Palestine : le blocage des fournitures essentielles met des vies en danger
Les restrictions sur le carburant et les pièces de rechange mettent en danger les services essentiels.
Médecins Sans Frontières (MSF) alerte sur les restrictions des autorités israéliennes à l’entrée de carburant et de pièces de rechange dans la bande de Gaza, en Palestine. L’enclave risque la paralysie, et des milliers de personnes pourraient mourir ou tomber gravement malades. Ces fournitures sont nécessaires au fonctionnement des générateurs des hôpitaux, des ambulances, des pompes à eau et des camions-citernes. L’entrave à ces services essentiels est emblématique de la destruction systématique par Israël des conditions nécessaires à la vie à Gaza.
Dans certains établissements, MSF dispose à peine d’assez de carburant pour tenir un mois, et une partie de notre équipement a déjà été affectée par ces pénuries. Les équipes de MSF sont contraintes de chercher des bidons d’huile sur le marché local à des prix exorbitants. Le carburant est devenu si rare que son prix a été multiplié par 20 au cours des six derniers mois. Fin juillet, un litre coûtait 1 812 $ CA, et ni la qualité ni la disponibilité ne sont garanties.
« Ce n’est pas de la bureaucratie. C’est un effort délibéré pour rendre l’existence elle-même impossible. »
– Filipe Ribeiro, responsable des programmes de MSF en Palestine
Le 5 août, l’un des générateurs de l’hôpital de MSF à Deir Al Balah est tombé en panne. Nos équipes ont été contraintes de se rabattre sur un générateur de secours plus petit et ont dû rationner l’électricité. Nous n’avons pu faire fonctionner le bloc opératoire que pour les personnes dans un état critique. Les membres du personnel infirmier ne pouvaient pas stériliser le matériel essentiel et les services de radiologie ont été interrompus. Les personnes souffrant de brûlures douloureuses ont dû endurer une chaleur extrême sans climatisation.
« Ce dont nous sommes témoins à Gaza n’est pas une succession de pénuries isolées, mais une politique d’usure délibérément orchestrée », déclare Filipe Ribeiro, responsable des programmes de MSF en Palestine. « Depuis plus de deux ans, nous observons que les politiques israéliennes entravent l’acheminement des fournitures. Ces politiques ne se contentent pas de retarder l’aide, elles démantèlent les systèmes mêmes dont dépendent les communautés pour survivre. »
« Aujourd’hui, ce sont le carburant et les pièces de rechange. Demain, ce sera autre chose », ajoute Filipe Ribeiro. « Les produits changent, mais la logique reste la même : réduire les gens à des conditions où la vie devient insupportable. Leur dignité est systématiquement bafouée par le refus de leur fournir les biens les plus essentiels. Ce n’est pas de la bureaucratie. C’est un effort délibéré pour rendre l’existence elle-même impossible. »

Les hôpitaux menacés par la pénurie de fournitures essentielles
À Gaza, l’approvisionnement en électricité a été en grande partie coupé par les autorités israéliennes et de nombreuses infrastructures électriques ont été détruites. Les hôpitaux et autres services essentiels dépendent désormais presque entièrement de générateurs. Faute de carburant ou pièces de rechange, ces générateurs tombent de plus en plus souvent en panne.
Si les générateurs cessent de fonctionner, aucune source d’énergie alternative n’est disponible. L’entrée de nouveaux générateurs ou de nouveaux véhicules a également été bloquée par les autorités israéliennes.
« Lorsque les générateurs tombent en panne, les hôpitaux sont en danger », explique Ola Bardawil, coordonnatrice de projet adjointe de MSF. « Les nouveau-nés en couveuse, les personnes qui dépendent de générateurs d’oxygène ou celles qui ont besoin d’une intervention chirurgicale essentielle vont en souffrir. »
L’entrée du carburant et des pièces de rechange ne suffira pas, à elle seule, à améliorer les conditions de vie des communautés à Gaza. Ces restrictions, qui s’inscrivent dans le cadre du génocide perpétré par Israël, visent intentionnellement à limiter l’accès aux fournitures et aux services essentiels par le recours à la violence structurelle. Israël doit immédiatement lever son blocus et autoriser l’entrée durable et sans entraves de tous les approvisionnements médicaux, humanitaires et commerciaux nécessaires pour répondre aux immenses besoins des personnes.

Plus de 90 % des familles palestiniennes manquent d’eau
Les conséquences s’étendent bien au-delà des hôpitaux. Actuellement, l’accès à l’eau potable dépend des camions-citernes qui acheminent l’eau vers les zones où les communautés trouvent refuge. Une enquête menée en juillet (disponible seulement en anglais) par des organisations qui surveillent l’accès à l’eau et à l’assainissement a révélé que 90 % des foyers sont confrontés à une insécurité hydrique modérée à élevée.
Sans carburant, tous les moyens de transport risquent d’être interrompus, y compris les camions-citernes indispensables en plein cœur de la chaleur estivale. Cela concerne également les ambulances, les bus permettant aux membres du personnel médical de se rendre au travail et les camions acheminant les fournitures humanitaires. Les boulangeries et les minoteries dépendent également de générateurs, ce qui signifie que la production alimentaire pourrait être affectée.
L’un des générateurs du centre de dessalement d’eau de MSF est déjà endommagé en raison de la pénurie de carburant et de pièces de rechange nécessaires pour remplacer les parties défectueuses. En juin, nous avons dû réduire l’utilisation du centre de 12 à 7 heures par jour. La production d’eau potable est ainsi passée de 600 000 à 350 000 litres par jour. Cela signifie que plus de 40 000 personnes en moins peuvent avoir accès à l’eau potable chaque jour.
Les restrictions imposées par Israël ne cessent de s’étendre, empêchant l’entrée de générateurs et de véhicules. Elles bloquent également des produits de première nécessité, des pommades pour les maladies de peau aux joints en caoutchouc nécessaires au nettoyage du matériel médical. Les pénuries touchent désormais pratiquement tous les aspects de la vie à Gaza, privant les hôpitaux et les organisations humanitaires de fournitures essentielles.