Une membre de l’équipe médicale mobile de MSF offre des soins à une patiente. Liban, 2026. © MSF
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Liban : les familles vivent dans l’incertitude face aux bombardements et aux nouveaux ordres d’évacuation

Les évacuations massives et les bombardements incessants poussent des centaines de milliers de personnes à se réfugier dans des centres d’accueil surpeuplés.

En moins de deux semaines, plus de 800 000 personnes ont été contraintes de fuir leur foyer et leur ville au Liban, en raison des bombardements incessants de l’armée israélienne et des ordres d’évacuation généralisés.

Ces déplacements massifs rendent les communautés encore plus vulnérables. C’est le cas notamment de celles qui n’ont pas pu retourner chez elles depuis leurs précédents déplacements. Ghina, une jeune femme qui a fui Odaisseh, à la frontière sud du Liban, fait partie des milliers de personnes déplacées à l’intérieur du pays depuis 2023. Elle vit désormais avec sa famille dans un centre d’accueil, surnommé « Montana » par les gens qui résident dans la ville de Marwaniyeh.

« Nous avons été parmi les premières personnes à être évacuées de force de nos villages [en 2023] », rapporte Ghina, debout devant le centre d’accueil. « Je vis dans ce centre depuis près de trois ans. Je vivais avec ma famille de cinq personnes dans une seule pièce. Aujourd’hui, de nombreuses personnes sont arrivées et, dans certaines pièces, nous sommes 30 à vivre ensemble. »

Une membre de l’équipe médicale mobile de MSF offre des soins à un patient. Liban, 2026. © MSF

Le centre d’accueil de Montana, autrefois un hôtel, héberge aujourd’hui plus de 120 familles déplacées, dont plusieurs vivent ici depuis que les villages du sud ont été évacués de force il y a près de trois ans. Par contre, à la suite des derniers ordres d’évacuation, un plus grand nombre de personnes ont afflué ces derniers jours, ce qui a surpeuplé le centre et accentué la pression sur les familles déjà sur place.

Les équipes médicales mobiles de Médecins Sans Frontières (MSF) se rendent régulièrement dans ce centre d’accueil pour offrir des soins de santé généraux à ses personnes. Nous menons des activités similaires dans plusieurs autres centres d’accueil à travers le pays, notamment dans les gouvernorats du Nord, d’Akkar, de la Békaa, du Mont Liban et de Beyrouth, où des centaines de milliers de gens ont trouvé refuge.

« Nous constatons une similitude avec ce que nous avons vu ces deux dernières années et demie à Gaza : des ordres d’évacuation à grande échelle, le déplacement constant de milliers de familles et des bombardements systématiques sur des zones densément peuplées. »

Lou Cormack, coordonnateur de MSF au Liban

Détérioration des conditions de vie des personnes déplacées

Ces derniers jours, nos équipes ont constaté une détérioration rapide des conditions de vie, en particulier chez les personnes déplacées de force. « Les gens sont contraints de se déplacer une nouvelle fois, ce qui pèse lourdement sur leur santé physique et mentale », explique Lou Cormack, coordonnateur de MSF au Liban.

L’intensification des bombardements dans les zones densément peuplées ces derniers jours, associée à de nouveaux ordres d’évacuation générale, oblige systématiquement les gens à quitter leur village.

Lorsque nos équipes sont arrivées au centre d’accueil de Montana le matin du 12 mars, les familles qui s’y trouvaient étaient encore sous le choc après une frappe aérienne israélienne survenue la nuit précédente, à seulement 150 mètres de distance. Heureusement, personne n’a été blessé et les dégâts matériels ont été minimes, mais les familles étaient terrifiées.

« La frappe aérienne israélienne a frappé sans avertissement et tout près de notre centre d’accueil », raconte Ghina. « Tout le centre a tremblé et les enfants se sont mis à pleurer. Je suis fatiguée de cette situation. »

Ce bombardement s’est produit au moment même où de nouveaux ordres d’évacuation générale étaient annoncés par les forces israéliennes, s’étendant plus au nord du fleuve Litani et vers le fleuve Zahrani.

« Aujourd’hui, ce centre d’accueil de Marwaniyeh, ainsi qu’au moins sept autres centres désignés par les autorités locales, censés se trouver dans des zones sûres, ne sont plus sûrs », déclare Lou Cormack. « Ils sont concernés par les nouveaux ordres d’évacuation israéliens. »

Les équipes de MSF ont mis en place un dispensaire afin d’apporter des soins médicaux essentiels aux personnes déplacées par le conflit. Liban, 2026. © Salam Kabboul/MSF

Israël a étendu son ordre d’évacuation massive à toutes les zones s’étendant jusqu’au fleuve Zahrani. Cette mesure vise une zone densément peuplée et exige que tous les gens se déplacent jusqu’à 50 kilomètres de la frontière sud du Liban.

« Nous observons une similitude avec ce que nous avons vu ces deux dernières années et demie à Gaza : des ordres d’évacuation à grande échelle, le déplacement constant de milliers de familles et le bombardement systématique de zones densément peuplées », déclare Lou Cormack. « Après 15 mois d’un cessez-le-feu fragile qui n’a pas réussi à mettre fin à la violence au Liban, les familles se retrouvent une fois de plus prises au piège, devant choisir entre fuir ou faire face aux bombes. »

La crise au Liban continue 

On estime qu’environ 14 % du territoire libanais est désormais soumis à des ordres d’évacuation et que les zones évacuées dans la banlieue de Beyrouth et à la frontière sud couvrent plus de 1 300 kilomètres carrés.

Près de 200 communautés, provenant de différentes villes et villages, ont été contraintes d’évacuer en moins de deux semaines.

Cette fois-ci, cependant, davantage de personnes ont décidé de ne pas évacuer. Cela est dû au fait que les centres d’accueil sont souvent pleins, que les routes sont dangereuses, que ces personnes n’ont pas les moyens de se déplacer à nouveau ou qu’elles n’ont tout simplement nulle part où aller. Cette situation contribue probablement à une exposition accrue des personnes civiles et à faire davantage de victimes.

Dans le même temps, les familles subissent le poids financier et psychologique de ces déplacements répétés. La perte de leur maison et de leurs moyens de subsistance, l’accumulation des dettes, l’épuisement, les traumatismes et le manque d’accès aux soins aggravent considérablement la situation.