Des membres du personnel de MSF aident leurs collègues à enfiler leur équipement de protection individuelle avant de pénétrer dans la zone à haut risque du centre de traitement d’Ebola de l’hôpital du Cinquantenaire, à Kisangani. République démocratique du Congo, 2026. © Belen Filgueira/MSF
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République démocratique du Congo : alors que la maladie à virus Ebola se propage, MSF ouvre de nouveaux centres de traitement à Nia Nia et à Kisangani

Dans le nord-est de la RDC, MSF renforce sa capacité de prise en charge médicale alors que nos équipes luttent contre la peur et la désinformation.

Dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC), Médecins Sans Frontières (MSF) renforce son intervention contre la maladie Ebola. L’épidémie se propage désormais de la ville isolée de Nia Nia, en Ituri, à Kisangani, la capitale animée de la province voisine du Tshopo.

À Kisangani, MSF gère depuis fin juin le centre de traitement d’Ebola (CTE) de l’hôpital du Cinquantenaire, en collaboration avec le ministère de la Santé. Au cours de la première semaine de septembre, les personnes ont été transférées vers un nouveau CTE de 22 lits, construit et géré par MSF, ce qui a permis d’augmenter la capacité de prise en charge à Kisangani.

« Dans un centre de traitement d’Ebola, nous pouvons soigner chaque personne individuellement, mais c’est au sein de la communauté que l’on enraye les épidémies. »

– Miriam Alia, coordonnatrice médicale de MSF

À Nia Nia, les équipes de MSF travaillent aux côtés du ministère de la Santé au CTE de l’hôpital local depuis début août. Cette semaine, MSF a ouvert un nouveau CTE de 50 lits à proximité de l’hôpital, élargissant ainsi l’accès aux soins liés à la maladie Ebola dans la région.

Ces deux lieux sont étroitement liés. Nia Nia est située dans une zone où les déplacements de personnes et de marchandises entre les provinces de l’Ituri, du Tshopo et du Haut-Uélé sont importants. Depuis que les premiers cas y ont été signalés, des personnes infectées à Nia Nia ou ayant un lien avec cette localité se sont rendues dans d’autres régions, notamment à Kisangani, où 13 des 14 cas positifs recensés au 1er septembre présentaient un lien épidémiologique avec Nia Nia.

Du personnel infirmier, des médecins et des hygiénistes de MSF pénètrent dans la chambre d’une personne décédée et suspectée d’avoir été atteinte de la maladie Ebola pour transporter le corps en toute sécurité depuis le centre de traitement d’Ebola de Nia Nia, en Ituri, jusqu’à la morgue de l’hôpital. République démocratique du Congo, 2026. © Belen Filgueira/MSF

Intervenir là où l’épidémie se propage

Nia Nia est devenue l’un des principaux foyers de l’épidémie dans le sud de l’Ituri. La ville a enregistré ses premiers cas fin juin, mais la gestion de la crise s’est heurtée à des difficultés importantes : accès limité aux soins de santé, lacunes en prévention et contrôle des infections, peur et désinformation au sein de la communauté.

Les équipes de MSF ont commencé à intervenir à Nia Nia début août. Au 1er septembre, le CTE de Nia-Nia avait admis 85 personnes présentant des symptômes compatibles avec la maladie Ebola. D’entre elles, 59 ont été confirmées porteuses du virus Ebola, dont 15 qui en sont décédées. MSF a ouvert cette semaine un CTE de 50 lits à proximité de l’établissement existant, dont 16 lits destinés aux cas suspects et 34 aux cas confirmés. Ce nouveau centre est conçu pour offrir des soins plus sûrs et plus efficaces, grâce aux protocoles et aux mesures de biosécurité nécessaires au traitement des personnes atteintes de la maladie Ebola.

« Dans un centre de traitement d’Ebola, nous pouvons soigner chaque personne individuellement, mais c’est au sein de la communauté que l’on enraye les épidémies », explique Miriam Alia, coordonnatrice médicale de MSF.

