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20 juil 18 23 juil 18

Négociations sur la déclaration du Sommet sur la tuberculose : Pression de dernière minute pour soustraire les dispositions sur l'accès aux médicaments

Le gouvernement américain exerce une pression extrême, menaçant de ne pas entériner la déclaration.

Les pays qui négocient le texte final de la déclaration de la première Réunion de haut niveau des Nations unies sur la tuberculose de septembre subissent des pressions importantes pour abandonner toute référence au droit des pays à poursuivre des actions en justice afin d'accéder à des médicaments abordables pour leurs populations, selon ce que Médecins Sans Frontières a appris aujourd'hui.

Alors que les négociations qui durent depuis près de deux mois se termineront ce week-end à New York, l'un des derniers points de désaccord concerne le texte sur les garanties de santé publique incluses dans l'Accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (Accord ADPIC). Celles-ci permettent aux gouvernements, entre autres, d'émettre des « licences obligatoires » pour passer outre les brevets dans l'intérêt de la santé publique, permettant ainsi de produire ou d’importer des médicaments génériques et de donner à un plus grand nombre de personnes l’accès à des traitements vitaux.

L'abordabilité des médicaments et l'utilisation des flexibilités de l'Accord ADPIC ont été convenues dans de multiples forums internationaux, y compris la Déclaration de haut niveau des Nations Unies sur la résistance aux antimicrobiens (RAM).

« Comment est-il possible que les dirigeants mondiaux se réunissent pour la première fois afin d'établir une stratégie globale de lutte contre la maladie infectieuse la plus meurtrière du monde, et que pourtant certains pays soutenus par leurs grandes sociétés pharmaceutiques poussent pour supprimer toute mention de la nécessité d'offrir les médicaments vitaux à prix abordables? », a déclaré Sharonann Lynch, conseillère VIH et TB pour la Campagne d'accès de MSF. « La tuberculose pharmacorésistante est une urgence de santé publique, alors il est clair que le monde va devoir grandement intensifier sa riposte à cette maladie si nous voulons mettre un terme à tous ces décès insensés. La solution n'est pas de bloquer les versions génériques abordables des médicaments oraux plus sûrs qui seront nécessaires à l'intensification des traitements pour les personnes atteintes de TB pharmacorésistante.

Les discussions entourant la déclaration sur la tuberculose devaient être terminées, mais elles se sont poursuivies vendredi, toujours dans l'impasse. Les États-Unis exercent une pression extrême sur les autres négociateurs en refusant de signer la déclaration à l'Assemblée générale des Nations Unies en septembre si certaines dispositions telles que le paragraphe (PP19) qui « reconnaît l'importance des médicaments abordables » et qui « exhorte les pays à faire appliquer les règles de propriété intellectuelle de manière à promouvoir l'accès aux médicaments » sont incluses.

Le « Groupe des 77 », coalition de pays en développement, est sous pression pour abandonner toutes les références à la Déclaration de Doha de l'OMC signée en 2001 qui enchâssait les flexibilités et les sauvegardes en matière de santé publique dans l'Accord ADPIC.

Les négociateurs s'attendent à terminer le texte d'ici lundi, après quoi le texte de la déclaration ne sera pas rouvert, selon les plans.

« Nous appelons tous les pays, y compris ceux du Groupe des 77 et le Brésil, la Russie, l'Inde, la Chine et l'Afrique du Sud, qui sont fortement touchés par la tuberculose, à se mobiliser d'urgence contre l'intimidation qui vise à garder les médicaments hors de la portée de votre population », a déclaré Leena Menghaney, chef de Campagne d'accès de MSF en Asie du Sud. « Ce prochain sommet sur la tuberculose est une occasion si importante de réaffirmer le droit des pays à rendre les médicaments abordables pour leur population – ne gaspillez pas cette opportunité ».

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