Laiju*, a Rohingya volunteer in MSF’s Kutupalong hospital talking to MSF Humanitarian Affairs Officer. Name has been changed. © MSF/Farah Tanjee
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Bangladesh : Les communautés rohingyas au point de rupture

 

Faruk est un réfugié rohingya qui vit dans un camp à Cox’s Bazar, au Bangladesh. « Personne ne veut être un réfugié; la vie que nous avons ici n’est pas facile », a-t-il dit. « Nous vivons dans une prison ouverte. La vie d’un réfugié est infernale, et c’est la même chose chaque jour. Je ne peux pas me déplacer à l’extérieur de la zone des camps; nous avons besoin d’une autorisation spéciale pour partir, et elle n’est accordée que dans des circonstances spéciales telles que des soins médicaux ou des urgences. »

« Parfois, je me mords pour voir si je peux encore ressentir quelque chose, et j’ai déjà tenté de me suicider », a-t-il ajouté.

Les réfugiés rohingyas de Cox’s Bazar coincés dans des camps surpeuplés depuis les trois dernières années, sans espoir face à l’avenir et sans statut juridique, se trouvaient déjà dans une situation de santé mentale précaire. La pandémie de COVID-19 n’a fait qu’ajouter encore plus de restrictions et de stress dans leur vie. Au-delà de la pandémie, la vie dans les camps ne montre aucun signe d’amélioration, et on s’efforce de reloger certains réfugiés pour s’attaquer à la surpopulation, ce qui ajoute à l’inquiétude. Les rumeurs de délocalisation vers Bhasan Char, une masse de sédiments qui a formé une « île » à 30 kilomètres du continent, remontent à 2015, mais elles sont devenues réalité en décembre 2020.

Avant cela, en mai, environ 300 réfugiés rohingyas secourus en mer ont été transférés sur l’île pour y être mis en quarantaine en raison de la pandémie de COVID-19. Ils n’en sont jamais revenus, et on en sait peu sur les conditions auxquelles ils ont été confrontés pendant leur détention. Début décembre, ils ont été rejoints par plus de 1 600 personnes supplémentaires en provenance des camps de Cox’s Bazar. À ce jour, on estime que plus de 3 000 personnes ont été relocalisées à Bhasan Char. Il est probable que davantage de Rohingyas devront bientôt déménager; les autorités estiment que l’île a la capacité d’accueillir 100 000 personnes. Les organisations humanitaires indépendantes, y compris l’ONU, n’ont pas encore eu accès au site, ce qui alimente les inquiétudes croissantes quant aux conditions sur place.

 

Réduction des fournitures essentielles et de la nourriture

 

Plus récemment, un incendie s’est déclaré dans le camp de réfugiés enregistrés de Nayapara, qui a détruit environ 550 abris où vivaient environ 3500 réfugiés, selon les informations de presse. Bien qu’il n’y ait eu aucune victime et seulement quelques personnes ayant subi des blessures mineures, l’événement a grandement perturbé la vie quotidienne des habitants du site.

Avant cet incendie, les services dans les camps, y compris les soins médicaux et les distributions de nourriture et d’eau, fournis principalement par des organisations humanitaires, avaient déjà été réduits de 80 % afin d’aider à réduire les mouvements pour contrer la propagation de la COVID-19. L’impact croissant de plusieurs mois de cette réduction de l’aide humanitaire, en particulier sur une communauté de plus en plus confinée, restreinte et forcée de dépendre de l’aide humanitaire, signifie que la lutte quotidienne pour satisfaire même les besoins les plus élémentaires a accru les tensions.

Tous ces facteurs croissants ont ajouté au stress auquel sont confrontés les réfugiés rohingyas au Bangladesh et rendent leur vie plus difficile, et cette tension s’est récemment transformée en violence.

 

La superviseure des soins de santé mentale de MSF vérifie si les patients qui visitent notre établissement de Kutupalong bénéficient d’un soutien psychologique.MSF/Farah Tanjee

MSF fournit un soutien en santé mentale

 

Asiya a l’air nerveuse à son arrivée à l’hôpital MSF de Kutupalong. Elle a besoin de parler à quelqu’un de ce qu’elle a vécu en octobre lors d’un affrontement de 12 jours entre deux groupes rohingyas dans les camps. D’une voix tremblante, elle décrit les violences dont elle a été témoin. « Je me suis cachée dans la cuisine avec mes enfants pour que personne ne puisse nous attaquer », a-t-elle raconté. « Lorsque la violence a éclaté dans les camps, il n’y avait pas d’hommes à la maison. Nous avons entendu des coups de feu, et nous sommes restés silencieux et avons fermé toutes les portes. Nous étions effrayés et sous le choc. »

Après ces violences, de nombreux réfugiés et leurs proches ont quitté leurs abris et se sont installés dans d’autres parties du camp qui n’avaient pas été touchées par les affrontements. Notre équipe sur le terrain s’est entretenue avec des personnes traumatisées qui avaient même peur de se rendre dans les hôpitaux, les postes de santé ou les cliniques, pour y obtenir des soins de santé de base.

Kathy Lostos, responsable des activités de santé mentale de Médecins Sans Frontières (MSF), explique que malgré les récentes escalades, la situation n’est pas désespérée. Il y a des mesures qui peuvent être prises pour améliorer la situation de ceux qui vivent dans les camps, ainsi que leur santé mentale. « La meilleure chose pour améliorer la santé mentale est de rétablir un sentiment de sécurité », a-t-elle dit. « Avoir un certain degré de contrôle ou d’autonomie sur son avenir est un facteur déterminant pour créer un sentiment de sécurité. Cela comprend des choses comme inclure les communautés dans les processus de prise de décision ou créer un sentiment d’autonomie et de contrôle sur son avenir. [Cela] permet d’atténuer les effets à long terme des traumatismes. »

« Quand l’avenir d’un groupe est incertain et lorsqu’une population n’est pas intégrée dans une société, cela crée un sentiment d’insécurité », a expliqué Kathy Lostos. « Le sentiment que votre vie est menacée peut conduire à l’impuissance et à la conviction que rien de ce que l’on fait n’a d’importance; et cela peut avoir un impact énorme sur le bien-être psychologique des gens. »

Laila, une bénévole à l’hôpital de Kutupalong, a fait face à la violence alors qu’elle s’était réfugiée dans une école avec sa famille et ses parents. « Nous avons quitté nos maisons, et nous avons trouvé refuge dans les locaux d’une école à l’intérieur du camp, et nous y sommes restés pendant près de 20 jours », a-t-elle raconté.

Tout en parlant, Laila tient une feuille de papier dans ses mains, en le tournant et le retournant. Notre personnel de santé mentale pouvait voir qu’elle établissait peu de contact visuel et essayait peut-être de contrôler ses émotions en se tenant occupée. « Je suis tendue et vraiment frustrée quand je pense à l’avenir », a-t-elle dit. « J’ai commencé à penser, d’une certaine manière, que nous n’avons ni avenir ni espoir. Nous sommes simplement pris au piège ici, et les restrictions de mouvement et l’impossibilité de trouver un emploi nous rendent la vie beaucoup plus difficile. »

Mais malgré les nombreux défis croissants, il y a encore de l’espoir dans les camps. « J’ai beaucoup de rêves », a affirmé Faruk. « Je veux visiter et explorer d’autres endroits. Je veux rentrer chez moi à Arakan [État de Rakhine, Myanmar], mais seulement quand nous pourrons obtenir justice et que nous aurons des droits. »