Urgence d’agir pour combler les graves lacunes de couverture vaccinale dans les contextes de conflit
Des obstacles liés au financement, à l’accès et à la distribution entravent la vaccination dans les zones de conflit.
Cette semaine, les États membres de l’OMS assistent à l’Assemblée mondiale de la Santé, à Genève, pour discuter des progrès réalisés dans la mise en œuvre du Programme de vaccination à l’horizon 2030. Médecins Sans Frontières (MSF) appelle les gouvernements, les bailleurs de fonds et les autres institutions de la santé mondiale à lever de toute urgence les obstacles systémiques qui empêchent la vaccination en temps opportun dans les zones touchées par des conflits. Ceci aura pour effet de prévenir des épidémies de maladies évitables, des souffrances, des handicaps et des décès.
« Dans bon nombre des zones de conflit où nous intervenons, la vaccination de routine est au point mort et la réponse rapide et efficace aux épidémies est compromise », explique Daniela Garone, coordonnatrice médicale de MSF International. « Les conséquences sont désastreuses : une couverture vaccinale trop faible expose des millions d’enfants à des épidémies récurrentes et mortelles de maladies évitables par la vaccination. »
« Les obstacles systémiques découlant de la dynamique des conflits et exacerbés par celle-ci entraînent des retards inutiles et limitent la capacité de MSF à intervenir rapidement face aux maladies évitables par la vaccination.
– Jean Gilbert Ndong, coordonnateur médical de MSF en RDC
La capacité globale de réponse vaccinale dans les zones touchées par des conflits est limitée par des obstacles politiques, administratifs, bureaucratiques et logistiques qui entravent l’approvisionnement en vaccins. En outre, des problèmes de sécurité restreignent l’accès aux zones isolées pour des équipes déjà débordées, et des contraintes financières et des déficits de financement amplifient ces difficultés. Il apparaît donc essentiel de disposer de modèles de distribution des vaccins flexibles, adaptés aux organisations humanitaires médicales afin qu’elles puissent mener à bien leurs campagnes de vaccination dans ces contextes.
« Une volonté politique est nécessaire pour combler immédiatement les lacunes catastrophiques en matière de couverture vaccinale auxquelles nous sommes confrontés », déclare Daniela Garone. « Les gouvernements, les bailleurs de fonds et les institutions de la santé mondiale doivent de toute urgence offrir un financement durable et flexible pour les activités de vaccination de routine et de rattrapage, ainsi qu’un financement dédié aux activités de vaccination dans les zones touchées par des conflits. Ils doivent également lever les obstacles afin d’assurer un approvisionnement rapide et sans entrave en vaccins, ainsi que garantir un soutien et un passage sûr tant aux organisations locales qu’aux organisations humanitaires responsables de la vaccination. »

République démocratique du Congo : des épidémies dans des systèmes de santé fragilisés
En 2024, les taux de couverture vaccinale nationale en République démocratique du Congo (RDC) étaient bien inférieurs aux seuils requis pour prévenir les épidémies dans toutes les provinces. La couverture contre la diphtérie, le tétanos et la coqueluche s’élevait à 65 %, et celle pour la première dose du vaccin contre la rougeole atteignait un niveau inquiétant de 55 %, alors que les recommandations sont d’au moins 90 % et 95 % respectivement.
Depuis 2025, l’intensification du conflit dans l’est du pays a entraîné des retards et une complexité accrue des chaînes d’approvisionnement, en particulier pour les chaînes du froid. La fermeture d’aéroports et d’autres voies d’accès a bloqué l’accès direct et rapide aux cargaisons de vaccins, fait grimper considérablement les coûts de livraison et retardé les campagnes de vaccination soutenues par MSF. Dans un contexte de réduction mondiale des financements humanitaires et de santé, les services de vaccination de routine de la RDC, déjà fragilisés, se sont encore affaiblis. En 2025, en raison de ces difficultés cumulées, seules 60 % des doses de vaccins nécessaires ont pu être acheminées vers le Sud-Kivu, selon les données du ministère de la Santé.
La RDC continue donc de connaître des épidémies de maladies évitables par la vaccination. En 2025, lors d’une grave épidémie de rougeole, plus de 82 869 cas suspects et 1 175 décès ont été recensés par les autorités sanitaires locales dans presque toutes les provinces. En réponse, les équipes de MSF ont soutenu les efforts des autorités de santé pour endiguer la maladie. Entre janvier et décembre 2025, nous avons traité environ 20 870 personnes et vacciné 1 146 810 enfants. Au total, 22 interventions de lutte contre la rougeole ont été menées, et les efforts se poursuivent en 2026.
« Les obstacles systémiques découlant de la dynamique des conflits et exacerbés par celle-ci entraînent des retards inutiles et limitent la capacité de MSF à intervenir rapidement face aux maladies évitables par la vaccination », explique Jean Gilbert Ndong, coordonnateur médical de MSF en RDC. « Un financement mondial durable de la santé, associé à une collaboration renforcée entre les autorités sanitaires, les partenaires et les communautés, est essentiel pour surmonter ces obstacles supplémentaires, consolider l’ensemble de la chaîne d’intervention et vacciner davantage de personnes rapidement et efficacement. »

Soudan : effondrement des capacités de vaccination dû à la guerre
Au Soudan, les programmes de vaccination et les systèmes de surveillance des maladies ont été gravement affaiblis par trois années de guerre dévastatrice et d’instabilité. Cette situation a favorisé la propagation d’épidémies mortelles de maladies pourtant évitables.
« L’organisation de campagnes de vaccination au Soudan est considérablement entravée par des retards, notamment dans la confirmation des épidémies, des capacités de diagnostic limitées, des problèmes d’approvisionnement et d’accès aux doses, ainsi que par des négociations longues et parfois interminables pour mettre en place les interventions », explique Miriam Alía, conseillère en vaccination et épidémies chez MSF. « Conjuguées aux défis politiques qui rendent l’acheminement des vaccins au-delà des lignes de front extrêmement difficile, les épidémies de maladies évitables par la vaccination ont souvent déjà eu le temps de se propager avant même que la vaccination n’ait pu commencer. »
En date d’avril 2026, rien qu’au Darfour, les équipes de MSF ont traité 14 613 personnes atteintes de rougeole. En outre, au cours des trois dernières années, environ 70 % des cas de rougeole pris en charge dans les structures de santé soutenues par MSF dans cette région touchaient des enfants de moins de cinq ans. De toutes les personnes traitées par MSF pour la rougeole au Darfour, 74,7 % n’étaient pas vaccinés ou présentaient un statut vaccinal inconnu.
Assurer l’accès des enfants aux vaccins essentiels
Pour atteindre les objectifs du Programme de vaccination à l’horizon 2030, les États doivent veiller à ce que les enfants vivant dans des zones touchées par des conflits et difficiles d’accès ne soient pas laissés pour compte. En RDC, au Soudan et dans d’autres pays où MSF intervient, des épidémies pourraient être évitées et des millions de vies préservées si les gouvernements, les parties belligérantes, les bailleurs de fonds et les organisations mondiales de santé levaient les obstacles administratifs, financiers et politiques et garantissaient une disponibilité constante des vaccins. Leur distribution rapide est nécessaire dans le cadre de la vaccination de routine et de rattrapage, ainsi que lors de la réponse aux épidémies.