Un médecin administre un médicament à un infirmier présentant des symptômes de la fièvre de Lassa. Nigeria, 2026. © Abba Adamu Musa/MSF
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Nigeria : apaiser les craintes et améliorer les soins pendant une saison de forte incidence de fièvre de Lassa

Dans six États du pays, les équipes de MSF interviennent en réponse au pic saisonnier de la fièvre de Lassa. 

« La fièvre de Lassa est une maladie qui passe souvent inaperçue », explique Ayokunnu Raji, médecin et responsable du programme médical d’urgence de MSF. « Au début, les symptômes sont très similaires à ceux d’autres maladies courantes au Nigeria, comme le paludisme ou la typhoïde. De ce fait, lorsque les personnes arrivent dans notre centre de traitement, nombre d’entre elles sont déjà dans un état critique. » 

L’un de ces patients était Musa, qui vit dans l’État de Bauchi, au nord du Nigeria. Au début de l’année, il a commencé à souffrir de maux de tête et de douleurs abdominales. 

« J’avais l’impression d’avoir le paludisme », raconte-t-il. Musa a été admis dans une clinique privée, mais il en est sorti au bout de cinq jours, toujours très malade. « Ils ne comprenaient pas ce dont je souffrais », explique-t-il. 

Quelques jours plus tard, une équipe de promotion de la santé de MSF s’est rendue dans le village de Musa. On lui a conseillé de se rendre immédiatement au centre de traitement de la fièvre de Lassa de l’hôpital universitaire Abubakar Tafawa Balewa. Là-bas, le diagnostic de fièvre de Lassa a été confirmé. 

Les symptômes étaient devenus tellement insupportables qu’il pensait ne pas pouvoir survivre. Mais grâce aux soins reçus au centre de traitement, où il a séjourné 29 jours, il a guéri. Il soutient désormais sa communauté en sensibilisant les gens à cette maladie et en les encourageant à consulter rapidement s’ils présentent des symptômes. 

Qu’est-ce que la fièvre de Lassa? 

La fièvre de Lassa est une maladie hémorragique virale grave, parfois mortelle, causée par le virus de Lassa. Elle est transmise par le rat plurimammaire, un rongeur commun en Afrique de l’Ouest. La maladie est endémique au Nigeria, avec un pic d’incidence pendant la saison sèche, d’octobre à avril.  

Environ 80 % des personnes atteintes de fièvre de Lassa ne présentent que des symptômes légers, voire aucun symptôme. Cependant, les cas graves peuvent entraîner des hémorragies, une défaillance d’organes, voire le décès. 

La fièvre de Lassa se transmet principalement par contact avec des aliments ou des objets ménagers contaminés par l’urine ou les excréments de rongeurs infectés. Cependant, une fois qu’une personne est infectée, la maladie peut également se propager à d’autres personnes par contact direct avec des fluides corporels, des surfaces ou des objets contaminés, comme la literie ou le matériel médical et, dans de rares cas, par les gouttelettes en suspension dans l’air provenant de personnes infectées. 

« Un diagnostic précoce, l’isolement des personnes testées positives et un traitement rapide sont absolument essentiels », souligne Ayokunnu Raji. 

Les mesures de prévention, comme le lavage fréquent des mains, l’évitement de tout contact avec les rongeurs et la manipulation sûre des aliments, sont également essentielles pour freiner la propagation de la maladie. 

Les personnes en convalescence et leurs proches reçoivent le soutien de spécialistes en santé mentale au centre de traitement de la fièvre de Lassa soutenu par MSF. Nigeria, 2026. © Abba Adamu Musa/MSF

2026 : un impact considérable sur les communautés et le personnel de la santé 

Au Nigeria, les communautés ont cette année été confrontées une saison de fièvre de Lassa particulièrement grave. Depuis janvier, le pays a enregistré 516 cas et 135 décès, soit une augmentation de 31 % par rapport à la même période en 2025. 

Le personnel de la santé a également subi de lourdes pertes. La fièvre de Lassa, comme d’autres fièvres hémorragiques, telles qu’Ebola, est une maladie qui met particulièrement à risque les membres du personnel de la santé. Lors de la prise en charge de cas suspects ou confirmés, ils doivent porter un équipement de protection individuelle complet afin d’éviter toute contamination. Cet équipement est composé de gants, masques, lunettes de protection et blouses. 

« Cependant, comme de nombreux cas de fièvre de Lassa sont diagnostiqués tardivement, il est possible que le personnel de la santé ait déjà été exposé au virus », explique Ayokunnu Raji. 

Depuis le début de l’année, 38 membres du personnel de la santé ont été infectés au Nigeria, soit plus du double du nombre enregistré à la même période l’an dernier. En février, trois membres du personnel de MSF ont également été infectés. Malheureusement, l’un d’entre eux, qui travaillait dans l’État de Kano, est décédé. 

MSF intervient actuellement face au pic saisonnier de la fièvre de Lassa dans les États de Benue, Kano, Taraba, Sokoto, Zamfara et Bauchi. Dans l’État de Bauchi, l’un des États les plus pauvres du Nigeria, MSF travaille en étroite collaboration avec le ministère nigérian de la Santé depuis 2022. Au centre de traitement de la fièvre de Lassa, les personnes atteintes reçoivent des soins gratuits, dont le diagnostic de laboratoire, le traitement antiviral et un soutien psychologique.

