, comme le raid aérien sur Haydan en août dernier qui a tué 10 enfants et blessé grièvement 28 autres.

Les établissements de santé de MSF à eux seuls ont été touchés quatre fois. Le dernier bombardement, un raid aérien sur l'hôpital d'Abs le 15 août dernier, a fait 19 morts et 24 blessés, dont un membre du personnel de MSF. L'ONU rapporte que plus de 600 établissements de santé dans le pays ont cessé de fonctionner en raison de dommages ou de l'absence de personnel/de fournitures, affectant l'accès aux soins de santé pour des millions de personnes. La ville de Taïz est l'une des zones les plus touchées du Yémen, avec des combats intenses et des bombardements quotidiens sur son centre-ville densément peuplé. Taïz n'a pas vu de cessez-le-feu depuis juillet 2015.

Yémen: « L'une de nos principales préoccupations concerne les combats et la possibilité que Hodeidah soit assiégée »

Mercredi 13 juin, les forces fidèles au président Hadi, soutenues par la coalition internationale dirigée par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, ont officiellement lancé une offensive pour prendre la ville de Hodeidah, actuellement sous le contrôle d'Ansar Allah (Houthis). Près de 600 000 personnes vivent actuellement dans cette ville.

L'une de nos principales préoccupations concerne les combats dans la ville et la possibilité que Hodeidah soit assiégée, avec des civils à l'intérieur de la ville. Les tranchées et les barricades, ainsi que les combats en cours, rendent de plus en plus dangereux le déplacement des civils, et des ambulances.

 

Nord Yémen : vivre sous les bombardements quotidiens de la coalition

Le village d’Haydan, dans le gouvernorat de Saada, n’est situé qu’à quelques kilomètres des lignes de front. Les raids aériens sont quotidiens dans cette région montagneuse, les déplacements compliqués et les structures de santé quasi inexistantes.

Les équipes de Médecins Sans Frontières offrent des soins de santé aux populations isolées de Haydan et de ses alentours, depuis mars 2017, date de leur retour dans cet hôpital qui a été bombardé et détruit par l’aviation saoudienne en octobre 2015.

« Notre présence est importante » : Une infirmière canadienne témoigne de la souffrance à Yémen, toujours en guerre

Mariko Miller comprend l’effet que peut avoir l’exposition répétée aux traumatismes des patients sur les travailleurs de la santé. Cette infirmière expérimentée de Vancouver est consciente de l’importance de prévenir l’épuisement émotionnel chez le personnel médical.

L'une des choses les plus remarquables qu’elle a vues en travaillant à l’hôpital de Médecins Sans Frontières (MSF) dans la ville de Taïz, au Yémen — où elle a récemment passé trois mois à soigner des personnes touchées par le récent conflit — est l’attitude de ses collègues yéménites.

« La compassion de notre personnel était vraiment extraordinaire », dit-elle. « Ce fut très inspirant d'observer certains des médecins avec qui j'ai travaillé, dans leur façon de traiter les patients. Les niveaux de l’empathie étaient si élevés, et le personnel faisait preuve d'une grande humanité. J’ai travaillé en salle d'urgence au Canada, et je sais à quel point il peut être difficile de maintenir cette attitude sans que cela entraîne un épuisement professionnel. Donc de voir des soignants exposés à tant de traumatismes et qui parviennent encore à maintenir intacte leur empathie fondamentale était vraiment remarquable ».

Taïz, Yémen : « En moyenne, nous entendons environ cinq explosions par minute »

Arunn Jegan est le coordinateur de projet de MSF, basé à Taiz, où la violence et les bombardements se sont intensifiés ces dernières semaines. Voici son récit dans la situation dans cette ville:

« Je viens d’arriver à Taïz, où nous soutenons de nombreux hôpitaux, des deux côtés des lignes de front. Malgré les nombreux articles parus dans la presse sur les conditions humanitaires déplorables au Yémen, ce n’est que durant ma première semaine ici que je me suis rendu compte des difficultés que rencontre la population au jour le jour et à quel point la situation était désespérée.

Le 24 janvier, les violences se sont intensifiées tout autour de la ville. En trois jours, nous avons soigné plus de 117 blessés de guerre. Nos salles d’urgence et blocs opératoires se sont retrouvés submergés, recevant environ 70 patients par jour.»

Blocus humanitaire au Yémen

Le 6 novembre 2017, la coalition militaire dirigée par l'Arabie Saoudite a imposé un blocus complet au Yémen, où la coalition se bat contre les forces rebelles Houthi soutenues par l'Iran. Le blocus a eu un impact significatif sur la capacité de Médecins Sans Frontières (MSF) à continuer de fournir des soins médicaux d'urgence et une assistance humanitaire pour alléger les souffrances infligées au peuple yéménite en raison du conflit.

