Tahliil Abdulahi Cali fait paître ses chèvres dans la région de Mudug. Somalie, 2026. © Mohamed Said Barkhadle/MSF
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Somalie et Éthiopie : témoignages de personnes confrontées à la sécheresse et aux déplacements

Trois personnes en Somalie et dans la région Somali d’Éthiopie racontent leur quotidien après des sécheresses successives.

L’absence de précipitations en Somalie et dans la région Somali d’Éthiopie aggrave la crise humanitaire et pousse des millions de personnes au bord du gouffre. Des sécheresses à répétition ont dévasté les récoltes, décimé le bétail et asséché les sources d’eau. Les familles qui vivent de l’agriculture ont été contraintes de quitter leurs foyers en quête de nourriture, d’eau et subsistance.

Médecins Sans Frontières (MSF) fournit des soins nutritionnels d’urgence, distribue de l’eau et apporte un soutien en matière d’assainissement.

Voici les témoignages de personnes qui traversent cette crise de sécheresse.

Regay Ali, déplacée par la sécheresse, prépare un petit repas devant sa tente à Baidoa. Somalie, 2026. © Yahya Mohammed/MSF

Dix enfants, deux jerricans

Regay Ali est arrivée à Baidoa, en Somalie, il y a quatre jours, chargée d’un sac de matériaux de construction et accompagnée de ses dix enfants, dont le plus jeune n’a que sept ans. Elle vient de Weelbelil, une zone rurale où sa famille vivait de l’agriculture jusqu’à ce que la sécheresse décime leurs récoltes et leur bétail. Elle a vendu le peu qui lui restait et a emprunté de l’argent pour payer un taxi-moto pour rejoindre la ville. Son mari est décédé.

« La sécheresse a détruit nos récoltes et tué notre bétail, et c’est pour cette raison que nous avons fui », explique Regay Ali. « Nous sommes des agriculteurs et nos récoltes ont été détruites. Après cela, nous ne savions plus quoi faire. »

Un responsable de l’un des sites de déplacement de Baidoa lui a donné une petite tente. Les matériaux qu’elle a apportés pour construire un abri sont toujours dans le sac. Elle n’a pas reçu le soutien nécessaire pour construire, ne serait-ce qu’une structure temporaire. Le camp distribue deux jerricans d’eau par jour à sa famille. Elle estime en avoir besoin de dix : pour cuisiner, faire la lessive, se laver et boire. Aucune assistance alimentaire n’a été attribuée à son foyer. On lui a dit qu’elle ne recevrait rien avant le milieu de l’année 2026.

« La faim nous pèse lourdement », dit Regay Ali. « Nous avons été déplacés à cause de la famine, et là où nous sommes hébergés actuellement, nous ne recevons qu’une petite quantité d’eau. »

Quelques jours après son arrivée, une autre famille s’est jointe à la sienne, des proches qui ont également fui la sécheresse : huit personnes supplémentaires, toutes malades. Désormais, plus de 15 personnes se partagent un espace prévu pour une seule famille. Regay Ali les nourrit avec ce que le voisinage peut leur donner.

Depuis 2011, plus de 740 000 personnes de toute la Somalie ont fui vers Baidoa. Aujourd’hui, plus de la moitié des 1,6 million de personnes que compte la ville sont des personnes déplacées. Les prix de l’eau ont fortement augmenté et l’assainissement reste limité. En outre, le Programme alimentaire mondial estime à plus de 20 % le taux de malnutrition aiguë dans ces communautés déplacées.

Entre décembre 2025 et mars 2026, MSF a assuré l’approvisionnement d’urgence en eau par camion-citerne dans les sites de déplacement de Baidoa. Nos équipes ont distribué plus de 30 millions de litres d’eau à plus de 21 000 personnes. Des milliers de familles nouvellement arrivées, comme celle de Regay Ali, restent en dehors des structures officielles de distribution de l’aide.

Des gens sont assis à l’ombre pendant que le bétail, affecté par la saison sèche, se déplace à la recherche d’eau dans la localité d’Afdub, en région Somali. Éthiopie, 2026. © Roza Bekele/MSF

Je n’ai plus personne sur qui compter

Isaq Ibrahim Mohamed a grandi dans le district de Barey, dans la zone d’Afder, en région Somali d’Éthiopie, à quelques kilomètres de la frontière somalienne. Sa communauté vivait de l’élevage. Depuis des générations, les familles élevaient des bovins et des chèvres dans les pâturages des zones frontalières du sud. L’abattage et la vente de ces animaux étaient leur seule source de revenus. Deux années consécutives de sécheresse ont tout changé.

