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L’assistance humanitaire du Canada est essentielle

En 2020, une guerre brutale a éclaté dans la région du Tigré, en Éthiopie. Des centaines de milliers de personnes auraient été tuées. D’autres ont fui en quête de sécurité, dont plusieurs milliers qui se sont réfugiées au camp d’Um Rakuba, au Soudan voisin. 

La vie dans les camps pour personnes réfugiées est difficile. Les gens déplacés sont coupés de tout ce qu’ils possédaient auparavant : revenus, logement, réseaux de soutien, moyens de subsistance. Au plus fort du conflit du Tigré, environ 35 organisations nationales et internationales intervenaient dans le camp et ses environs. Les gens arrivant à Um Rakuba pouvaient y trouver certains des services essentiels à leur survie, notamment un abri, de la nourriture et des soins médicaux. 

L’assistance humanitaire pour répondre aux besoins urgents 

L’assistance humanitaire consiste à intervenir en situation d’urgence. Elle apporte un soutien immédiat et essentiel pour soulager des souffrances humaines aiguës. Il s’agit d’un volet très spécifique de l’aide internationale, qui est beaucoup plus large et englobe tout, de la construction d’écoles aux dépenses militaires. L’assistance humanitaire, en revanche, vise principalement à répondre aux besoins les plus urgents auxquels sont confrontées les communautés lorsque survient une crise. 

Or, à l’heure actuelle, alors que les conflits et les crises se multiplient, l’assistance humanitaire est en chute libre. 

Le nombre d’organismes présents à Um Rakuba est aujourd’hui inférieur à 10. Non pas parce que les besoins ont diminué, bien au contraire, mais simplement parce que l’assistance disponible a été réduite. 

Des compressions sans précédent de l’aide humanitaire internationale

Les récentes coupes à grande échelle dans le financement de l’aide humanitaire internationale ont décimé les services. Les personnes réfugiées à Um Rakuba, qui recevaient autrefois 14 kilogrammes de nourriture par mois, n’en reçoivent plus que quatre, voire moins. Les besoins en eau et en assainissement ne sont pas satisfaits, ce qui accroît le risque de propagation des maladies. Les personnes confrontées à la violence disposent de moins de protection et de moyens d’assurer leur sécurité. 

Et cela ne concerne pas seulement le Soudan. Du Myanmar à la République démocratique du Congo (RDC), de Gaza à Haïti, les conflits, les maladies, les catastrophes et l’exclusion poussent des millions de personnes au bord du gouffre. Et pourtant, la volonté de la communauté internationale de leur prêter assistance semble s’évaporer. 

Le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) estime que 239 millions de personnes auront besoin d’assistance humanitaire en 2026. Alors que les gouvernements réduisent leurs budgets humanitaires, bon nombre des besoins les plus urgents risquent toutefois de ne pas être satisfaits. Selon l’OCHA, un peu plus de la moitié du financement nécessaire aux plans mondiaux de réponse humanitaire coordonnée a été atteinte en 2024. En 2025, alors que les compressions dans l’assistance humanitaire s’accéléraient, cette proportion est tombée à moins de 36 %. Et en 2026, la situation s’aggrave encore davantage. 

Comment en est-on arrivé là? En 2025, l’administration du président américain Donald Trump a ouvertement démantelé l’infrastructure d’aide étrangère des États-Unis et considérablement réduit le financement humanitaire. Ces décisions ont fait la une des journaux à travers le monde, mais elles n’étaient pas des cas isolés. Avec moins de tapage médiatique, d’autres gouvernements bailleurs de fonds traditionnels, comme ceux de la Grande-Bretagne et de l’Allemagne, ont procédé à leurs propres compressions budgétaires. 

En conséquence, les personnes les plus vulnérabilisées au monde le sont désormais encore davantage. Sans financement de l’assistance humanitaire, de plus en plus de personnes se retrouveront livrées à elles-mêmes face à des crises dont elles ne sont en rien responsables. Elles peineront à se procurer de la nourriture et de l’eau potable, à trouver un lieu sûr et à recevoir des soins médicaux. 

