Nablus, 48 km north of Jerusalem, accounted for the highest number of violent incidents between Israeli settlers and Palestinians in 2018. Most of the land surrounding Nablus is considered Area C, where Israel authorities retain near exclusive control, including over law enforcement, planning and building settlements and military bases, at the expense of Palestinian communities. MSF works in Nablus since 2004, providing psychotherapeutic and psychiatric assistance, group therapy, group mental health awareness sessions and psychosocial support activities in two clinics in Nablus and Qalqylia and in a new consultation room opened in Tubas in December 2019. © Candida Lobes/MSF
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COVID-19 : La normalité anormale en Cisjordanie

Un confinement complet est en place depuis plus de trois semaines en Cisjordanie, avec plus de 300 cas de COVID-19 confirmés dans les territoires palestiniens occupés. La sévérité de ces mesures de sécurité, imposées pour éviter la propagation du coronavirus, pèse sur les plus de 3,2 millions de personnes vivant en Cisjordanie. Mais alors que des millions de personnes dans le monde subissent pour la première fois des restrictions de mouvements, pour les Palestiniens des territoires occupés, ces restrictions sont depuis longtemps la règle plutôt que l’exception, et ont accompagné des années de violence ininterrompue et de tensions politiques et sociales.

« Ce qui est anormal pour le reste du monde est normal pour les Palestiniens ici », explique Tareq Zaid-Alkilani, coordonnateur de projet Médecins Sans Frontières (MSF) à Naplouse, le gouvernorat qui a connu le plus grand nombre d’incidents violents entre colons israéliens et Palestiniens en 2018. « Les restrictions à la circulation font déjà partie de la réalité quotidienne des Palestiniens. Et les épisodes de violence dans les communautés autour des colonies israéliennes et des postes adjacents font également partie de cette réalité. Il n’y a pas de différence depuis le début de l’épidémie de COVID-19. »

La propagation de la COVID-19 en Israël et dans les territoires palestiniens occupés n’a pas mis fin à la violence en Cisjordanie. En mars, les affrontements entre les forces israéliennes et les Palestiniens se sont poursuivis, tout comme les arrestations, les démolitions de maisons et les saisies de biens palestiniens par l’armée israélienne. Alors que les autorités israéliennes et palestiniennes répriment les déplacements et imposent la distanciation physique pour tenter de freiner l’épidémie, les attaques de colons israéliens contre les Palestiniens ont quant à elle augmenté de 78 % en Cisjordanie au cours des deux dernières semaines de mars, selon l’ONU.

« Les épisodes d’agressions physiques et verbales, les jets de pierres, les dommages aux biens des Palestiniens, ainsi que le vandalisme sur leurs voitures, maisons et propriétés agricoles sont très fréquents dans cette région. Et il y a aussi les opérations oppressives régulières de l’armée israélienne », explique Tareq Zaid-Alkilani. « Le résultat est un modèle de violence généralisée et implacable qui pèse sur la santé mentale de milliers de personnes et le bien-être de communautés entières. Cela s’ajoute aux causes les plus courantes de stress et d’anxiété, telles que les problèmes familiaux ou le manque de sécurité financière que les Palestiniens partagent avec d’autres sociétés à travers le monde. Ce virus et le confinement n’inversent pas la tendance. »

Tel un virus, la violence se propage en Cisjordanie depuis des décennies. Les communautés subissent des abus par l’armée, sans compter les incessantes agressions physiques et psychologiques. Sous l’occupation israélienne, ces différents types de violence se sont insinués dans les dynamiques domestiques, créant des troubles au sein des foyers et dans les relations familiales

« Certains de nos patients, principalement ceux qui vivent à côté des colonies israéliennes, ont vécu des événements profondément bouleversants », explique Samieh Malhees, psychologue MSF qui a passé les cinq dernières années à fournir gratuitement des consultations psychologiques et des services sociaux à la population du gouvernorat de Naplouse.

 

La santé mentale en Cisjordanie

« Un de mes patients, un garçon de sept ans, souffrait de troubles du sommeil et de crises de panique depuis que son village a été attaqué par des colons israéliens. Il a été témoin d’attaques avec des pierres et des cocktails Molotov sur son quartier, et il a vu des gens qu’il connaissait se battre avec les colons. D’autres patients ont subi la perte ou la détention violente de membres de leur famille, des incursions de l’armée au milieu de la nuit et des attaques physiques ou des affrontements avec des colons. Beaucoup d’entre eux finissent par développer des formes d’anxiété, des troubles de l’adaptation et des crises de panique. Même les personnes qui n’ont pas subi d’expériences traumatisantes directes sont confrontées aux conséquences perturbatrices indirectes de toutes ces tensions et violences. »

Pour la majorité des personnes qui recherchent un soutien psychologique dans les cliniques MSF, la détresse provient du domicile – par exemple des problèmes familiaux et diverses formes de violence domestique. Parfois, les deux sources de troubles psychologiques – le contexte de violence récurrente et les problèmes familiaux plus courants – deviennent étroitement liées et difficilement dissociables.

« Une de mes patientes m’a dit que son mari criait après elle et ses enfants comme certains soldats israéliens criaient après lui », raconte Samieh Malhees. Une autre patiente m’a dit que son mari était devenu violent après avoir été grièvement blessé lors d’affrontements. Ces cas ne sont pas isolés. Je peux tracer un schéma où les sentiments d’oppression, d’humiliation, d’impuissance et de colère dus à l’occupation empiètent sur les liens familiaux, et la violence suit son cours dans un cercle vicieux. »

La propagation du coronavirus, les restrictions qui se sont ensuivies, les graves conséquences sur la situation financière de nombreuses familles et les attaques continues contre les Palestiniens en Cisjordanie se combinent pour aggraver la situation déjà fragile des personnes confrontées à la détresse mentale, à la violence domestique et à divers types d’abus.

« L’épidémie de coronavirus confronte tout le monde à l’inconnu, ce qui peut entraîner un sentiment de perte de contrôle et d’impuissance », explique Samieh Malhees. « En ajoutant le confinement, ces sentiments peuvent augmenter l’anxiété et causer des symptômes inconfortables aux personnes souffrant de problèmes de santé mentale préexistants. Depuis le début du confinement, je n’ai pas pu rencontrer mes patients, alors j’essaie de fournir des consultations régulières par téléphone. C’est difficile pour moi, car j’essaie toujours d’éloigner ma famille du côté le plus lourd de mon travail. Et c’est aussi difficile pour les patients qui ne disposent pas d’un espace sûr à la maison où ils peuvent parler avec moi. Mais nous devons maintenir notre programme. Fournir un soutien psychosocial aux personnes déjà confrontées à une lourde détresse mentale est de la plus haute importance maintenant. »

Après que le premier ministre palestinien a annoncé le confinement complet en Cisjordanie, les équipes MSF ont dû adapter leurs activités pour protéger les patients et le personnel contre la COVID-19. Les séances de groupe et les consultations en personne en santé mentale ont été suspendues, mais les patients continuent de recevoir un soutien psychologique par téléphone.

Les troubles d’adaptation sont des conditions liées au stress qui surviennent en réponse à un événement stressant ou inattendu, et le stress provoque des problèmes de comportement importants. Parce que les personnes souffrant d’un trouble d’adaptation ou d’un syndrome de réponse au stress présentent souvent certains des symptômes de la dépression clinique, tels que la tendance aux larmes, le sentiment de désespoir et la perte d’intérêt pour le travail ou les activités, le trouble d’adaptation est parfois appelé officieusement une « dépression situationnelle ».