MSF continue de demander l'autorisation de voler sur Sanaa, qui, avec d'autres régions du nord, figure parmi les endroits les plus touchés par le blocus. L'accès pour des vols humanitaires au Yémen via l'aéroport de Sanaa est essentiel pour les opérations médicales et humanitaires de MSF, ainsi que pour d'autres organisations travaillant pour soutenir la population yéménite ».

 

L’épidémie progresse de façon spectaculaire à travers le Yémen, et touchait 18 des 22 gouvernorats du pays au 19 mai, selon le ministère de la Santé et de la Population. Le nombre de cas suspects identifiés a atteint les 50 000 au 29 mai, d’après les estimations de l’OMS.

En réponse à cette épidémie, MSF a mis en place des centres et des unités de traitement du choléra dans plusieurs hôpitaux afin d’isoler les patients et de traiter ceux qui présentent des symptômes. L’organisation soutient également d’autres structures gérées par les autorités sanitaires.

Depuis le 30 mars 2017, les équipes MSF reçoivent et traitent un nombre croissant de cas de choléra et de diarrhée aqueuse aiguë dans les gouvernorats d’Amran, Hajjah, Al-Dhale, Taiz, Ibb et Sanaa. Alors qu'au 9 mai, le nombre de patients pris en charge par MSF atteignait plus de 780, ce nombre a dépassé les 5000 patients au 23 mai, puis les 24 000 au 8 juin, pour atteindre les 60 000 au 4 juillet.

Le Yémen en chiffres

● Population : 27,4 millions de personnes (BCAH, janvier 2017)

● PIB / habitant : 1 400 $; au 182e rang mondial (sur 228) (Banque mondiale, 2015)

● Mortalité infantile : 89 pour 1000 naissances vivantes; mortalité chez les moins de 5 ans : 42 décès pour 1000 naissances vivantes (ONU IG CME, 2015)

● 14,8 millions de personnes n'ont pas accès aux soins de santé (BCAH, janvier 2017)

● Environ 3,3 millions d'enfants, de femmes enceintes et de nouvelles mères souffrent de malnutrition aiguë, dont 462 000 enfants de moins de cinq ans qui souffrent de malnutrition sévère (BCAH). Plus de trois millions de personnes ont fui leur foyer en quête de sécurité; de ce nombre, plus de deux millions sont déplacés à l'intérieur du pays et plus d'un million ont provisoirement regagné leur lieu d'origine (Plan d'intervention humanitaire au Yémen, janvier 2017)

Dans le Yémen en guerre, l’épidémie de choléra risque de devenir incontrôlable

L’épidémie de choléra au Yémen prend des proportions alarmantes. 23 500 cas suspects ont été identifiés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et les équipes de Médecins Sans Frontières (MSF) ont déjà traité plus de 3000 patients dans les gouvernorats d’Amran, Houdaydah, Hajja, Al-Dhale’, Taiz et Ibb. En l’absence d’une réponse urgente et appropriée, l’épidémie risque de devenir incontrôlable.é.

Taïz : Les soins de santé en état de siège

Après deux ans de combats incessants, la situation médicale humanitaire à Taïz, la troisième ville la plus peuplée du Yémen, est extrêmement urgente et pourrait vraisemblablement se détériorer davantage. Les bombardements, les raids aériens, les tirs croisés, les mines et les tireurs d'élite continuent de blesser, de mutiler et de tuer les habitants, alors que l'accès aux soins de santé permettant de sauver des vies est devenu de plus en plus limité.

#PasUneCible : Des établissements de santé MSF touchés âr des missiles/frappes aériennes au Yémen

Quatre établissements soutenus par MSF et une ambulance ont été touchés par des frappes aériennes ou des missiles au Yémen en l'espace de 10 mois.

1. L'hôpital d'Abs, le 15 août 2016

2. L'hôpital de Shiara, le 10 janvier 2016

3. La tente-clinique à Al-Houban, Taïz, le 2 décembre 2015

4. L'hôpital d'Haydan, le 26 octobre 2015

 

Vidéo : Une infirmière canadienne raconte l'attaque qu'elle a vécue au Yémen

Dans la vidéo ci-dessus, l'infirmière Céline Langlois de Médecins Sans Frontières (MSF) décrit comment elle s'est retrouvée sous le feu des armes, au cœur du violent conflit qui fait rage au Yémen.