MSF de plus en plus seule dans les zones de crise 

Chez Médecins Sans Frontières (MSF), nous constatons directement les répercussions de ces compressions. Nous fournissons une assistance médicale humanitaire d’urgence dans plus de 70 pays. Nous intervenons lors de crises aiguës et prodiguons des soins aux personnes touchées par les conflits, les catastrophes, les maladies et l’exclusion des soins de santé. 

À Um Rakuba, nous sommes le seul prestataire de soins de santé secondaires et offrons des services de santé intégrés aux personnes survivantes de violence sexuelle. Dans d’autres innombrables contextes humanitaires, nous pratiquons des chirurgies, assistons des accouchements sécuritaires et traitons des enfants souffrant de malnutrition aiguë. Nous permettons à des millions de personnes touchées par des crises, notamment des femmes, des enfants, des hommes et des bébés, de retrouver la santé. 

Contrairement à d’autres organisations, MSF ne dépend pas de financement gouvernemental. Ainsi, les compressions dans les budgets d’aide humanitaire ne nous touchent pas toujours directement. Mais nous nous trouvons de plus en plus seuls, incapables de combler les lacunes laissées par d’autres organisations spécialisées qui ont perdu le financement nécessaire pour distribuer de la nourriture, fournir des abris ou offrir une protection aux personnes survivantes de violence et d’abus.  

L’indépendance de MSF nous permet souvent d’offrir des soins là où d’autres organisations ne le peuvent pas. Auparavant, il s’agissait de régions extrêmement éloignées ou touchées par des conflits. Aujourd’hui, c’est partout. 

Le Canada peut défendre ses valeurs et montrer l’exemple 

Les Canadiennes et les Canadiens peuvent être fiers, et à juste titre, de leur approche vis-à-vis de l’assistance humanitaire, fondée sur des principes et marquée par un engagement profond, même lorsque d’autres ont failli à cette tâche. Il est essentiel que le Canada reste fidèle à ces principes et renforce sa réponse aux besoins humanitaires alors que d’autres détournent le regard. 

Le prochain budget fédéral du Canada, qui sera rendu public en novembre, doit rétablir le financement de l’aide humanitaire à au moins 1,3 milliard de dollars, son niveau record atteint en 2022–2023. Cela peut sembler beaucoup en cette période de bouleversements mondiaux, alors que le Canada fait face à l’incertitude économique. Mais cela représente moins de 0,3 % des dépenses budgétaires totales de 2025-2026, estimées par le gouvernement fédéral à 486,9 milliards de dollars. Il s’agit également d’un investissement dans les systèmes destinés, en premier lieu, à atténuer l’impact humain de ces bouleversements. 

Le Canada peut montrer au reste du monde que l’assistance humanitaire d’urgence n’est pas une option dont on peut se passer lorsque les temps sont durs. C’est une obligation fondée sur des valeurs et des principes qui doivent être respectés. 

Dites aux membres du Parlement que l’assistance humanitaire est essentielle

Nous invitons les Canadiennes et les Canadiens à faire savoir aux membres du Parlement que l’heure est venue de renforcer l’action internationale, et non de la réduire. Le Canada doit faire preuve de courage et résister à la tendance mondiale au repli en matière d’assistance humanitaire. Il doit au contraire se mobiliser pour soutenir ceux et celles dont la vie est en danger. 

Si vous êtes du même avis, cliquez sur le lien ci-dessous pour dire aux membres du Parlement que le Canada doit porter le financement de l’aide humanitaire à au moins 1,3 milliard de dollars dans le prochain budget fédéral de novembre 2026. 

Que ce soit dans le camp pour personnes réfugiées d’Um Rakuba au Soudan, en Haïti, en RDC, au Bangladesh ou partout ailleurs où les besoins humanitaires sont les plus pressants, nous continuerons de soutenir les personnes touchées par des crises. 

Et vous?