Un médecin de MSF s’occupe d’une mère et de son enfant dans la clinique mobile installée à Alua Velha, dans le district d’Eráti, province de Nampula. Mozambique, 2026. © Costantino Monteiro/MSF
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Dix ans après l’adoption d’une résolution de l’ONU sur la protection des soins médicaux en temps de conflit, MSF exhorte le Canada à renouveler son leadership

Le 3 mai marquera le dixième anniversaire de la résolution 2286 du Conseil de sécurité des Nations Unies. À cette occasion, Médecins Sans Frontières (MSF) exhorte le Canada, qui a coparrainé cette résolution, à réaffirmer son leadership, alors que les attaques contre les hôpitaux et le personnel médical atteignent une ampleur alarmante. 

Adoptée le 3 mai 2016, la résolution 2286 appelle à la protection des soins médicaux dans les situations de conflit armé. « Demander ou prodiguer des soins de santé ne doit pas être une condamnation à mort », avait déclaré ce jour-là Joanne Liu, médecin et ancienne présidente internationale de MSF, devant les membres du Conseil de sécurité de l’ONU. « Ce n’est pas sur vos déclarations que vous serez jugés, mais sur vos actes. » 

Pourtant, au cours de la dernière décennie, ces actions se sont révélées Les attaques contre les soins de santé sont dans les zones de conflit à travers le monde. Rien qu’en 2025, le de l’OMS a dénombré un total de 1 348 attaques contre des installations médicales, qui ont causé la mort de 1 981 personnes.

« Ce n’est pas sur vos déclarations que vous serez jugés, mais sur vos actes. »

– Joanne Liu, ancienne présidente internationale de Médecins Sans Frontières

Ces attaques, perpétrées tant par les forces gouvernementales que par des groupes armés, sont de plus en plus souvent justifiées comme étant un recours légitime à la force contre des cibles militaires. La normalisation croissante des attaques contre les hôpitaux et les prestataires de soins menace les principes fondamentaux du droit international humanitaire et de l’action humanitaire. 

MSF a été à maintes reprises témoin de ces violations. Notre hôpital de Lankien, au Soudan du Sud, a été touché par des frappes aériennes au début de février 2026. Nous avons dû suspendre nos activités à El Fasher et dans le camp de personnes déplacées de Zamzam au Soudan après des attaques en 2024 et 2025. Les installations de MSF et les hôpitaux que nous soutenons à Gaza ont été frappés à plusieurs reprises depuis 2023. Par ailleurs, nos cliniques et les membres de notre personnel dans l’est de la République démocratique du Congo ont été directement pris pour cible. Ces attaques détruisent des services essentiels et privent des communautés entières de soins indispensables. 

« L’impunité dont bénéficient ces violations met en évidence l’échec collectif des États membres de l’ONU — y compris le Canada — à respecter leurs obligations de protection des activités sanitaires et humanitaires dans les zones de conflit. Cela empêche aussi d’élaborer et de mettre en œuvre des mécanismes permettant de demander des comptes aux personnes responsables de ces actes », déclare Sana Bég, directrice générale de MSF Canada. « Cet anniversaire devrait constituer une occasion pour le Canada de changer de cap. » 

Le Canada peut prendre plusieurs mesures. Il peut notamment encourager la mise en place d’un plan d’action national public visant à appliquer pleinement la résolution 2286, à améliorer les données et les rapports sur les attaques, et garantir un financement flexible pour rétablir les soins après les violences. 

Sur le plan international, le Canada peut relancer les États membres du « Groupe des amis de la résolution 2286 ». Créée en 2016 par le Canada et la Suisse, cette coalition informelle vise à soutenir la résolution de l’ONU. Elle fait également pression pour que des mesures plus fermes soient prises à l’Assemblée générale des Nations Unies. Il peut également plaider en faveur de la désignation d’une personne spécialement mandatée par les Nations Unies pour protéger les activités médicales et humanitaires dans les zones de conflit. 

Une déclaration de la ministre des Affaires étrangères d’ici le 3 mai serait le signe d’un engagement renouvelé, dont le besoin se fait urgemment sentir. 

Dix ans plus tard, alors que les attaques contre les soins de santé s’aggravent et que l’impunité règne, MSF appelle le Canada à reprendre son rôle de leader. Le Canada doit réaffirmer un principe humanitaire fondamental : les hôpitaux ne doivent jamais être pris pour cible.

MSF staff member from a mobile clinic provides care and assesses a patient at the transit centre for internally displaced people in Dnipropetrovsk region. Ukraine, 2025. © Julien Dewarichet

Exposé politique : Résolution 2286 du Conseil de sécurité de l’ONU et protection des activités médicales et humanitaires en vertu du droit international humanitaire