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07 sep 18 07 sep 18

MSF répond à l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo

Une épidémie d'Ebola dans la province du Nord-Kivu en République démocratique du Congo (RDC) se poursuit. Il s’agit de la deuxième urgence d’Ebola en RDC cette année et a été déclarée peu après la fin de l’épidémie dans la province de l’Équateur.

Médecins Sans Frontières (MSF) a soigné 65 cas confirmés d’Ebola au cours de son premier mois d’intervention au Nord-Kivu. Cela représente plus de 80 pour cent* du nombre total de cas confirmés hospitalisés dans les centres de traitement d’Ebola depuis le début de l’épidémie. Parmi les cas confirmés d’Ebola au sein du Centre de traitement de Mangina, 29 ont guéri et sont retournés auprès de leurs familles, et trois patients sont encore sous traitement.

« Nous sommes à un moment crucial de l’épidémie, explique Bérangère Guais, coordonnatrice d’urgence de MSF à Beni.  Le nombre de patients pris en charge par le centre de traitement a nettement baissé, mais de nouveaux cas ont été identifiés, provenant de différentes chaînes de transmission. Nous devons continuer de travailler avec la communauté afin d’instaurer la confiance et de nous assurer que toute personne présentant des symptômes d’Ebola soit correctement mise en isolement et dépistée. Nous ne pouvons pas baisser notre garde tant que l’épidémie ne sera pas officiellement terminée. »

La veille de la déclaration de la première épidémie d’Ebola dans la province du Nord-Kivu, le 1er août, une équipe de MSF qui travaillait à l’hôpital de Lubero s’est rendue à Mangina, l’épicentre de l’épidémie. Elle a immédiatement mis en place un plan de réponse contre la maladie en collaboration avec le ministère de la Santé congolais. Dans les jours qui ont suivi, des membres expérimentés de MSF sont arrivés d’autres régions de la RDC et de l’étranger pour former et travailler avec le personnel local afin de prendre en charge les malades et de prévenir la propagation de l’épidémie.

« Nous savions que nous devions agir rapidement. Lorsque nous sommes arrivés, nous avons immédiatement constaté que le centre de santé local de Mangina était débordé. Des membres du personnel de santé étaient malades et le nombre de patients augmentait chaque jour. Le personnel faisait de son mieux mais tout le monde était entassé dans un seul service de l’hôpital. Nous avons dû agir très rapidement pour améliorer la situation, aussi bien pour les patients que pour le personnel sur place », explique Patient Kamavu, un infirmier expérimenté de l’équipe d’urgence de MSF au Congo, arrivé sur place le 3 août.

Dès le 6 août, MSF avait amélioré les mesures de prévention dans l’unité d’isolement pour les cas suspects et confirmés du centre de santé de Mangina, et en avait construit une autre dans l’Hôpital général de référence de Beni. L’équipe avait également entamé la construction d’un centre de traitement à Mangina. Le Centre de traitement d’Ebola à Mangina, doté d’une capacité de prise en charge de soixante-huit patients (pouvant être étendue à 74 lits si besoin), a ouvert le 14 août. Trente-sept patients ont été transférés de l’unité d’isolement de Mangina au Centre de traitement d’Ebola le jour même. L’unité d’isolement de Beni est maintenant achevée et a été cédée au ministère de la Santé, qui en a confié la gestion à une autre ONG.

« Nous avons concentré nos efforts sur les soins aux patients, et notre équipe de spécialistes en logistique, en approvisionnement en eau et en assainissement a travaillé jour et nuit pour construire un centre de traitement capable de prendre en charge les patients de façon sûre, poursuit Patient. C’était incroyable de voir l’hôpital sortir de terre et évoluer à chacune de nos visites. »

Le 28 août, MSF a également ouvert un centre de transit de sept lits à Makeke (à la frontière entre le Nord-Kivu et l’Ituri) en réponse à l’apparition de plusieurs cas dans la zone et pour contrer la réticence de la communauté à ce que les patients soient transférés à Mangina. Le centre sera utilisé pendant qu’une autre organisation construit un Centre de traitement d’Ebola. Les cas suspects seront isolés et dépistés pour le virus Ebola à proximité de leur domicile, et ne seront transférés par la route vers l’un des centres de traitement que si le diagnostic est confirmé.

Au cours de cette épidémie, MSF est également  en mesure de proposer de nouveaux traitements aux cas confirmés d’Ebola, dans le cadre d’un usage compassionnel. Ces traitements ne sont donnés aux patients qu’avec leur consentement éclairé (ou celui d’un membre de leur famille s’ils sont trop jeunes ou trop malades pour donner leur accord) et viennent s’ajouter aux soins de soutien (hydratation et traitement des symptômes d’Ebola, tels que la diarrhée et les vomissements) que MSF propose à l’ensemble des patients souffrant d’Ebola.

