Guerre, malnutrition, soins de santé en état de siège

Après plus que quartre ans de conflit, le Yémen est maintenant aux prises avec une situation d'urgence humanitaire à part entière. 

Après un court apaisement des combats durant les négociations de paix, les frappes aériennes et les combats au sol ont repris de plus belle, avec d'énormes conséquences pour les civils. Toutes les parties armées au conflit, y compris la coalition militaire dirigée par l'Arabie saoudite et les Houthis, mènent des attaques aveugles sans aucun respect pour les civils ou les infrastructures civiles, telles que les hôpitaux, les écoles et les marchés. 

MSF a intensifié ses activités au Yémen depuis l’escalade du conflit en 2015. MSF gère aujourd'hui 12 hôpitaux et centres de santé dans le pays et apporte son soutien à plus de 20 hôpitaux ou centres de santé dans 11 gouvernorats : Abyan, Aden, Amran, Hajjah, Hodeidah, Ibb, Lahj, Saada, Sanaa, Shabwah et Taïz.

Entre mars 2015 et décembre 2018, les équipes de MSF ont effectué 81 102 interventions chirurgicales dans le pays, soigné 119 113 patients souffrant de blessures liées à la guerre et à la violence, mis au monde 68 702 nouveau-nés et soigné plus de 116 687 patients atteints de choléra. En 2019, MSF compte au Yémen 2200 travailleurs recrutés internationalement et localement, et verse des primes de rendement à 700 agents du ministère de la Santé dans tout le pays.

Yémen : l'impact de la guerre sur les femmes enceintes, les nouvelles mères et les enfants

Au Yémen, de nombreuses femmes enceintes qui connaissent des complications lors de l'accouchement, ainsi que les parents d'enfants malades, ne peuvent accéder aux soins médicaux de manière sûre et rapide, ce qui entraîne des conséquences souvent mortelles, selon un rapport de l'organisation médicale internationale Médecins Sans Frontières (MSF).

Ce nouveau rapport de MSF intitulé Complicated delivery ­– The Yemeni mothers and children dying without medical care (en anglais) décrit l'impact de la guerre sur les femmes enceintes, les nouvelles mères et les enfants de moins de 15 ans. Ces personnes figurent parmi les plus négligées et vulnérables du Yémen, comme l’ont observé les équipes médicales de MSF travaillant dans les gouvernorats de Taïz et de Hajjah. 

Quatre ans après le début du conflit, les parties belligérantes au Yémen, ainsi que leurs commanditaires internationaux, ont provoqué l’effondrement du système de santé publique du pays qui ne parvient plus à répondre aux besoins de ses 28 millions d’habitants.

36 mères et 1529 enfants sont décédés

Entre 2016 et 2018, 36 mères et 1529 enfants sont décédés – 1018 nouveau-nés – à l’hôpital MSF de Taïz Houban, dans le gouvernorat de Taïz, ainsi qu’à l’hôpital d’Abs soutenu par MSF dans le gouvernorat de Hajjah. Près d’un tiers des décès survenus à Taïz Houban étaient des enfants et des nouveau-nés décédés à leur arrivée. De nombreux nouveau-nés amenés pour être soignés avaient un faible poids à la naissance ou étaient nés de façon prématurée à la maison ou dans de petites cliniques privées. Les causes les plus fréquentes de décès chez les nouveau-nés étaient la prématurité, l'asphyxie à la naissance et les infections graves (septicémie).

Le nombre élevé de décès est attribuable à un certain nombre de facteurs, la plupart étant directement liés à la guerre, comme le manque d’établissements de santé fonctionnels au Yémen et les difficultés rencontrées par les populations pour les atteindre. De nombreuses personnes doivent traverser les lignes de front, le no man’s land ou franchir plusieurs points de contrôle pour se rendre à un hôpital. 

Cela les expose à un danger physique et augmente les temps de trajet de manière exponentielle. Avant le conflit, les habitants de Houban, à la périphérie de la ville de Taïz, pouvaient se rendre dans un hôpital public du centre-ville en 10 minutes ; le trajet peut maintenant prendre six heures.

« Cette distance qui sépare les personnes des soins médicaux est un gros problème », déclare Sadeqa, sage-femme MSF à l'hôpital d’Abs. « Les patients ne peuvent voyager à cause des frappes aériennes et des affrontements et ils ne sortent pas la nuit car ils craignent d'être attaqués. Une fois, une voiture a été touchée par une frappe aérienne, tuant tout le monde à l'intérieur. »

Cette semaine, un hôpital soutenu par MSF à Taïz a été contraint de suspendre temporairement ses activités médicales en raison de la recrudescence des affrontements dans la ville. La violence a entraîné la fermeture du seul hôpital public restant de la région à fournir des soins de santé maternelle.

En savoir plus sur le rapport spécial de MSF sur la santé maternelle et infantile au Yémen​

En réponse à une épidémie de choléra, MSF a mis en place des centres et des unités de traitement du choléra dans plusieurs hôpitaux afin d’isoler les patients et de soigner ceux qui présentent des symptômes. L’organisation soutient également d’autres structures gérées par les autorités sanitaires.