The observation room of the Emergency room at Boost hospital. The hospital is run by MSF in partnership with the Ministry of Public Health. It is one of the biggest MSF runs worldwide: 300 beds, 700 national staff, 25 international staff. © Kadir Van Lohuizen/Noor
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« C’était la première fois que je voyais de mes yeux quelqu’un d’aussi profondément affecté par la guerre » : Dispenser des soins en plein conflit en Afghanistan

Pendant près de deux décennies, un conflit actif a rendu la vie extrêmement difficile pour les Afghans. En plus de ceux qui ont été directement touchés par la violence, de nombreux autres ne peuvent même pas accéder à des soins de santé de base. Les mines terrestres, les bombes, les combats actifs et le risque d’être pris dans des tirs croisés sont autant de dangers qui peuvent rendre un simple déplacement vers un hôpital une périlleuse entreprise. 

Jesse Perry, infirmier de Vancouver, a été confronté à l’impact humain du conflit en Afghanistan lors de sa récente affectation avec Médecins Sans Frontières (MSF) dans la province de Helmand. Il se souvient d’un jour où il était présent à la maternité de l’hôpital de Boost soutenu par MSF à Lashkar Gah, quand une patiente a appris que ses deux enfants aînés venaient d’être tués lors d’une frappe aérienne sur son village natal.

« C’était la première fois que je voyais de mes yeux quelqu’un d’aussi profondément affecté par cette guerre qui dure depuis presque aussi longtemps que ma vie entière », se rappelle-t-il. « Je ne savais pas quoi dire à cette mère. J’ai regardé son nouveau-né qui avait encore besoin d’oxygène et d’antibiotiques supplémentaires. J’étais dans la position délicate d’essayer de convaincre cette mère de rester ici ou de laisser son enfant avec nous, afin qu’elle puisse voyager au moins trois heures et traverser des postes de contrôle militaires et des barrages routiers illégaux pour aller enterrer ses enfants. »

Traitement d’un enfant souffrant de malnutrition à l’hôpital de Boost de Lashkar Gah, Helmand, Afghanistan. Sa famille a dû fuir en raison des combats et se déplacer plusieurs fois par la suite.Kadir Van Lohuizen/Noor

« Quand ils arrivent, ils sont déjà en mauvais état »

La situation de cette femme était profondément tragique, mais malheureusement loin d’être unique. À Lashkar Gah, les équipes MSF voient souvent des patients qui ont parcouru de longues distances et mis de longues heures pour se rendre à l’hôpital. « Ils sont retardés par les points de contrôle et l’insécurité sur la route. Résultat : ils nous parviennent souvent tard et dans un état critique », explique Mia Hejdenberg, ancienne chef de mission de MSF en Afghanistan. « Lorsqu’ils finissent par arriver à nous, beaucoup d’entre eux doivent interrompre leur traitement pour rentrer chez eux où ils se sentent plus en sécurité. »

La situation est particulièrement difficile pour les femmes enceintes. Sur une période de neuf mois l’année dernière, 13 208 femmes ont été admises à la maternité de l’hôpital de Boost, dont 5 218 pour des accouchements compliqués. « De nombreuses patientes arrivent déjà en état de choc après un saignement post-partum des suites d’un accouchement à domicile », explique Rita Alexandra Batista Luz Mano, gynécologue à MSF. « Quand elles arrivent, elles sont déjà en mauvais état, et il leur est ensuite très difficile de remonter la pente. Ce mois-ci, cinq femmes sont décédées à leur arrivée. »

Une bouée de sauvetage dans une région qui manque de soins médicaux de qualité

Si ce n’était de l’hôpital de Boost, bien d’autres personnes seraient en danger. Seul hôpital de référence dans la province de Helmand, il dessert environ un million de personnes. MSF soutient toutes les unités de l’hôpital, y compris l’urgence, le bloc opératoire, la maternité, la pédiatrie et la médecine interne.

Fin 2019, MSF a commémoré 10 ans de prestation de soins aux patients de l’hôpital de Boost. En 2009, cinq ans après son retrait d’Afghanistan à la suite du meurtre de membres du personnel de MSF à Badghis, l’organisation a repris ses opérations dans le pays, interpellée par la détérioration de la situation humanitaire et le manque croissant de soins de santé civils. La province de Helmand, au sud, était à l’époque l’une des zones les plus touchées par le conflit, et le projet de Lashkar Gah a été le deuxième projet MSF à ouvrir dans le pays. L’objectif était de revitaliser l’hôpital et de fournir des soins de santé gratuits et de qualité aux habitants de la province de Helmand.

Projets MSF en Afghanistan (source : Rapport international d’activités 2018).MSF

« Nous voyons des milliers de patients chaque mois »

« Lorsque MSF est arrivée à l’hôpital de Boost en 2009, l’établissement comptait 150 lits pour une vingtaine de patients », explique Marcella Kraaij, ancienne coordonnatrice de projet MSF dans la province de Helmand. « Nous avons maintenant environ 400 lits et plus de 900 employés, et nous voyons des milliers de patients chaque mois. Je pense que la plus grande différence entre l’hôpital de Boost en 2009 et en 2019 est la cohérence et la disponibilité des ressources, dans tous les sens du terme. Les bâtiments ont été améliorés, les effectifs ont augmenté, de nombreuses formations ont été dispensées au personnel et les fournitures médicales sont toujours disponibles. » 

L’année dernière, les activités de MSF à l’hôpital ont augmenté dans presque toutes les unités. L’occupation des lits est souvent de 100 %, et le nombre de patients admis est 30 fois supérieur à ce qu’il était il y a une décennie, passant d’environ 120 par mois en 2009 à une moyenne de 3500 par mois en 2019.    

Rona, cinq ans, s’est cassé la jambe. Son père Haj Bgul et son frère sont assis à côté d’elle dans la salle d’urgence de l’hôpital de Boost, en Afghanistan.Kadir Van Lohuizen/Noor

Mais même pour ceux qui ont pu accéder à des soins médicaux essentiels entre les murs de cet hôpital, le conflit qui perdure en Afghanistan continue de provoquer tragédies et difficultés. Jesse Perry est maintenant de retour chez lui à Vancouver, mais il se souvient encore très bien de la jeune mère qui devait rentrer chez elle pour enterrer ses enfants, laissant avec nous son fils nouveau-né pour qu’il reçoive des soins dans le seul établissement de santé disponible.

« Qu’est-ce que j’aurais pu faire pour l’aider? » s’est-il demandé. La réponse que lui et ses collègues de MSF ont trouvée était de continuer à prodiguer des soins là où ils étaient les plus nécessaires. « Nous pouvions continuer à soigner son bébé », dit-il, « en veillant à ce qu’il soit nourri jusqu’à son retour. »

L’infirmier canadien de MSF Jesse Perry à l’extérieur de l’hôpital de Boost à Helmand, en Afghanistan.

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