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22 mai 18 21 juin 18

Mise à jour : La lutte contre Ebola en République démocratique du Congo

Mise à jour sur la crise - Juin 2018 : Une épidémie d'Ebola a été déclarée dans la province de l'Équateur, en République démocratique du Congo (RDC). Pour en savoir plus, lire ci-dessous ou suivre @MSFcongo sur Twitter.

L'épidémie d'Ebola se poursuit dans la province de l'Équateur en République démocratique du Congo (RDC). Contrairement aux épidémies précédentes en RDC, où les cas étaient concentrés dans des villages reculés, quatre patients ont maintenant reçu un diagnostic de maladie à virus Ebola à Mbandaka, une ville portuaire active sur le fleuve Congo, où vivent plus d'un million de personnes.

Au 5 juin, 60 cas présentant des symptômes de fièvre hémorragique ont été identifiés. Dans 37 de ces cas, on a confirmé qu'il s'agissait du virus Ebola, et de ce nombre, 27 patients sont morts. Vingt-trois patients ont guéri de la maladie et ont pu retourner chez eux. Pour lutter contre l'épidémie et limiter le risque de propagation, Médecins Sans Frontières (MSF) procède actuellement à une intensification de sa réponse dans les zones touchées de Mbandaka et de Bikoro.

En date du 5 juin, MSF compte 75 employés internationaux et 360 employés nationaux sur le terrain pour lutter contre Ebola en RDC. Jusqu'à présent, 19 patients ont été traités pour la maladie. 

Pour lutter contre l'épidémie d'Ebola et limiter la propagation du virus, les équipes d'urgence de MSF sont présentes dans quatre endroits où des cas suspects et confirmés ont été identifiés et travaillent en collaboration avec le ministère de la Santé et l'OMS. L'organisation gère actuellement trois centres de traitement Ebola (à Mbandaka, à BIkoro et à Iboko) avec un total de 45 lits d'isolement et un centre de transit avec 14 lits à Itipo. Depuis le 6 juin, MSF a pris en charge un cas confirmé et quatre cas suspects.

Presque 100 tonnes de fournitures ont été expédiées à Kinshasa et envoyées dans les zones touchées depuis le début de l'épidémie.

Les activités de vaccination de MSF ont commencé le 28 mai et ciblaient Bikoro, Itipo, Bokongo, Butela, Ikoko Impenge et Bolendo. La vaccination a été administrée selon une approche en anneau (ciblant les contacts et les contacts des contacts des cas confirmés d'Ebola), ce qui garantit que la vaccination des personnes qui se trouvent dans le « cercle » crée une zone tampon — ou anneau protecteur — pour prévenir la propagation de l'infection. Les travailleurs de première ligne qui sont considérés comme les plus exposés au risque d'infection à Ebola, y compris le personnel de la santé et les hygiénistes travaillant dans les centres de traitement Ebola, les chefs religieux et les guérisseurs traditionnels, ont également reçu le vaccin. Au 6 juin, 670 personnes ont été vaccinées par MSF, et 1 737 au total.

La riposte de MSF à Ebola en RDC a débuté le 5 mai à la suite de l'alerte épidémiologique visant la région de l'Équateur. Une petite équipe du Pool d'Urgence du Congo (PUC) de MSF a évalué la situation, en collaboration avec des équipes du ministère de la Santé et de l'OMS. Lorsque l'épidémie d'Ebola a été officiellement déclarée le 8 mai, les experts des équipes d'urgence de MSF ont été déployées sur le terrain pour intervenir rapidement au niveau des « points chauds » épidémiologiques d'Ebola. Parmi le personnel MSF sur le terrain, il y a certains des travailleurs les plus expérimentés de l'organisation dans la lutte contre Ebola : du personnel médical, des experts en contrôle des infections et des logisticiens.

MSF travaille en RDC depuis 1981 et a aujourd’hui des projets réguliers et des projets d’urgences dans 20 des 26 provinces du pays, qui prévoient la prise en charge médicale de victimes de conflits et violences, des déplacés et réfugiés, et des personnes touchées par des épidémies ou des pandémies comme fièvre hémorragique, choléra, rougeole et le VID/Sida.

Rencontrez Wangui, un survivant d'Ebola en République démocratique du Congo

Le 13 mai 2018, Wangui Nondi, 29 ans, a été admis au centre de traitement Ebola de MSF à Bikoro, en République démocratique du Congo. On a confirmé qu'il avait contracté le virus Ebola. Neuf jours plus tard, Wangui est sorti de la clinique en bonne santé.

