RDC : insécurité et accès limité favorisent la propagation de la rougeole, menaçant la santé des enfants
Face à la flambée de rougeole en RDC, les équipes de MSF vaccinent et traitent les enfants, le groupe le plus à risque.
En 2025, la République démocratique du Congo (RDC) a de nouveau été confrontée à une épidémie majeure de rougeole. Plus de 82 869 cas suspects et 1 175 décès ont été enregistrés dans presque toutes les provinces, selon les autorités sanitaires. Cette flambée de rougeole a fait son apparition dans un contexte sanitaire extrêmement précaire, caractérisé par plusieurs crises simultanées : variole simienne et choléra, insécurité persistante dans l’est du pays et baisse des financements pour l’assistance humanitaire et médicale.
Afin d’endiguer la rougeole, Médecins Sans Frontières (MSF) mobilise des équipes en renfort des autorités sanitaires. Le vaccin combiné de rougeole-rubéole ayant récemment été intégré au programme national de vaccination de routine, le pays est actuellement en phase de transition. Cette mesure marque toutefois une étape importante dans le renforcement de la prévention.
Entre février et juin de 2025, les équipes de MSF ont mis en place des interventions d’urgence pour lutter contre des flambées épidémiques dans les provinces de l’Ituri, de la Tshopo, du Nord-Ubangi, du Maniema, du Sankuru et du Grand Katanga. Nous y offrons des traitements ainsi que des vaccins pour les enfants. Ces activités permettent d’endiguer la transmission et de prévenir des complications telles qu’une pneumonie, une inflammation cérébrale ou une cécité. Elles contribuent aussi à réduire les risques de mortalité.
« Pour riposter face à l’épidémie, nous devons disposer de personnel formé et poursuivre la surveillance et les campagnes de vaccination. Nous devons aussi disposer des ressources élémentaires pour administrer les vaccins de manière sûre et efficace — autant d’éléments qui font fréquemment défaut. »
– Jean Gilbert Ndong, coordonnateur médical de MSF
Quelques mois plus tard, face à l’apparition de nouvelles flambées épidémiques dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, du Sud-Ubangi, du Haut-Lomami et du Tanganyika, les équipes de MSF ont rapidement étendu et intensifié leurs activités en cours.
Une équipe de MSF est récemment intervenue dans le village de Bolingo dans le territoire de Budjala, dans la province du Sud-Ubangi. Le chef du village, Bokolo Bayibongo, a été témoin des répercussions de la rougeole. « La rougeole a pris la vie de nombreux enfants », dit-il. « Ici, un grand nombre de personnes en ont souffert et la situation était extrêmement grave. »
Dans le cadre de ses campagnes de vaccination, MSF évalue également l’état nutritionnel des enfants et leurs besoins en vitamine A. Nos équipes offrent aussi des traitements contre les parasites internes et des campagnes préventives multiantigènes renforcées. Entre janvier et décembre 2025, elles ont traité environ 20 870 personnes et vacciné 1 146 810 enfants. Au total, 22 interventions de lutte contre la rougeole ont été menées au cours de cette période. En ce début d’année 2026, MSF poursuit ses activités.

Pourquoi la rougeole persiste en RDC
Grâce à l’administration d’un vaccin en deux doses, il est possible de prévenir à presque 100 % la rougeole. Afin d’assurer son efficacité et éviter une flambée épidémique, il est toutefois essentiel de maximiser la couverture vaccinale au sein de la population. Pour cela, il est nécessaire d’investir suffisamment dans des programmes de vaccination de routine et la surveillance des maladies. Afin d’immuniser les enfants n’ayant pas reçu leurs vaccins de routine, des campagnes de vaccination bien organisées doivent également être mises en œuvre. Cependant, ces moyens restent actuellement extrêmement limités dans le pays.
En raison d’un sous-financement chronique de la part du gouvernement, le système de santé de la RDC dispose de capacités limitées. Ceci compromet les systèmes de surveillance, contribue à une faible couverture vaccinale et entrave l’accès aux soins. En conséquence, le pays ne dispose pas des moyens nécessaires pour prévenir les épidémies. Par ailleurs, les structures de santé manquent souvent d’électricité pour assurer la conservation des vaccins. Elles manquent aussi de personnel formé, de seringues, de glacières, ainsi que de fournitures médicales de base.
« Pour riposter face à l’épidémie, nous devons disposer de personnel formé et poursuivre la surveillance et les campagnes de vaccination. Nous devons aussi disposer des ressources élémentaires pour administrer les vaccins de manière sûre et efficace — autant d’éléments qui font fréquemment défaut », explique Jean Gilbert Ndong, coordonnateur médical de MSF en RDC.
« Les soins sont gratuits. On nous a même remboursé le prix du transport qui nous a amenés jusqu’ici. Grâce à leur présence sur place et à leur intervention, nous avons constaté des changements positifs. »
– Mathieu, père d’un enfant traité contre la rougeole par MSF
Par ailleurs, la topographie, le manque d’infrastructures routières et de transports, ainsi que les crises actuelles compliquent la mise en œuvre des campagnes de vaccination. De nombreux villages ne sont accessibles qu’en pirogue ou à pied, à travers des forêts denses. Les longues distances, le coût du transport et parfois les frais de consultation découragent également les parents de faire vacciner leurs enfants. À cela s’ajoutent certaines croyances religieuses et culturelles opposées à la vaccination, la désinformation, ainsi que le manque d’informations adéquates sur la vaccination et son efficacité.
Pour des parents comme Mathieu, dont le fils a été traité pour la rougeole à Budjala, dans le Sud-Ubangi, le travail des équipes humanitaires et médicales peut faire toute la différence. « Les soins sont gratuits », explique-t-il. « On nous a même remboursé le prix du transport qui nous a amenés jusqu’ici. Grâce à leur présence sur place et à leur intervention, nous avons constaté des changements positifs. »
Malheureusement, les coupes budgétaires dans l’assistance humanitaire et l’aide au développement ne font qu’aggraver la situation. De même, le manque de financement de la santé mondiale limite la disponibilité des vaccins et du matériel médical essentiels. En 2025, seuls 20 % du Plan de réponse humanitaire avaient été financés. Le secteur de la santé et le secteur de l’eau, de l’hygiène et de l’assainissement ont été les plus durement touchés.
« Si MSF est encore en mesure d’intervenir rapidement, c’est en grande partie grâce à son modèle de financement indépendant qui repose principalement sur des dons privés », explique Jean Gilbert. « Ce n’est plus le cas pour l’ensemble de l’écosystème humanitaire, qui a été fortement touché par des réductions budgétaires drastiques. Les ressources disponibles pour prévenir et répondre à la rougeole étaient déjà largement insuffisantes auparavant. La baisse des financements internationaux n’a fait qu’affaiblir toute la chaîne des activités humanitaires. En RDC, des milliers d’enfants se retrouvent désormais sans protection face à une maladie qui peut pourtant être évitée. »

