Soudan du Sud : des dizaines de membres du personnel de MSF sont toujours portés disparus alors que la violence s’intensifie dans l’État de Jonglei
Les attaques ont poussé des communautés entières à fuir vers des régions isolées, y compris de nombreux membres du personnel de MSF et leurs familles.
Médecins Sans Frontières (MSF) est profondément préoccupée par la sécurité et le bien-être de son personnel à Lankien et Pieri, dans l’État de Jonglei au Soudan du Sud, suite à une escalade de la violence qui a provoqué la fuite de nombreuses personnes.
Le 3 février, l’hôpital de MSF à Lankien a été touché par un raid aérien des forces gouvernementales du Soudan du Sud, puis incendié et pillé. Le même jour, l’installation de santé de MSF à Pieri a été pillée par des assaillants inconnus. MSF avait déjà évacué l’hôpital de Lankien en raison d’informations faisant état d’une possible attaque, et les membres du personnel de Lankien et Pieri ont fui avec les membres de la communauté.
MSF a cherché à confirmer la localisation et la sécurité de l’ensemble de son personnel, mais 26 de nos 291 collègues travaillant à Lankien et Pieri sont toujours portés disparus. Nous avons perdu le contact avec eux en raison de l’insécurité persistante.

Les membres du personnel avec lesquels nous avons repris contact décrivent des scènes de destruction, de violence et d’extrême détresse.
« J’ai couru pour me mettre en sécurité dès que j’ai entendu les coups de feu », raconte un infirmier MSF de Lankien. « Je suis complètement séparé de ma famille, de ma femme et de mes enfants. Je ne sais pas où ils sont. Je ne sais pas s’ils sont encore en vie ou non… Je suis complètement désemparé, car je ne sais pas où sont mes enfants. »
L’infirmier, qui souhaite rester anonyme, avait déjà suivi les instructions d’évacuation en raison de la montée des tensions et des avertissements d’une possible attaque contre Lankien. Alors que les bombardements s’intensifiaient, sa maison a été incendiée et ses biens pillés. Il s’est enfui dans la forêt le 4 février, emportant avec lui seulement un petit sac contenant de la pâte d’arachide enrichie, des biscuits et ses documents. Il a marché pendant cinq jours à travers des zones isolées, évitant les hommes armés, avant d’atteindre un lieu sûr.
« Les membres du personnel de santé ne doivent jamais être pris pour cible. Nous sommes profondément préoccupés par ce qui est arrivé à nos collègues et aux communautés que nous servons. »
– Yashovardhan, directeur de projet de MSF au Soudan du Sud
Les réseaux de communication sont extrêmement limités dans les zones isolées où les communautés ont fui, et la perte de contact de MSF avec 26 membres de son personnel pourrait être liée à l’absence de connectivité. Nous sommes également très inquiets que certains de nos collègues puissent être confrontés à d’autres conditions très difficiles qui les empêchent de communiquer avec nous.
Beaucoup ont été contraints de fuir les violences avec leurs familles et se sont réfugiés dans des zones isolées où l’accès à la nourriture, à l’eau et aux services de base est très limité.
Cette crise ayant directement touché les membres du personnel de santé qui prodiguaient des soins à leurs communautés, MSF a été contrainte de suspendre ses activités médicales pour environ 250 000 personnes dans les deux localités.
« Cette violence a eu des conséquences insupportables non seulement sur les services de santé, mais aussi sur les personnes qui les faisaient fonctionner », déclare Yashovardhan, directeur de projet de MSF au Soudan du Sud. « Les membres du personnel de santé ne doivent jamais être pris pour cible. Nous sommes profondément préoccupés par ce qui est arrivé à nos collègues et aux communautés que nous servons. Lorsque les conditions de sécurité le permettent, nous avons mis en place un soutien d’urgence dans les zones où les gens ont trouvé refuge. Nous prenons également des mesures pour soutenir notre personnel pendant cette période. »
Soudan du Sud : la frontière de l’oubli
MSF met tout en œuvre pour rétablir le contact avec nos collègues disparus et offrir un soutien à l’ensemble du personnel concerné et à leurs familles. La sécurité de nos équipes reste notre priorité absolue.
Depuis le début de l’année 2025, MSF a constaté une forte augmentation des attaques contre les structures médicales au Soudan du Sud. En février 2026, MSF avait enregistré 10 attaques ciblées contre ses hôpitaux ou les membres de son personnel médical.
MSF réaffirme que les structures médicales, les patients, les patientes et les membres du personnel médical doivent être protégés en toutes circonstances. Les attaques contre les structures médicales sont inacceptables et privent les communautés défavorisées et vulnérabilisées de soins médicaux essentiels.