Élysée et Cristine, hygiénistes chez MSF, lavent les bottes et les vêtements portés par les autres membres de l’équipe au centre de traitement d’Ebola de l’hôpital du Cinquantenaire, à Kisangani. République démocratique du Congo, 2026. © Belen Filgueira/MSF

Quand la peur empêche les gens de se faire soigner

Au cours des premières semaines de l’épidémie à Nia Nia, le nombre de personnes se rendant au CTE était inférieur au nombre de décès confirmés signalés au sein de la communauté. De nombreuses personnes préféraient rester chez elles plutôt que de se faire soigner.

On observe désormais des signes de changement. De plus en plus de personnes parviennent vivantes au centre, ce qui leur permet de bénéficier rapidement d’un traitement.

« Il y a trois semaines, nous avons commencé à accueillir des patients et patientes, au lieu de ne recevoir que des alertes concernant des décès dans la communauté », explique Miriam Alia. « C’est un changement majeur, car cela signifie que les gens se présentent plus tôt au centre de traitement d’Ebola, dès l’apparition des premiers symptômes. »

« Lors d’épidémies de maladie Ebola, on parlait souvent de deux épidémies : l’épidémie elle-même et l’épidémie de peur. Aujourd’hui, il y en a une troisième : l’épidémie de désinformation. »

– Miriam Alia, coordonnatrice médicale de MSF

Dès le début, la réponse à la maladie Ebola à Nia Nia s’est heurtée à une forte résistance : les rumeurs et la désinformation attisaient la peur. On a notamment relevé des affirmations selon lesquelles le virus Ebola n’existait pas, ou que le personnel médical introduisait la maladie dans les communautés. Des membres du personnel de la santé ont été menacés, et un CTE qui avait été mis en place auparavant dans la région a été attaqué et détruit le 30 juin.

« Je ne croyais pas à l’existence d’Ebola », raconte Maurice, un patient guéri qui a été soigné par MSF à Kisangani. « Mais quand j’ai passé un test et que j’ai appris que j’avais la maladie, c’est là que j’ai compris que ça existait. Pourtant, les gens continuent de dire qu’Ebola n’existe pas. Dans mon quartier, c’est ce que j’entendais souvent. »

Les équipes de MSF travaillent avec les responsables communautaires, le personnel de santé et d’autres institutions locales pour cerner les préoccupations, lutter contre la désinformation et favoriser l’adhésion à la réponse mise en place.

« Lors d’épidémies de maladie Ebola, on parlait souvent de deux épidémies : l’épidémie elle-même et l’épidémie de peur », explique Miriam Alia. « Aujourd’hui, il y en a une troisième : l’épidémie de désinformation. »

Deux psychologues de MSF discutent avec une personne en isolement suspectée d’être atteinte de la maladie Ebola au centre de traitement de l’hôpital du Cinquantenaire à Kisangani, dans la province du Tshopo. République démocratique du Congo, 2026. © Belen Filgueira/MSF

De Nia Nia à Kisangani

Le lien entre Nia Nia et Kisangani montre pourquoi il est essentiel d’endiguer l’épidémie dans les zones difficiles d’accès. « Au cours du mois dernier, deux autres personnes ont été infectées à Kisangani après avoir été en contact avec un corps provenant de Nia Nia », explique Amy Low, Canadienne et conseillère médicale du projet de MSF à Kisangani. Par ailleurs, la semaine dernière, trois personnes présentant un lien épidémiologique avec Nia Nia sont décédées au CTE soutenu par MSF à Kisangani.

MSF renforce ses capacités dans ces deux localités, reliées par la propagation de l’épidémie. Mais les centres de traitement ne suffisent pas à eux seuls à enrayer le virus Ebola. Pour réduire la transmission de la maladie, plusieurs mesures doivent être mises en œuvre conjointement : surveillance, dépistage, recherche des contacts, prévention et contrôle des infections, isolement précoce, traitement et implication des communautés. Ces mesures permettent également de veiller à ce que les communautés de régions comme Nia Nia ne soient pas laissées pour compte.