Questions-réponses 

Combien de cas ont été confirmés?

Le 16 mai 2018, un nouveau cas d’Ebola a été confirmé par le ministère de la Santé congolais (INRB –  Institut National de Recherche Biologique) à Mbandaka, capitale de la province de l’Équateur, en République démocratique du Congo. Ce nouveau cas s’ajoute aux 42 personnes présentant des symptômes de fièvre hémorragique dans la région (20 cas probables, 20 cas suspects et 2 confirmés), dont 23 décès et 2 cas confirmés du virus Ebola.

Quelle était la situation lors des précédentes épidémies en RDC?

Il y a eu 8 épidémies d’Ebola en RDC avant cette dernière. Toutes se sont déclarées dans des zones similaires : éloignées et relativement isolées. Ces épidémies ne se sont pas propagées au-delà de certains villages et il n’y a jamais eu plus de quelques centaines de personnes infectées durant une épidémie d’Ebola en RDC. Les dernières épidémies d’Ebola apparues en RDC sont celles de mai 2017 à Likati, avec 3 cas confirmés et 15 patients pris en charge, et de Boende (région de Thsuapa) en 2014, où 66 cas ont été recensés, et où 49 personnes sont décédées.

Quels sont les risques que le virus se propage?

La zone sanitaire identifiée comme l’épicentre de l’épidémie est la province d’e l’Équateur dans le nord-ouest du pays, une région recouverte par la forêt équatoriale et traversée par des cours d’eaux.

Les précédentes épidémies d’Ebola en RDC ne se sont jamais propagées au-delà d’une poignée de villages, où la population avait peu ou aucun contact avec les communautés environnantes.

Cette fois-ci, malgré la difficulté d’accès, nous devons prendre en compte le fait que les villages affectés soient moins isolés que lors des précédentes épidémies, vu la proximité avec la ville de Mbandaka, le fleuve Congo et le lac Tumba, toutes d’importantes voies de transport utilisées par les communautés locales pour circuler et faire du commerce.

Quels sont les risques, maintenant qu’un cas a été confirmé à Mbadanka ?

Aujourd’hui, nous avons reçu la confirmation de l’INRB (Institut National de Recherche Biomedical) qu’il y a un nouveau cas confirmé à Mbandaka. Cela veut dire que toutes les mesures de surveillance doivent être renforcées, et les cas suspects isolés. De plus, le repérage des cas est primordial dans une ville de plus d’un million d’habitants sur le fleuve Congo, une voie empruntée pour le transport et le commerce de la région.

Les équipes d’urgences de MSF sont déjà présentes sur place et ont installé une zone d’isolation dans l’hôpital principal de la ville (Wangata). Dans les prochains jours, plusieurs dizaines tonnes de matériel arriveront à  Mbandaka, et les équipes sont en train d’évaluer les besoins et les meilleurs endroits pour la construction de deux centres de traitement Ebola (ETC) avec 20 lits chacun (un à Bikoro et un à Mbandaka).

Qu’est-ce qui peut être fait pour limiter l’épidémie?

Limiter une épidémie d’Ebola requiert des efforts dans plusieurs domaines. Les six « piliers » de l’intervention contre Ebola sont les suivants :

  • 1. Prise en charge des personnes diagnostiquées
  • 2. Activité de repérage (outreach) pour trouver les patients
  • 3. La localisation et la surveillance des personnes ayant eu des contacts avec des cas recensés
  • 4. Activités de promotion de la santé afin d’informer le public sur les risques et moyens de les éviter
  • 5. Soutien des soins réguliers pour s’assurer que les patients atteints d’autres maladies continuent à être pris en charge
  • 6. Prudence accrue lors des enterrements pour éviter les infections

Nous devons mettre en place les six « piliers «, prenant en compte le fait que le vaccin pourrait bien devenir le septième « pilier », assurant une protection contre le virus et évitant le risque de propagation.

Si tous ces piliers sont bien mis en place, une épidémie peut être contrôlée assez vite. MSF va couvrir tous les piliers, ou faire en sorte que d’autres acteurs sur le terrain soient impliqués dans leur mise en place.

Que fait MSF actuellement ?