« Nous sommes très contents de pouvoir enfin proposer aux patients plus que de simples soins de soutien. Statistiquement, les patients souffrant d’Ebola ont moins de cinquante pour cent de chances de survivre. C’est une maladie épouvantable et absolument terrifiante pour les familles et la communauté », conclue Patient.

En dehors des centres de traitement d’Ebola, les équipes de MSF déployées dans les zones de Beni et de Mangina, ainsi que dans la province d’Ituri, entre Mambasa et Makeke (à la frontière avec le Nord-Kivu) se rendent dans les centres de santé et forment le personnel au triage des cas suspects d’Ebola, leur fournissant des équipements de protection essentiels et établissant des zones d’isolement où les patients suspectés de porter le virus peuvent être pris en charge en attendant qu’une ambulance arrive. Les centres de santé de Mangina et de Beni qui ont reçu des cas positifs d’Ebola sont aussi en cours de décontamination.

« Malheureusement, au cours de cette épidémie, au moins 17 membres du personnel de santé ont été infectés par le virus. Le personnel de santé qui soigne les patients souffrant de maladies telles que le paludisme ou la pneumonie, ou qui assiste les femmes pendant l’accouchement, doit être protégé par un système de triage capable d’identifier et d’isoler les patients suspectés d’avoir Ebola avant qu’ils n’entrent dans l’hôpital. Cela permettra non seulement de protéger le personnel de santé, mais aussi les patients, et d’éviter que les centres de santé n’amplifient la propagation du virus », conclue Bérangère Guais.

MSF a récemment reçu l’autorisation de lancer une campagne de vaccination pour le personnel de première ligne sur l’axe reliant Makeke à Biakato.

* 65 cas confirmés ont été admis au sein du Centre de traitement d’Ebola de Mangina, auxquels s’ajoutent les seize patients pris en charge par le Centre de traitement d’Ebola de Beni jusqu’au 3 septembre, un mois après que MSF a commencé à soigner des patients souffrant d’Ebola dans le Nord-Kivu. Les dix autres cas confirmés référencés au cours de cette période par le ministère de la Santé sont décédés au sein de la communauté et n’ont jamais été admis dans un Centre de traitement d’Ebola.

Le 5 septembre 2018 :

L'Épidémie

Nombre total de cas selon les données du ministère de la Santé à la date du 03/09/18 :

Confirmés (91) + probables* (30) = 121 cas totaux 

Cas suspects: 14 

Décès parmi les cas confirmés: 51 

17 membres du personnel de santé infectés 


* Probable se réfère aux décès dans la communauté qui ont des liens avec des cas confirmés d'Ebola mais qui n'ont pas été testés avant l'enterrement.

Les enquêtes rétrospectives indiquent un début probable de l'épidémie en mai. Le délai d'alerte / réponse peut être attribué à plusieurs facteurs, notamment une panne du système de surveillance en raison du contexte sécuritaire (limitations des mouvements, difficultés d'accès). L'origine de l'épidémie n'est pas encore étudiée, nous ne pouvons donc pas tirer de conclusions solides.

L'alerte initiale a été lancée après qu'une femme de Mangina a été admise au centre de santé local le 19 juillet pour une maladie d’ordre cardiaque. Elle a été libérée mais est décédée chez elle le 25 juillet avec des symptômes de fièvre hémorragique. Les membres de sa famille ont ensuite développé les mêmes symptômes et sont décédés. Une enquête menée conjointement par le ministère de la Santé et l’OMS sur le terrain a permis de découvrir six autres cas suspects, dont quatre étaient positifs. Ce résultat a conduit à la déclaration de l'épidémie le 1er août.

Le laboratoire national (INRB) a confirmé le 7 août que l’épidémie actuelle est la souche zaïroise du virus, la plus meurtrière, la même qui a touché l’Afrique de l’Ouest en 2014-2015 et la province de l’Equateur dans l’ouest de la RDC plus tôt en 2018. La souche du virus est différente d'une épidémie à l'autre.

Quatre semaines après la déclaration de l'épidémie, la situation épidémiologique à Mangina et dans ses environs est toujours préoccupante. Quatre zones sanitaires dans les provinces du Nord-Kivu et de l'Ituri, Mandima, Mabalako, Beni et Oicha ont jusqu'à présent signalé des cas confirmés d'Ebola. Les équipes travaillent toujours à identifier toutes les chaînes de transmission actives. Cela n’est pas simple étant donné que certains cas se sont produits dans des zones peu sûres et ne peuvent pas être facilement suivis par les enquêtes de cas habituelles et la recherche des contacts.

