République centrafricaine : un réseau international d’équipes médicales connectées par la télémédecine
La télémédecine, un outil indispensable face à une pénurie d’équipes médicales à Carnot.
Soigner à distance dans un hôpital isolé
En République centrafricaine (RCA), accéder à des soins spécialisés est un défi. Selon la Banque mondiale, en 2023, il y avait 7 médecins pour 100 000 personnes. À titre de comparaison, la moyenne de l’Union européenne s’élevait à 415 médecins pour 100 000 personnes. En 2025, Médecins Sans Frontières (MSF) a admis plus de 8 000 personnes aux urgences pédiatriques et 6 700 à l’hôpital de Carnot. Face à cette charge de travail et avec des ressources humaines limitées, les membres du personnel médical se retrouvent parfois à prendre seuls des décisions vitales.
C’est là que la télémédecine entre en jeu. Grâce à une application mobile sécurisée et adaptée aux faibles connexions internet, les médecins sur place peuvent envoyer des radiographies ou des résultats d’examens pendant une consultation médicale et obtenir l’avis de spécialistes à travers le monde. Ces spécialistes sont pour la plupart des médecins, mais aussi des membres du personnel infirmier, des kinésithérapeutes, des sages-femmes ou encore des psychologues. Leurs spécialités sont multiples : services paramédicaux, médecine d’urgence, maladies infectieuses, médecine interne, santé mentale, pédiatrie, échographie, radiologie, santé reproductive et chirurgie.
« La plupart des spécialistes au bout du fil sont des membres du personnel de MSF, notamment des bénévoles du réseau de télémédecine et des personnes qui offrent des conseils médicaux. Si nous n’avons pas de spécialistes dans notre réseau, nous en consultons d’autres qui souhaitent s’engager auprès de MSF. Il arrive aussi que, lors de la finalisation d’un projet de MSF, nous continuions à soutenir les équipes des établissements de santé grâce à cette technologie », explique Clara Mazon, directrice du programme de télémédecine de MSF.
L’offre complète se compose d’une plateforme en ligne de gestion des cas, d’une application de messagerie instantanée et sécurisée et d’un service de vidéoconférence. Ces outils facilitent l’échange d’informations et de dossiers médicaux entre les équipes de MSF et permettent d’en discuter en temps réel.
« Parfois, on se retrouve seul ou seule face à une décision à prendre dans une situation médicale complexe, avec des ressources limitées », confie Kana Yamada, médecin généraliste et spécialiste en antibiorésistance. « Les avis de spécialistes grâce à la télémédecine m’ont aidé à trouver le meilleur traitement possible au cas par cas. »
La réactivité de ce réseau international est un atout majeur dans les contextes de crise. Pour 75 % des dossiers soumis, un premier retour est reçu en moins de 24 heures, et pour près de la moitié, en moins de 8 heures.

Des avis médicaux spécialisés pour éviter des transferts coûteux et risqués
L’accès à une consultation médicale à distance change l’approche du traitement des pathologies complexes. Avec des ressources humaines et matérielles limitées, la possibilité de demander un second avis est décisive.
« Lorsque l’état d’une personne ne s’améliore pas malgré le traitement, la télémédecine nous permet de demander l’avis de spécialistes avec davantage d’expérience », témoigne Anaïs Kale-Mea-Kale, médecin généraliste à l’hôpital de Carnot.
Au-delà de l’aide au diagnostic et au traitement, la télémédecine aide à prendre des décisions parfois difficiles. C’est notamment le cas lorsqu’il faut décider de transférer ou non une personne vers la capitale, Bangui, située à plus de 500 kilomètres de Carnot. Un transfert nécessite un avion de MSF ou l’affrètement d’un vol d’urgence, dont le coût avoisine les 13 000 $ CA. Obtenir un second avis médical permet de déterminer si ce transfert est réellement nécessaire.
La technologie au service des équipes médicales
L’usage de la télémédecine progresse chaque année dans les établissements de santé soutenus par MSF. En 2025, nos équipes ont partagé plus de 5 300 cas avec notre réseau de médecins, dans le cadre de 212 projets répartis dans 58 pays. La même année, plus de 1 200 membres du personnel de MSF ont reçu une formation en télémédecine.
La télémédecine renforce les compétences des membres du personnel médical. Selon les enquêtes internes, 96 % des équipes médicales de MSF estiment que ces échanges enrichissent leurs connaissances cliniques et améliorent directement la qualité des soins. En 2025, ce renforcement des compétences a contribué à stabiliser autour de 77 % le taux d’occupation de l’hôpital de Carnot et à réduire la mortalité hospitalière à 2 %.
L’évolution des activités de MSF à Carnot
MSF est présente à Carnot depuis 2009, où elle est d’abord intervenue pour répondre à une crise nutritionnelle. Nous avons progressivement élargi notre offre de soins pour l’adapter aux besoins des communautés de la région :
Soins de santé globale : médecine interne et traitement du VIH, de la tuberculose et des maladies non transmissibles, ainsi que soutien dans le cadre de réponses aux épidémies, notamment de rougeole.
- Soutien aux personnes survivantes de violences sexuelles.
- Décentralisation des soins pour rapprocher les soins des communautés : Plus de 1 100 personnes vivant avec le VIH sont désormais suivies directement dans les centres de santé périphériques plutôt qu’à l’hôpital.
- MSF espère continuer à développer la télémédecine dans les établissements de santé où elle intervient en soutien au ministère de la Santé. Bien que la télémédecine ne remplace ni les interventions chirurgicales ni l’examen clinique, elle permet de briser l’isolement des personnes qui se trouve dans les régions les plus isolées du pays.
Pour en savoir plus sur le programme de télémédecine de MSF, visitez le telemedhub.org/fr.