Une équipe d’urgence MSF en RDC est sur place depuis du début de l’épidémie (5 mai) pour des activités de surveillance épidémiologique, avec les experts du ministère de la Santé et de l’OMS (Organisation mondiale de la Santé).

  • Une équipe d’urgence composée d’experts MSF et basée en Europe est partie hier pour Mbandaka et Bikoro  (24 personnes au total). Parmi le personnel MSF envoyé sur le terrain, il y a des experts dans la riposte à une épidémie d’Ebola (personnel médical, experts en prévention des infections et logisticiens). Ils ouvriront une base à Mbandaka et une à Bikoro pour coordonner les activités sur le terrain.
  • Le traitement des patients et l’isolation : 10 lits dans l’hôpital Bikoro ; 5 à l’hôpital Wangata à Mbandaka ; les équipes sont en train de construire 2 centres indépendants de traitement Ebola avec 20 lits chacun dans les deux localités.  
  • Avant la fin de la semaine, presque 50 tonnes de matériel au total arriveront en RDC et seront envoyées sur le terrain. Le matériel comprendra des kits médicaux, des kits de protection et désinfection (des articles d’isolation tels que des gants, des bottes et des vêtements de protection, etc. …) ; des kits de logistique et d’hygiènes (sacs en plastique, jerrycans, des modules de distribution d’eau, des kits de pulvérisation du chlore, de traitement des eaux, etc.) ; et des médicaments palliatifs.

Quelles leçons tirées lors de l’épidémie ouest-africaine seront appliquées dans le cas présent?

La situation actuelle en RDC est très différente de celle que l’on a rencontrée en Afrique de l’Ouest en 2014-2015, et toutes les leçons tirées de cette expérience ne seront pas applicables dans le cadre de l’épidémie actuelle. Toutefois, nous prendrons en considération quelques points importants :

  • La structure d’un centre de traitement Ebola sera mieux adaptée, afin que les patients puissent avoir un contact visuel avec leur famille lors des visites.
  • De nombreux outils techniques et médicaux ont été améliorés (tels que les vêtements de protection pour le personnel, les outils de diagnostic, etc.)
  • Une meilleure coordination entre tous ceux responsables du message à diffuser pour la promotion de la santé.

Est-ce que MSF utilisera un vaccin pour arrêter l’épidémie ?

MSF et son centre de recherche et d'épidémiologie (Epicentre) travaillent étroitement avec le ministère de la Santé et l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) dans le but de mettre en place la vaccination Ebola rVSVDG-ZEBOV-GP, et ainsi instaurer une mesure supplémentaire pour contrôler l’épidémie. Aucune licence n’a été attribuée à ce vaccin expérimental, et il sera de ce fait offert dans le cadre d’un protocole d’étude accepté par les autorités nationales, le conseil d’examen éthique de Kinshasa et le conseil d’examen éthique de MSF. Les participants recevront de l’information sur le vaccin lui-même et sur la stratégie avant d’accepter de se faire vacciner, et ils seront rigoureusement suivis. La participation est volontaire.

Alors que la stratégie est en phase de mise en œuvre, les piliers de l’intervention contre Ebola (à savoir le traitement rapide et l’isolation des malades, la localisation et le suivi des personnes ayant été en contact avec des individus infectés, la sensibilisation des populations et des communautés locales sur la maladie, les mesures de protection, les lieux de prise en charge, le soutien aux soins médicaux et le changement temporaire des comportements culturels lors des funérailles) doivent continuer afin de limiter la propagation du virus Ebola. MSF a déjà commencé ces activités et coordonne les efforts en collaboration avec le ministère de la Santé, l’OMS et d’autres acteurs opérationnels sur le terrain.

Les autorités nationales et internationales sont-elles prêtes à répondre à la nouvelle épidémie d’Ebola ?

Jusqu’à présent, il y a eu 17 autres épidémies d’Ebola dans le monde dont 8 en RDC, antérieures à cette dernière. Toutes les épidémies en RDC sont survenues dans des zones éloignées et relativement isolées, ce qui a permis de limiter la propagation. Nous savons qu’avec le nouveau cas recensé à Mbandaka, le scénario peut changer et évoluer rapidement. Toutefois, en plus de MSF, le ministère de la Santé et l’OMS ont développé une certaine expertise en matière de réponse aux épidémies. MSF travaille actuellement de concert avec eux pour réagir aussi vite que possible pour empêcher la propagation de la maladie.

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