Des membres du personnel d’une clinique mobile de MSF réalisent des consultations médicales au camp d’Um Rakuba, dans l’État d’El-Gedaref. Soudan, 2024. © Faiz Abubakr
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Soudan : un camp oublié au cœur d’une guerre oubliée

Alors que les besoins augmentent, MSF met en garde contre le recul de la présence humanitaire à El-Gedaref

Partout au Soudan, les besoins en santé, nutrition, eau potable et autres éléments essentiels à la vie font cruellement défaut. Alors que la situation s’aggrave, les crises locales doivent atteindre des niveaux quasi catastrophiques pour attirer l’attention et débloquer des fonds d’urgence.

À El-Gedaref, dans l’est du pays, le camp pour personnes réfugiées d’Um Rakuba n’a pas encore atteint ce stade catastrophique. Mais

à l’hôpital de Médecins Sans Frontières (MSF), le bruit qui domine est celui des pleurs des nouveau-nés traités pour le paludisme, la malnutrition et d’autres urgences médicales. Les signes avant-coureurs sont là.

Um Rakuba accueille des personnes réfugiées du Tigré, en Éthiopie, une région en proie à un violent conflit depuis 2020. Le camp héberge aujourd’hui environ 17 000 personnes, la plupart des femmes et des enfants.

« Nos équipes de promotion de la santé entendent continuellement des inquiétudes à propos du déclin des services essentiels. Les communautés continuent de faire pleinement confiance à MSF, mais elles demandent que nous menions davantage d’actions de plaidoyer pour combler ces lacunes croissantes. »

– Zélie Antier, coordonnatrice de projet de MSF à l’hôpital du camp d’Um Rakuba

MSF y offre des soins médicaux d’urgence depuis le début de la crise. Mais lorsque la guerre a éclaté au Soudan en 2023, l’hôpital est devenu bien plus qu’une simple structure de santé pour personnes réfugiées. Aujourd’hui, les communautés environnantes, soit près de 100 000 personnes, comptent pour environ 80 % des consultations.

« Je suis venue ici parce que trois ou quatre hôpitaux de notre région ont fermé », explique Manasak, une Soudanaise venue chercher des soins pour sa tante et son enfant. « Où d’autre pourrions-nous aller? Nous avons besoin de plus de soutien, non seulement pour les communautés soudanaises, mais aussi pour les personnes réfugiées. »

Des personnes viennent recevoir des soins à l’hôpital du camp pour personnes réfugiées d’Um Rakuba, où MSF reste le principal prestataire de soins de santé. Soudan, 2026. © MSF

Les ONG sont parties les unes après les autres

En 2021, au plus fort de la crise des personnes réfugiées d’Éthiopie, environ 35 ONG nationales et internationales intervenaient dans le camp d’Um Rakuba et ses environs. Aujourd’hui, il en reste moins de 10.

Beaucoup de ces organisations dépendaient fortement du financement du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR). La réduction du financement de l’aide internationale a donc inévitablement entraîné une diminution des services humanitaires.

« Le Soudan était autrefois considéré comme le grenier de la région. Pourtant, chaque jour, nous soignons des enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère. Je n’ai jamais vu un tel niveau de détresse au cours de ma carrière. »

– Tanya Hajj Hassan, pédiatre de MSF

Les dispositifs d’assistance et de protection des personnes réfugiées se sont affaiblis, en particulier pour les femmes, les enfants et les personnes mineures non accompagnées. Les pénuries d’eau et les problèmes d’assainissement affectent à la fois la communauté et l’hôpital de MSF. L’assistance alimentaire se réduit, et l’interruption des services dans les structures de soins de santé primaires entraîne des complications médicales plus graves.

« Nos équipes de promotion de la santé entendent continuellement des inquiétudes à propos du déclin des services essentiels », explique Zélie Antier, coordonnatrice de projet de MSF à l’hôpital d’Um Rakuba. « Les communautés continuent de faire pleinement confiance à MSF, mais elles demandent que nous menions davantage d’actions de plaidoyer pour combler ces lacunes croissantes. Les organisations locales qui soutiennent les femmes et les enfants manquent souvent de ressources pour répondre à des besoins de plus en plus importants. »

Impact de la guerre et de l’insécurité alimentaire

En 2024, plus d’un million de personnes soudanaises ont été déplacées depuis les zones où de violents combats faisaient rage, comme Khartoum, Sennar et Al-Jazirah. Le système de santé, déjà mis à rude épreuve par des épidémies de choléra, a ainsi été soumis à une pression énorme.