« La plupart des gens de cette communauté élevaient du bétail. C’est ainsi que nous vivions », explique-t-il. « Lorsque la pluie a cessé, nous avons perdu notre bétail et les gens sont partis là où ils pouvaient trouver de l’eau pour survivre. Nos conditions de vie sont si dures, car nous n’avons pas de quoi vivre. »

Les gens qui avaient des économies sont partis vers les villes à la recherche de travail. Ceux qui n’avaient pas d’argent sont restés sur place, dans l’attente d’assistance. Les personnes qui vivaient de l’élevage effectuent du travail journalier là où il y a des besoins, et survivent grâce à une maigre assistance là où il n’y en a pas.

Pour aller chercher l’eau, il faut marcher jusqu’à des rivières éloignées, entre 40 minutes et une heure selon la condition physique de chaque personne. Il n’y a ni pompes ni infrastructures. L’eau est partagée avec les animaux. Aucun programme de distribution alimentaire n’est en place. Le blé constitue l’aliment de base, mais son approvisionnement est aléatoire, voire inexistant.

« La malnutrition, la diarrhée et le froid causent des maladies », explique Isaq Ibrahim Mohamed. « Cela est dû à la sécheresse, à la faiblesse qu’elle engendre et aux maladies qui ne sont pas soignées. »

Les gens partent pour la Somalie, le Kenya, d’autres régions de l’Éthiopie, comme Dolo Ado, partout où l’on entend parler d’assistance.

Dans le district de Barey, à la suite d’une évaluation menée en collaboration avec le Bureau de la santé de la région Somali, nos équipes apportent une assistance nutritionnelle et soutiennent des activités d’approvisionnement en eau, d’assainissement et d’hygiène dans les communautés touchées. Le district est situé le long de la frontière avec la Somalie, où le manque de précipitations a entraîné des déplacements et une insécurité alimentaire similaires.

Tahliil Abdulahi Cali fait paître ses chèvres dans la région de Mudug. Somalie, 2026. © Mohamed Said Barkhadle/MSF

Un puits et le changement qu’il a apporté

Il y a trois ans, Tahliil Abdulahi Cali possédait 250 chèvres. Aujourd’hui, il n’en a plus que 100. Les autres sont mortes en raison de l’absence de pluies, saison après saison, dans sa communauté de la région de Mudug, en Somalie.

« Au cours des trois dernières années, les saisons des pluies ont changé de manière inattendue », explique-t-il. « Les animaux sont morts, emportés par la sécheresse. La vie est tellement dure. »

La communauté de Tahliil est pastorale. L’élevage est la seule source de revenus. Les gens abattent des animaux pour se nourrir, en vendent pour gagner de l’argent et en transmettent à leurs enfants. Il n’y a ni industrie ni autre moyen de subsistance. Lorsque les animaux meurent, leur situation devient précaire.

Certains des enfants de Tahliil ont commencé à montrer des signes de malnutrition. Les bons jours, sa famille parvient à prendre trois repas. D’autres jours, il lui arrive de ne pas manger du tout.

« Avant, il nous était très difficile d’accéder à ces services. Nous nous sommes sentis soutenus, car les enfants ont été vaccinés, ceux qui étaient dénutris ont reçu un soutien nutritionnel et la famille se porte bien. »

– Tahliil Abdulahi Cali, un résident de Mudug soutenu par MSF

Pour ajouter la situation, le puits de la communauté a cessé de fonctionner. Dans une région où l’eau conditionne le choix entre rester et fuir, cette panne fut une perte considérable. Les équipes de MSF l’ont remis en état, et ainsi rétabli l’accès à l’eau potable pour la famille de Tahliil et sa communauté.

« Nous avons de l’eau depuis que MSF a remis ce puits en état », dit-il.

Nos équipes ont également fourni des aliments thérapeutiques aux enfants souffrant de malnutrition aiguë, et offert de la vaccination contre la rougeole et d’autres maladies. Avant l’arrivée de MSF, ces services étaient largement inaccessibles.

« Avant, il nous était très difficile d’accéder à ces services », explique Tahliil Abdulahi Cali. « Nous nous sommes sentis soutenus, car les enfants ont été vaccinés, ceux qui étaient dénutris ont reçu un soutien nutritionnel et la famille se porte bien. »

Cependant, la situation reste fragile. Tahliil Abdulahi Cali est chargé de l’entretien du puits, mais les ressources nécessaires ne sont pas pleinement disponibles. Le système de filtration de l’eau est endommagé et doit être réparé. La communauté ne dispose d’aucun réservoir de stockage pour pallier les pénuries d’eau pendant les périodes de sécheresse. « Nous demandons que l’entretien soit effectué, dans l’intérêt de la communauté », dit-il.

À Mudug, MSF fournit un soutien en matière d’eau, d’assainissement et d’hygiène à près de 11 000 personnes dans plusieurs localités, notamment par la réfection de puits et la distribution de trousses d’hygiène.