Dans l’est de la RDC, les conflits et les déplacements exacerbent les épidémies
La situation est particulièrement grave dans l’est de la RDC. Des affrontements entre l’armée congolaise et l’alliance AFC/M23 ainsi que leurs alliés respectifs sont récemment venus raviver des décennies de conflits armés. Cette recrudescence de violence ne fait qu’exacerber l’insécurité, les déplacements et les difficultés d’accès aux services de santé.
Les déplacements empêchent les enfants de respecter leur calendrier de vaccination. Ils ne peuvent plus se rendre aux centres de santé pour recevoir les doses suivantes. De plus, les conditions de vie précaires et la promiscuité augmentent les risques épidémiques. Confrontées à la pauvreté et à de multiples difficultés, les familles ne disposent souvent pas des moyens nécessaires pour obtenir des soins pour leurs enfants.
À Katoyi, dans le territoire de Masisi, au Nord-Kivu, MSF a récemment mis en place une intervention contre la rougeole. Après avoir constaté les conséquences dévastatrices de la rougeole dans son village, Rebecca Shukuru a amené ses deux enfants à la campagne de vaccination de MSF dans la zone de santé de Kirotshe.
« Lorsque j’ai vu les effets de la rougeole sur les enfants du voisinage, j’ai eu peur pour ma famille. Cette maladie n’est pas seulement contagieuse, elle est mortelle », explique Rebecca. « J’ai pu faire vacciner mes enfants. Ils ont également reçu des médicaments antipaludéens et de la vitamine A, ce qui a été très utile. »
« Les affrontements actuels engendrent des vagues de déplacements. Ceci crée un terrain propice à la transmission et à la propagation rapide de la maladie d’une région à l’autre », explique Jean Gilbert. « Les personnes vivant dans des abris collectifs, souvent avec un accès limité à l’eau potable et à l’assainissement, sont particulièrement exposées. »

L’état dangereux des routes, les affrontements sporadiques et les combats actifs dans les zones de première ligne créent un climat d’insécurité. Ceci complique souvent grandement l’acheminement des vaccins là où ils sont les plus nécessaires. Cela entrave aussi la mise en œuvre de campagnes de vaccination en temps voulus. Les retards causés par les problèmes de sécurité laissent au virus davantage de temps pour se propager. Par conséquent, les flambées épidémiques sont plus difficiles à contenir et les enfants davantage exposés à la maladie.
Dans l’est de la RDC, les contraintes logistiques et le manque de financement affectent également l’acheminement des vaccins et du matériel médical. Aux aéroports de Bukavu et de Goma, les opérations humanitaires font l’objet de nombreuses restrictions. Les marchandises acheminées depuis Kinshasa vers certaines zones dans l’est du pays doivent donc emprunter des itinéraires plus longs et plus coûteux. Ceci entraîne des retards de livraison et met encore plus à rude épreuve des ressources déjà insuffisantes.
« Même lorsque les marchandises sont en stock, leur acheminement vers leur destination est désormais bien plus compliqué et onéreux », explique Jean Gilbert. « Les itinéraires vers certaines zones se sont considérablement allongés : ce qui prenait autrefois quelques jours peut désormais nécessiter plus d’un mois pendant la saison des pluies. Les coûts ont fortement augmenté, avec des prix du fret multipliés par quatre. Cela entraîne des retards qui affectent directement notre capacité à répondre rapidement aux épidémies. »
Les autorités sanitaires et les organisations non gouvernementales, dont MSF, s’efforcent de reconstituer leurs stocks. Toutefois, cela nécessite désormais des ressources logistiques et financières bien plus importantes. Dans un contexte marqué par d’importantes réductions financières dans l’assistance humanitaire et par l’insuffisance chronique des budgets du gouvernement alloués à la santé, la situation est préoccupante.
« La collaboration et le soutien continus sont indispensables pour protéger les enfants contre la rougeole », conclut Jean Gilbert. « Nous encourageons les autorités, nos partenaires et les communautés que nous soutenons à travailler ensemble pour intensifier la vaccination. Il est également crucial de renforcer les systèmes de santé et de garantir que chaque enfant reçoive les soins essentiels dont il a besoin. »