19 aoû 18 28 aoû 18

Qu'est-ce que l'action humanitaire? Un message du directeur général de MSF Canada

Dans son introduction au numéro de l'été 2018 de Dépêches, le directeur général de Médecins Sans Frontières (MSF) Canada, Joe Belliveau, nous écrit depuis Cox's Bazar, au Bangladesh, où il a observé l'intervention de MSF en réponse à la crise des réfugiés rohingyas qui se poursuit toujours. Il nous livre ses réflexions sur ce que signifie de mettre nos principes en action.    

De Joe Belliveau

Tout récemment, après une longue journée passée dans les camps de réfugiés rohingyas dans le sud du Bangladesh, je me suis assis pour me détendre avec des membres de l'équipe d'urgence de MSF. Nous venions à peine de commencer à échanger des salutations de fin de journée lorsque deux d'entre eux ont bondi et se sont précipités dans la voiture MSF pour retourner à l'hôpital. Ils sont revenus environ une heure plus tard, expliquant qu'un très jeune enfant avait été en proie à des convulsions, très probablement en conséquence d'une grave infection des voies respiratoires supérieures. Le lendemain, j'ai visité cet hôpital et j'ai rencontré l'enfant en question : il respirait toujours de manière irrégulière, mais était suivi de près par les médecins MSF.

Cet enfant est l’un des près d’un million de réfugiés rohingyas vivant dans les camps bondés et boueux près de la frontière du Bangladesh avec le Myanmar. L'intervention de MSF dans ces camps représente l'essence même de l'action humanitaire. L'action humanitaire, c'est la reconnaissance qu'une autre personne a vécu une situation catastrophique, que l'on conjugue à la volonté inlassable de trouver un moyen d'aider à soulager les souffrances de cette personne. C'est personnel et concret. Ce n'est pas passif; c'est agir de manière décisive et prendre des risques calculés. C'est accepter la réalité des conflits et des catastrophes, mais rejeter l'inévitabilité de la mort et de la souffrance. C'est aider avec empathie et compassion, mais aussi exprimer son indignation envers ceux qui causent la souffrance ou ne parviennent pas à la soulager.

L'action humanitaire, c'est la prise en charge médicale d'urgence 

MSF exprime son esprit humanitaire en prodiguant des soins médicaux.  Notre mouvement existe dans le but de créer un espace dans lequel nos travailleurs médicaux de première ligne peuvent panser les plaies et soigner les maladies. Donateurs, recruteurs, experts en communication, réceptionnistes, médecins, spécialistes de la télémédecine et autres membres du mouvement — nous sommes tous catalyseurs de ce moment où une infirmière de l'équipe d'urgence MSF bondit pour retourner à l'hôpital et s'occuper d'un jeune enfant qui convulse. Dans ce numéro de Dépêches, nous examinons l'action médicale de première ligne de MSF en réponse à deux des pires urgences humanitaires du monde — la crise des réfugiés rohingyas au Bangladesh et l’urgence persistante au Soudan du Sud — telles que vues par des travailleurs canadiens sur le terrain qui aident MSF à dispenser des soins de santé primaires urgents.

L'action humanitaire, c'est le soutien en santé mentale

Notre action médicale s’étend bien au-delà des services de santé d'urgence et prend diverses formes. Nous sommes nutritionnistes, chirurgiens, sages-femmes, pédiatres, experts en eau et assainissement, entre autres. Cette liste comprend également des spécialistes en santé mentale. Les blessures psychologiques peuvent affecter profondément le bien-être d'une personne et doivent être traitées. Même si elles sont moins visibles que les blessures physiques, elles peuvent être tout aussi incapacitantes. Dans une entrevue, une agente de santé mentale canadienne nous décrit certains des défis entourant la prestation de soins en contextes de conflit tels que l’Irak, et explique pourquoi cette forme d’aide médicale est si essentielle.

L'action humanitaire, c'est le plaidoyer

Tout en accomplissant le travail de MSF, nous en apprenons davantage sur ce que nos patients ont vécu – par exemple, sur l'attaque brutale contre les Rohingyas au Myanmar en août 2017 qui a déclenché leur exode massif au Bangladesh. De telles révélations nous poussent souvent à prendre la parole publiquement afin d'attirer l'attention du monde et d'inciter les autres à agir pour soulager la souffrance de ceux que nous défendons. Nous considérons ce plaidoyer, ce témoignage, comme une partie intégrante de notre action humanitaire. Nous discuterons ici de l'un de nos objectifs de plaidoyer : éliminer les obstacles auxquels nos patients sont confrontés dans l'accès aux médicaments pour traiter leur maladie. La tuberculose (TB) fait partie de ces maladies et reste l'une des principales causes de décès dans le monde – plus de 1,5 million de personnes en meurent chaque année. La recherche pour mettre au point des médicaments et des outils diagnostiques plus efficaces fait cruellement défaut. Dans ce numéro de Dépêches, nous examinerons pourquoi le temps est venu pour les gouvernements et les institutions internationales de s'engager dans la lutte contre la TB, et plus spécifiquement, ce que les Canadiens peuvent faire pour aider les personnes touchées par l’une des maladies les plus meurtrières du monde.

L'action humanitaire, c'est se préparer aux besoins futurs

En tant qu'organisation d'urgence, l'une des façons dont nous restons réactifs et pertinents est d'anticiper l'avenir. MSF envisage déjà l’un des facteurs qui, selon nous, seront les plus susceptibles d'engendrer des besoins humanitaires dans les années à venir : les changements climatiques et la dégradation de l’environnement, qui ont déjà de graves répercussions sur la santé humaine. Deux de nos experts aideront à décrypter le lien entre climat, environnement et santé, et expliqueront pourquoi MSF se prépare aux crises humanitaires liées au climat.

L'action humanitaire, c'est un geste à protéger

Ce mois-ci, la communauté internationale a célébré la Journée mondiale de l'aide humanitaire, le 19 août. Cette journée a été instaurée pour commémorer tous ceux qui ont perdu la vie en aidant les autres. En tant qu'humanitaires, nous ne prenons aucunement parti dans les conflits. Nous restons strictement neutres et impartiaux, et pourtant il arrive que notre personnel soit attaqué et tué. Nous continuons à appeler au respect des humanitaires et à insister pour que les soignants, travailleurs humanitaires, médecins et civils en zones de conflit ne soient #PasUneCible. Nous déplorons également les entraves à notre action sur le terrain et les tentatives de certains pour criminaliser le travail des humanitaires au nom de la lutte antiterroriste. Dans ce numéro de Dépêches, nous recueillons les propos d'un ancien membre du conseil d'administration de MSF Canada qui s'efforce d'attirer l'attention du monde sur cette préoccupation.

La Journée mondiale de l'aide humanitaire se veut une commémoration, mais aussi une célébration de ce que signifie d’être un humanitaire. Pour moi, c'est simplement le fait de tendre la main pour soulager les souffrances d'une autre personne. À MSF, notre humanitarisme s'exprime par notre action médicale, et chacun des 42 000 membres de notre personnel, ainsi que des milliers de membres d'associations et de donateurs au Canada et dans le monde, contribuent à rendre cette action possible dans certains des contextes les plus extrêmes et les plus négligés.

Merci d'exprimer votre humanitarisme à nos côtés.     

Joe Belliveau est directeur général de Médecins Sans Frontières (MSF) Canada.

 

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