Janada James, sage-femme de MSF à Maiduguri, est spécialisée dans les soins obstétricaux et néonatals d’urgence et de base. Nigéria, 2025. © Eugene Osidiana/MSF
PARTAGEZ

Nigéria : une sage-femme s’inspire des générations qui l’ont précédée

Dans un pays où les taux de mortalité maternelle sont parmi les plus élevés au monde, une sage-femme de MSF raconte comment elle a choisi son métier et ce qu’il représente pour elle.

Janada James
Sage-femme de MSF

Au Nigéria, les taux de mortalité maternelle pendant la grossesse ou l’accouchement figurent parmi les plus élevés au monde. En raison du conflit armé qui sévit dans le nord du pays, l’accès aux soins médicaux est extrêmement limité, et de nombreuses femmes se retrouvent confrontées à des urgences obstétricales sans aucune assistance.  

Janada James fait partie de l’équipe de sages-femmes de Médecins Sans Frontières (MSF) dans la ville de Maiduguri. Elle raconte comment elle a choisi son métier et ce qu’il représente pour elle. 

J’ai 12 ans. Ma mère m’appelle : « Janada, où es-tu? »  

« Je suis là, maman! »  

« Apporte-moi de la cendre! Et du détergent! »  

Elle vient tout juste de rentrer à la maison. 

Je cours chercher de la cendre dans le feu de bois, ainsi que le détergent, avec lesquels elle commence à se frotter les mains. La cendre est un alcalin naturel, elle possède donc des propriétés désinfectantes. 

Pendant qu’elle se frotte les mains, je lui demande : « Maman, qu’est-ce que tu as touché? » 

« J’ai touché du sang », me répond-elle. « J’ai aidé à mettre un bébé au monde. Et tu dois toujours te laver les mains quand tu touches du sang. » 

« Comment le bébé est-il sorti de la maman? » 

« Ce n’est pas le moment pour toi de savoir ça », me répond-elle.  

Mais ma curiosité est éveillée. 

Aujourd’hui, bien des années plus tard, je suis sage-femme et je travaille pour MSF à Maiduguri, la région d’où je viens.   

« Je pense qu’aucune femme ne devrait souffrir comme ma mère a souffert. C’est pourquoi je ne plaisante pas quand il s’agit d’éclampsie et de prééclampsie. »

Il y a tant de choses que j’aime dans mon métier. L’une des plus importantes pour moi, c’est lorsque nous détectons un cas de prééclampsie, une complication de la grossesse potentiellement mortelle. 

Tout au long de ma carrière, j’ai vu des femmes souffrir de prééclampsie sévère, mais mon lien avec cette maladie remonte à bien plus loin. C’est l’une des raisons pour lesquelles je suis devenue sage-femme. 

En 1994, ma mère était enceinte de moi. À l’époque, il n’y avait pas de téléphones portables. D’une manière ou d’une autre, ma grand-mère a appris que quelque chose n’allait pas et elle s’est précipitée vers notre village. 

Ma mère souffrait d’éclampsie. 

L’éclampsie est associée à une tension artérielle très élevée. Dans un cas typique, la femme commence à se sentir mal. En cas de prééclampsie, elle souffre souvent de violents maux de tête, de douleurs épigastriques et d’une vision trouble. Si ces symptômes ne sont pas détectés et traités, des convulsions peuvent alors survenir. 

Pour les personnes qui n’ont pas accès à des informations fiables sur la santé, ces crises peuvent être très effrayantes. Les gens du village disaient que ma mère n’avait pas un problème médical, mais spirituel. Ils voulaient faire appel à une autorité religieuse pour tenter de faire cesser ses crises. 

C’est alors que ma grand-mère est arrivée. Elle a trouvé sa fille inconsciente, et elle était prête à se battre contre quiconque tenterait de les empêcher de se rendre à l’hôpital. Elle n’a même pas attendu que mon père donne son avis. 

Grâce à elle, ma mère a pu arriver à l’hôpital à temps. Elle a reçu des soins et je suis née en bonne santé. 

Une ambulance de MSF circule sur une route à Maidugur. Nigéria, 2025. © Eugene Osidiana/MSF 

Quand j’étais petite, les gens disaient que j’étais une enfant chanceuse. Ils le disent encore aujourd’hui. 

« Regarde-toi maintenant », me répètent-ils. « Tu es forte. Tu es sage-femme. » 

Mais ce n’est pas une question de chance. Je pense qu’aucune femme ne devrait souffrir comme ma mère a souffert. C’est pourquoi je ne plaisante pas quand il s’agit d’éclampsie et de prééclampsie.   

Dans cette région du nord du Nigéria, de nombreuses familles ont à peine de quoi manger, et la plupart des établissements de santé font payer les soins. Confrontés au choix entre les soins prénataux et l’achat de nourriture, la plupart des parents choisissent de nourrir leur famille. 

Janada James, sage-femme de MSF, travaille au centre de soins de santé primaires Fatima Ali Shariff, l’un des deux centres de maternité que soutient MSF à Maiduguri. Nigéria, 2025. © Eugene Osidiana/MSF

En tant que sage-femme chez MSF, je travaille aujourd’hui dans deux centres de maternité qui apportent un soutien aux femmes enceintes en situation d’urgence et qui offrent des soins prénataux et postnataux. 

Dans les zones rurales, j’aide les femmes à accéder à la contraception, et je tisse des liens solides avec les accoucheuses traditionnelles. Ces femmes issues de la communauté sont souvent sollicitées pour aider leurs voisines à accoucher à domicile. Les accoucheuses traditionnelles n’ont généralement pas de formation médicale. Nous les formons donc à reconnaître les signes d’une urgence et à orienter les femmes vers les services de MSF. 

« J’adore tellement le métier de sage-femme. Ça fait maintenant huit ans que j’exerce ce métier, sans jamais m’en lasser. » 

Ma mère n’était pas vraiment une sage-femme. Cependant, la communauté lui faisait confiance et les femmes enceintes lui demandaient de l’aide lorsqu’elles en avaient besoin. Elle les accompagnait à l’hôpital et les aidait à accoucher si elles n’arrivaient pas à temps. 

À la fin de mes études secondaires, c’est ma mère qui m’a aidée à prendre conscience de ce que je voulais faire dans la vie. Au départ, j’ai suivi une formation conjointe en soins infirmiers et en pratique sage-femme, mais je n’ai finalement jamais exercé en tant qu’infirmière. J’adore tellement le métier de sage-femme. Ça fait maintenant huit ans que j’exerce ce métier, sans jamais m’en lasser. Je poursuis actuellement mes études afin de développer encore davantage mes compétences. 

La prééclampsie n’est qu’une des complications auxquelles les femmes d’ici sont confrontées. Quand je sais que nous l’avons détectée à temps et que nous en voyons le résultat, que le bébé et la mère sont en vie, c’est pour moi une grande joie.