17 mai 18 18 juin 18

'Offrir une lueur d'espoir' : une infirmière Canadienne à bord d'un navire de recherche et sauvetage de MSF

Il y a deux mois, Dominika Wanczyk réconfortait une jeune Ivoirienne récemment rescapée d'un naufrage en Méditerranée. Dominika, une infirmière de Calgary, faisait partie d'une équipe médicale de Médecins Sans Frontières (MSF) à bord du navire de recherche et sauvetage qui avait porté secours à la jeune fille.

« Elle avait des brûlures sur les jambes », se souvient Dominika. « Elle m'a raconté que pendant son séjour dans un centre de détention pour migrants illégaux en Libye, les gardes avaient tenté de l'agresser sexuellement. Quand elle a résisté à leurs tentatives, ils lui ont versé de l'eau bouillante sur les jambes ».

Vu la gravité de ses blessures, elle devait demeurer en observation toute la nuit. Alors qu'elle lui tenait compagnie, Dominika lui a parlé des soins qu'elle recevrait en Italie, là où MSF conduit ceux qui sont sauvés en mer. Vu les traumatismes que la jeune fille avait subis récemment, Dominika a été surprise d'apprendre que sa préoccupation la plus immédiate était de savoir si en Italie elle trouverait des bananes, l'un de ses aliments préférés.

Infirmière canadienne Dominika Wanczyk s'occupe d'un patient à bord du navire de recherche et sauvetage Aquarius. En 2017 seulement, 15 078 personnes ont été sauvées en Méditerranée.

« Elle n'était qu'une enfant », souligne Dominika. « Elle ne savait pas à quoi s'attendre ». La fillette n'avait que neuf ans et, bien qu'elle avait déjà cumulé beaucoup d'expériences pendant son long voyage depuis la Côte d'Ivoire, elle s'inquiétait de commencer une nouvelle vie ailleurs et le confort de sa maison lui manquait. Dominika a passé le reste de la nuit à discuter avec elle et à énumérer tous les plats qui l'attendaient en Italie, dans l'espoir de la rassurer avant le débarquement. « Elle avait un esprit courageux », se souvient Dominika. « Elle était résiliente et pleine d'espoir envers son avenir ».

L'année dernière, les équipes de MSF ont aidé à secourir 23 159 personnes ayant emprunté la dangereuse voie maritime entre l'Afrique du Nord et l'Italie. Beaucoup de ceux qui entreprennent le voyage à la recherche d'une vie meilleure en Europe tombent sous le joug des gangs libyens qui contrôlent les réseaux de passeurs sur la mer Méditerranée. La traversée se fait généralement sur des bateaux bondés qui sont inadéquats pour le voyage. En 2017, 1 142 personnes sont mortes en mer en tentant d'atteindre les côtes européennes.

Soins médicaux au cœur de l'action

Dominika travaillait à bord de l'Aquarius, un navire de recherche et sauvetage exploité conjointement par MSF et SOS Méditerranée. En tant qu'infirmière, son rôle consistait à prodiguer des soins médicaux critiques aux migrants secourus. Après un sauvetage, Dominika et l'équipe médicale s'occupaient de stabiliser immédiatement les cas urgents, puis passaient aux cas non urgents; les consultations se déroulaient sur le pont ou à la clinique à bord du bateau. Dominika traitait les patients pour une variété de problèmes de santé, notamment des infections des voies respiratoires, des maladies de peau et des douleurs généralisées au corps.

Dominika ne s'attendait pas à devoir traiter des cas de brûlures au carburant, une affection courante parmi les patients à bord. Ces brûlures se produisent lors d'une exposition prolongée à un mélange d'eau salée et de carburant. « Ce sont de graves brûlures », explique-t-elle. « Les gens restent assis dans des flaques de carburant pendant de longues périodes ». Dominika lavait les brûlures avec de l'eau et du savon, puis appliquait un pansement.

Dominika Wanczyk parle avec un migrant secouru après une opération qui a sorti 99 personnes d'un bateau en train de couler.

Sauvetage critique

Avec une équipe médicale composée de deux infirmiers, une sage-femme et un médecin, et aucun moyen d'anticiper le nombre de personnes ayant besoin de secours, il était impératif que tout le monde à bord mette la main à pâte. En janvier dernier, l'équipe a réalisé un sauvetage critique de 99 personnes. Après avoir été alerté de la présence d'un bateau en détresse, l'Aquarius est arrivé sur les lieux du naufrage en plein chaos, avec plusieurs personnes déjà à l'eau. Ayant inhalé les émanations de carburant de leur bateau, de nombreux migrants étaient confus et désorientés, ce qui ajoutait à la situation déjà tendue.

Tout le monde à bord de l'Aquarius s'est rapidement activé pour distribuer des vestes de sauvetage, extirper les gens de l'eau et leur administrer la réanimation cardio-respiratoire. « C'était notre agent des communications, un logisticien et un journaliste qui s'occupaient de la réanimation », dit Dominika. « Nous avons uni nos efforts et fait tout en notre pouvoir pour les secourir ».

Au total, neuf personnes ont été repêchées sans signes vitaux. Sur ces neuf personnes, sept ont pu être réanimées, dont six étaient des enfants. « Tous les enfants avaient repris connaissance et étaient alertes au moment de leur évacuation médicale par un hélicoptère de la marine italienne », raconte Dominika. « De toute ma carrière, je n'avais jamais rien vu de pareil. Cela tenait du miracle ».

Une situation de crise qui se poursuit

En se remémorant le temps passé à bord de l'Aquarius, Dominika se sent privilégiée d'avoir pu soigner ces gens et témoigner de leurs souffrances. « Quel honneur de pouvoir offrir une lueur d'espoir à ces gens qui font un voyage si traumatisant », confie Dominika. « J'étais tellement fière de notre équipage et de notre petite équipe - chacun faisait un effort pour que les rescapés se sentent en sécurité et prenait soin d'eux, avec de petits gestes de gentillesse ».

Bien qu'elles ne représentent pas une solution à la crise actuelle en Méditerranée, les opérations de recherche et sauvetage de MSF permettent de réduire le nombre de morts en mer, de fournir des soins médicaux essentiels aux migrants et, parfois, de leur donner un peu d'espoir et de réconfort. Mais jusqu'à ce que soient mises en place des alternatives de migration sûres et légales, des centaines de milliers de personnes continueront d'entreprendre la dangereuse traversée de la Méditerranée.

{{{ labels.morehistories }}}