Entre le 1er octobre 2025 et le 23 mars 2026, 311 personnes au total ont été déclarées positives au centre de traitement. D’entre elles, 68 sont décédées. 

Les équipes de MSF interviennent également dans les communautés environnantes, dans les zones de gouvernement local de Bauchi, Kirfi, Toro et Tafawa Balewa. Elles effectuent la détection rapide des cas suspects, isolent les personnes infectées et assurent leur transfert en toute sécurité vers le centre de traitement.  

MSF collabore avec les structures de santé de ces zones pour renforcer les capacités du personnel et améliorer les mesures de prévention et de contrôle des infections. En parallèle, des équipes de promotion de la santé se rendent dans les communautés pour sensibiliser les gens et lutter contre la peur et la désinformation concernant la maladie.

« Les gens pensaient que c’était de la sorcellerie »

La peur et la stigmatisation liées à la fièvre de Lassa restent des défis majeurs au Nigeria et dans les autres pays où elle est endémique. Dans de nombreuses communautés, la maladie est mal comprise et suscite une grande crainte, ce qui conduit souvent à l’exclusion des personnes atteintes. 

« Au début, les gens s’enfuyaient. Ils ne voulaient pas que l’on s’approche d’eux. Au départ, ils pensaient que c’était une malédiction, de la sorcellerie », explique Musa. 

Les équipes de promotion de la santé de MSF travaillent en étroite collaboration avec les responsables communautaires, les autorités religieuses, les guérisseuses et guérisseurs traditionnels, ainsi que les pharmacies, qui sont souvent les premières ressources et personnes vers lesquelles les gens se tournent lorsqu’ils tombent malades. 

Tumaini Kombe est promoteur de la santé de MSF. Il a travaillé pendant plusieurs mois dans l’État de Bauchi, où il a dirigé une équipe de 50 agents et agentes de santé communautaire. Comme il l’explique, les équipes privilégient avant tout l’écoute et l’instauration d’un climat de confiance. 

« Nous ne remettons pas en question les croyances des gens », explique-t-il. « Nous travaillons avec des personnes de confiance. Si le chef du village informe sa communauté des mesures à suivre en cas de suspicion de fièvre de Lassa, nous considérons cela comme une véritable réussite. » 

Entre janvier 2025 et février 2026, les équipes de promotion de la santé de MSF ont atteint 186 363 personnes et mené 18 898 séances d’information au sein des communautés. Au cours de cette période, elles ont orienté 1 642 personnes vers le centre de traitement, dont 418 ont été déclarées positives. 

« Comprendre les connaissances locales et être à l’écoute sont essentiels pour encourager les gens à se faire soigner », conclut Tumaini Kombe. 

Cliniques pour les personnes survivantes : la vie après la fièvre de Lassa 

De nombreuses personnes survivantes de la fièvre de Lassa souffrent de séquelles à long terme, notamment d’une perte auditive et de complications neurologiques. Elles peuvent également rester porteuses du virus pendant un certain temps après leur guérison. Pendant cette période, la maladie peut se transmettre par voie sexuelle. En outre, les mères peuvent la transmettre à leur bébé lors de l’allaitement. 

MSF assure le suivi des personnes survivantes dans des cliniques spécifiques, où elles reçoivent des soins, un soutien psychologique et des conseils pratiques pour réduire le risque de transmission. Cela comprend des conseils sur les pratiques sexuelles sans risque, la distribution de préservatifs et un accompagnement concernant les alternatives d’alimentation des bébés lorsque l’allaitement n’est temporairement pas recommandé. 

Une équipe de promotion de la santé de MSF dans l’un des centres de transit planifie les visites avant de se disperser dans les différentes communautés pour sensibiliser les gens à la fièvre de Lassa. Nigeria, 2026. © Abba Adamu Musa/MSF

Se préparer pour l’après-pic 

Alors que la saison sèche touche à sa fin, le nombre de cas de fièvre de Lassa recensés dans le centre de traitement soutenu par MSF commence à diminuer progressivement. MSF poursuivra ses activités et intervient désormais toute l’année dans l’État de Bauchi afin de renforcer la préparation en vue du prochain pic de fièvre de Lassa, prévu en octobre. 

Le centre deviendra un pôle de formation destiné à développer une expertise en matière de prise en charge des fièvres hémorragiques virales, qui sera mise à profit au Nigeria et dans d’autres pays touchés. 

MSF continuera également à renforcer les mesures de surveillance, de prévention et de contrôle des infections. Par ailleurs, les équipes mèneront des programmes pilotes de lutte contre les rongeurs, tandis que le personnel responsable de la promotion de la santé poursuivra ses visites dans les communautés environnantes afin d’encourager l’adoption de pratiques d’hygiène plus sûres et d’apaiser les craintes liées à la maladie. 

« Chaque année, les chiffres ne cessent d’augmenter », explique Ayokunnu Raji. « Nous ne savons pas encore si cela est lié aux changements climatiques, à une meilleure détection ou à d’autres facteurs. Ce que nous savons, c’est que, pour l’instant, la fièvre de Lassa n’est pas près de disparaître, et que notre collaboration avec le ministère nigérian de la Santé reste essentielle pour des milliers de personnes. »