Afghanistan : l’heure critique, ou la mince fenêtre d’opportunité en traumatologie
Le directeur adjoint des soins infirmiers de MSF en Afghanistan raconte le parcours d’un jeune garçon blessé lors d’une grave explosion.
Ishaq* est arrivé dans un état critique. Il jouait près de chez lui, à Kunduz, en Afghanistan, lorsqu’il a ramassé un objet inconnu. Alors qu’il essayait de l’ouvrir pour voir ce que c’était, l’objet a explosé.
Les membres de sa famille ont réagi rapidement. Ils ont utilisé un foulard pour tenter tant bien que mal d’arrêter l’hémorragie tout en le transportant d’urgence au centre de traumatologie de Médecins Sans Frontières (MSF) à Kunduz.
Aux urgences, nous avons examiné Ishaq sans délai. Il présentait de nombreuses blessures et plusieurs fractures, et une partie de sa main avait été arrachée. Les blessures à son torse étaient si profondes que ses intestins étaient exposés.
Les mesures rapides prises par sa famille lui ont permis de rester en vie le temps d’être transporté à l’hôpital, où notre équipe s’est empressée de le stabiliser.
Ishaq était dangereusement au bord de la défaillance viscérale. Rapidement, nous lui avons administré des doses de liquides de réanimation et avons dégagé ses voies respiratoires. Nous lui avons également administré des antibiotiques pour combattre l’infection et des médicaments pour permettre à son cœur de recommencer à pomper le sang à un rythme régulier.
Notre hôpital se trouve dans une ville du nord de l’Afghanistan, dans une province essentiellement rurale où la plupart des personnes vivent de l’agriculture. Nous sommes spécialisés dans les traumatismes, donc habitués de voir des plaies ouvertes causées par des chutes, des accidents de la route et des explosions.
Lorsque nous évaluons une personne dans un état similaire à celui d’Ishaq, nous utilisons l’approche C-ABCD (hémorragie catastrophique, voies aériennes, respiration, circulation et déficit neurologique). Cela nous aide non seulement à hiérarchiser les actions les plus susceptibles de sauver la vie d’une personne, mais également à surveiller l’évolution de son état. Mais en raison de l’explosion, les blessures d’Ishaq étaient très profondes et recouvertes de saleté, ce qui augmentait considérablement le risque d’infection.
Au cours des jours suivants, Ishaq a développé une septicémie, puis est entré en choc septique. Lors d’une septicémie, l’infection provoque une dilatation des vaisseaux sanguins, créant ainsi un surplus d’espace à l’intérieur de ceux-ci. S’en suit une baisse de la pression qui permet au sang d’être pompé dans tout le corps. Le cœur commence à battre plus vite pour tenter de compenser, mais le corps ne peut pas maintenir cet effort indéfiniment. Progressivement, le cœur se fatigue et ne parvient plus à pomper suffisamment de sang. Les organes ne reçoivent alors plus suffisamment d’oxygène et commencent à défaillir.
Ishaq était dangereusement au bord de la défaillance viscérale. Rapidement, nous lui avons administré des doses de liquides de réanimation et avons dégagé ses voies respiratoires. Nous lui avons également administré des antibiotiques pour combattre l’infection et des médicaments pour permettre à son cœur de recommencer à pomper le sang à un rythme régulier.

Ishaq a dû subir plusieurs interventions chirurgicales en raison de ses blessures graves, mais son état était trop instable pour qu’il puisse être opéré dès son arrivée.
Nous l’avons surveillé de près. Il était dans un état critique et ses chances de survie étaient très faibles. Nous avons expliqué à sa famille la gravité de ses blessures, et évoqué l’éventualité qu’il n’y survive pas. Il n’est jamais facile d’avoir ce genre de conversation avec les proches, surtout quand le patient est si jeune. Nous avons fait tout notre possible pour soulager la douleur de façon à ce que Ishaq soit le plus confortable possible.
À ce moment-là, j’étais fier de l’hôpital, fier de notre équipe et de moi-même. Grâce à nos soins, Ishaq a pu rentrer chez lui et redevenir un enfant.
Au fil des jours, l’état d’Ishaq restait instable. Mais il était toujours parmi nous.
Au bout de sept jours, il est lentement sorti du choc septique. Finalement, son état s’est suffisamment stabilisé pour qu’il puisse être opéré. Ishaq a subi plusieurs interventions chirurgicales qui ont nécessité plus de 200 points de suture. Nous l’avons surveillé attentivement pour détecter toute complication.
Peu à peu, Ishaq a commencé à se rétablir. Il a repris de plus en plus de force. Au bout de quatre semaines seulement, il était suffisamment guéri pour sortir de l’hôpital.
Notre équipe était folle de joie. Pendant un bon moment, nous n’étions pas sûrs que Ishaq survivrait. Mais c’était un petit garçon courageux. Le voir marcher dans l’hôpital, parler avec sa famille et sourire m’a rempli d’une immense fierté. À ce moment-là, j’étais fier de l’hôpital, fier de notre équipe et de moi-même. Grâce à nos soins, Ishaq a pu rentrer chez lui et redevenir un enfant.
Dans le domaine des soins traumatologiques, nous parlons souvent de l’« heure critique », ce moment crucial où une intervention rapide peut sauver la vie d’une personne. Dans le cas d’Ishaq, la réaction rapide de sa famille lui a permis d’arriver à l’hôpital à temps pour que notre équipe puisse lui prodiguer les soins spécialisés dont il avait besoin.
* Le nom a été changé pour protéger la vie privée.