Tanya Hajj Hassan, pédiatre chez MSF, s’est rendue à El-Gedaref il y a près d’un an. Elle se souvient des champs verdoyants et fertiles qu’elle a traversés en voiture pour se rendre à l’hôpital. « Le Soudan était autrefois considéré comme le grenier de la région », explique-t-elle. « Pourtant, chaque jour, nous soignons des enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère. Je n’ai jamais vu un tel niveau de désolation au cours de ma carrière. »

Cette détresse s’accompagne d’une perte d’espoir chez les mères. « La première fois que j’ai été témoin de cela, c’était lorsqu’une mère a amené son enfant au service des urgences dans un état très critique », raconte-t-elle. « Alors que nous tentions de réanimer l’enfant, elle a demandé si elle pouvait partir. Nous lui avons expliqué que l’enfant risquait de mourir, et elle l’a simplement accepté. Cela reflète à quel point les décès d’enfants sont tragiquement devenus la norme au Soudan. »

Une mère est allongée aux côtés de son nouveau-né à l’hôpital de MSF dans le camp pour personnes réfugiées d’Um Rakuba, à El-Gedaref. Soudan, 2024. © Faiz Abubakr

Nous ne pouvons pas y arriver seuls

Près d’un an après le séjour de Hajj Hassan au Soudan, bon nombre de ces mêmes difficultés persistent dans le camp d’Um Rakuba.

L’assistance alimentaire reste insuffisante. Les personnes réfugiées reçoivent actuellement environ 4 kg de blé par personne et par mois, et parfois 2,5 kg seulement. Avant le déclenchement de la guerre au Soudan en avril 2023, elles en recevaient environ 14 kg.

En outre, les conditions de vie sont déplorables. Il n’y a pas suffisamment de latrines et les abris demeurent inadéquats.

« Sans un financement et une présence humanitaire accrus, les communautés continueront d’être confrontées à des souffrances qui pourraient être évitées. MSF ne peut à elle seule répondre à ces besoins. »

– Mohamed Ahmed, responsable des programmes de MSF au Soudan

Dans le camp, MSF reste la seule organisation prestataire de soins de santé secondaires et de services intégrés pour la violence sexuelle et basée sur le genre. L’accès aux soins pour le VIH, la tuberculose et les maladies tropicales négligées reste très limité. En outre, les épidémies récurrentes de choléra, rougeole, paludisme et méningite continuent de menacer les communautés vulnérabilisées.

« Les gens nous disent qu’ils se sentent de plus en plus abandonnés, et ce, dans tous les secteurs : santé, protection, eau et assainissement, alimentation et éducation », explique Mohamed Ahmed, responsable des programmes de MSF au Soudan. « Sans un financement et une présence humanitaire accrus, les communautés continueront d’être confrontées à des souffrances qui pourraient être évitées. MSF ne peut à elle seule répondre à ces besoins. »

MSF a déjà alerté les organisations humanitaires et les agences des Nations Unies sur la détérioration des conditions de vie et des services essentiels dans le camp d’Um Rakuba et ses environs. Pourtant, malgré cette situation alarmante et des besoins croissants, aucun plan précis pour accroître l’assistance ne s’est concrétisé.

Les organisations locales continuent d’apporter un soutien crucial, souvent avec des moyens extrêmement limités. Leur contribution est essentielle, mais elles ne peuvent se substituer à une réponse humanitaire pleinement financée.

« Nous appelons les bailleurs de fonds et les organisations humanitaires à joindre le geste à la parole », déclare Ahmed. « Les communautés ne peuvent pas survivre grâce à des promesses. Nous avons besoin d’un renforcement des services de protection, du rétablissement des soins de santé primaires et d’investissements accrus dans les services essentiels. Les personnes réfugiées ne doivent pas être oubliées dans le contexte plus large de la crise soudanaise. »

Les communautés réfugiées dans le camp d’Um Rakuba ne demandent pas de la compassion. Ils réclament le minimum auquel tout être humain a droit : des soins de santé, une protection et la possibilité de vivre dans la dignité.

Les cris des nouveau-nés résonnent toujours dans l’hôpital d’Um Rakuba. Des mères, réfugiées et issues de la communauté d’accueil, continuent d’affluer pour y recevoir des soins. La question n’est pas de savoir si les besoins existent, mais plutôt si la communauté internationale est encore prête à y répondre.