Depuis le début de l'épidémie, plus de 4100 contacts ont été identifiés et plus de 2300 sont suivis par le ministère de la Santé congolais. La recherche des contacts et le suivi sont effectués par le ministère de la Santé avec une équipe d'épidémiologistes.

Alors que les cas ont considérablement diminué, nous ne pouvons pas encore dire que l’épidémie s’est stabilisée ou maîtrisée. De nouveaux cas arrivent toujours dans notre centre de traitement à Mangina mais nous ne voyons pas le nombre de cas suspects à ce stade de l'épidémie. Nous craignons que cela ne soit pas seulement dû à une réduction du nombre d’infections, mais aussi parce que les patients présentant des symptômes ont trop peur d’accéder aux soins ou ne comprennent pas l’importance de l’hospitalisation précoce et du traitement. Nous n’avons pas non plus une idée claire du nombre de décès non déclarés pouvant survenir au niveau communautaire.

Rôle de MSF

À la demande du ministère de la Santé, MSF fait partie du groupe de travail qui coordonne l'intervention et se concentre sur la prise en charge des patients affectés par le virus, ainsi que sur la protection des structures de santé locales (et de leurs travailleurs) en aidant au triage, à la décontamination et aux formations.

Au total, 337 membres de personnel travaillent actuellement pour les projets de MSF au Nord-Kivu et en Ituri.

MSF a d'abord amélioré une unité d'isolement pour les cas suspects et confirmés dans le centre de santé de Mangina, l'épicentre du foyer où les patients ont été isolés et soignés pendant la construction d'un centre de traitement. Un centre de traitement a ouvert le 14 août. Les équipes ont progressivement augmenté le niveau de soins de soutien (hydratation orale et intraveineuse, traitement du paludisme et des autres co-infections ainsi que le traitement des symptômes d'Ebola) et ont également été en mesure d'offrir de nouveaux traitements thérapeutiques aux Protocole MEURI. Ces traitements ne sont donnés qu'avec le consentement éclairé du patient (ou d'un membre de la famille s'ils sont trop jeunes ou trop malades pour consentir) et sont fournis en plus des soins de soutien.

Le centre a une capacité de 68 lits et peut atteindre 74 si nécessaire.

Le 3 septembre à 17 heures, MSF avait soigné 65 patients confirmés atteints d'Ebola et admis au total 124 patients pour le dépistage du virus à Mangina. Parmi les patients confirmés positifs au virus Ebola dans le centre de traitement de Mangina Ebola, 29 se sont rétablis et sont retournés dans leurs familles tandis que trois patients confirmés et deux patients suspects sont restés sous traitement. Un autre centre d'isolement a été construit par MSF à Beni et remis au ministère de la Santé, qui l'a confié à une autre ONG - il s'agit désormais d'un centre de traitement.

Les équipes de MSF ont également construit un centre de transit de sept lits à Makeke (sur la frontière Nord-Kivu et Ituri) où les patients suspects peuvent être isolés et testés pour le virus. S'ils sont positifs, ils seront transférés via la route vers l'un des centres de traitement à Mangina ou à Beni. Le centre de transit a été ouvert le 28 août. On espère que cela aidera à surmonter la résistance à la réponse à Ebola dans la communauté.

Les centres de santé de Mangina et de Beni qui ont vu des cas positifs sont également décontaminés. En outre, des équipes MSF travaillent dans les régions de Beni et Mangina, ainsi qu'en Ituri, entre Mambasa et Makeke (à la frontière avec le Nord-Kivu), visitent des centres de santé et forment le personnel au triage approprié ainsi qu’à la mise en place de zones d'isolement en cas de besoin.

MSF a récemment reçu l’autorisation de commencer à vacciner les travailleurs de première ligne (personnel de santé, chefs religieux, travailleurs des sépultures, etc.) de Makeke à la frontière entre l’Ituri et le Nord-Kivu jusqu’à Biakato. Étant donné que la population de Mangina se déplace souvent dans cette direction, il est à espérer que cette vaccination aidera à arrêter la propagation de l'infection en Ituri.

Les équipes de MSF en Ouganda ont également été mobilisées pour se préparer au cas où l’épidémie se propagerait de l’autre côté de la frontière. Ils ont installé une tente d'isolement à Bwera, une petite ville située juste en face de Beni et de Butembo. Le projet régulier de MSF à Hoima (Ouganda) a également mis en place une tente d'isolement.

De même, tous les projets réguliers de MSF dans les régions du Nord-Kivu et de l’Ituri ont également été équipés d’équipements contre le virus Ebola, notamment des protocoles d’hygiène et de contrôle des infections pour protéger le personnel et les patients des risques de contamination.

La Zone

Mangina (40 000 habitants) est située au Nord-Kivu, au nord-est de la République démocratique du Congo. Beni, le centre administratif de la région, se trouve à 32 km (45 minutes en voiture) compte environ 420 000 habitants.

La région, densément peuplée, est une zone de conflit avec plus d'une centaine de groupes armés qui seraient actifs au Nord-Kivu. Beni est sous contrôle militaire depuis quelques années et se déplacer dans certaines régions de la région est assez difficile, parfois impossible. Les enlèvements et détournements de voitures sont relativement courants.

Le Nord-Kivu partage une frontière avec l'Ouganda à l'est (Beni à la frontière est à environ 100 km). Cette zone fait face à beaucoup de commerce, mais aussi de trafic, y compris des passages « illégaux ». Certaines communautés vivent des deux côtés de la frontière, ce qui signifie qu'il est fréquent que des personnes traversent la frontière pour rendre visite à des parents ou pour échanger des biens au marché de l'autre côté.

Le 8 août 2018 :

Durant la première semaine d’intervention, nos équipes ont mis sur pied une salle de quarantaine et une salle de soins là où s’est déclarée l’épidémie. Elles appuient également le système de santé local afin que celui-ci puisse continuer de fonctionner à son plein régime. Pendant ce temps, les autres projets de MSF se poursuivent dans la région.

La dixième épidémie d’Ebola s’est déclarée le 1er août en République démocratique du Congo, plus précisément dans la province du Nord-Kivu qui se trouve dans le nord-est du pays. Jusqu’à présent, les autorités sanitaires ont déjà dénombré 74 cas et 34 décès liés à cette maladie.

MSF apporte son aide dans le cadre du plan d’intervention du Ministère de la Santé. Pendant la première semaine d’intervention, nos équipes ont mis sur pied une salle de soins et de quarantaine, comprenant 30 lits abrités sous des tentes, dans la ville de Mangina, l’épicentre de l’épidémie. À 45 minutes de là, dans la ville de Beni comptant quelque 400 000 habitants, nos équipes ont également ouvert une autre salle de quarantaine. Par ailleurs, MSF offre aux centres médicaux des alentours des formations sur la façon de prévenir et de contrôler l’infection. L’une des mesures les plus cruciales du plan d’intervention est de faire en sorte que le reste du système de santé demeure fonctionnel afin de garantir la continuité des soins pour les autres types de patients.

« Nous sommes confrontés à plusieurs difficultés », explique Gwenola Seroux, responsable de la cellule d’urgence de MSF. « La première est bien sûr de limiter la propagation de l’épidémie, et cela implique de protéger les agents de santé et les structures médicales contre le virus. Les opérations de vaccination, que le Ministère de la Santé commence à lancer, constituent un autre élément essentiel de la riposte.

D’autres projets de MSF dans la région ont également relevé le niveau d'alerte et mis en place des mesures de protection afin de prévenir tout risque de contamination dans leurs activités existantes. Ces mesures touchent les programmes de MSF accueillant des patients en pédiatrie et en malnutrition et destinés aux victimes de violence sexuelle à Lubero et Bamburu-Kiribizi, ainsi que l’hôpital de Rutshuru.

Près de 800 personnes en contact avec des patients souffrant d’Ebola ont déjà été identifiées par les autorités sanitaires et ont été placées sous surveillance médicale afin de détecter tout symptôme précoce de la maladie.

D’autres difficultés risquent de survenir en fonction de l’évolution de la situation. En effet, la région affectée par l’épidémie est depuis longtemps le théâtre d’affrontements violents. « C’est la première fois que nous devons lutter contre une épidémie d’Ebola dans une zone de conflit », déclare Gwenola Seroux. « Cela risque de compliquer encore plus l’intervention, notamment en ce qui concerne le contrôle de la propagation de la maladie dans les secteurs difficiles d’accès. Notre capacité à progresser sur le territoire va être grandement restreinte. »

La zone touchée se trouve également à proximité de la frontière avec l’Ouganda où les autorités à Kampala ont appelé leurs citoyens à la plus grande vigilance. Les équipes de MSF œuvrant du côté ougandais sont elles aussi mobilisées et collaborent avec les autorités du pays au cas où une intervention doive également être lancée dans ce pays voisin.

Bien que l’épidémie ait apparemment démarré au mois de mai, il semble n’exister aucun lien avec l’épidémie précédente qui a affecté la région de l’Équateur et qui, selon les déclarations officielles, a pris fin en juillet.

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