Vue du portail du centre de soins de santé primaires de Quetta-Kuchlak, ouvert en 2006 pour améliorer la santé maternelle et infantile de la communauté réfugiée afghane. Pakistan, 2024. © Gul Nayab/MSF
PARTAGEZ

Pakistan : MSF s’alarme du renvoi massif et forcé des personnes réfugiées afghanes

De nombreuses personnes reportent leur recours aux soins de santé de crainte d’être arrêtées, détenues ou expulsées.

Médecins Sans Frontières (MSF) exhorte le gouvernement pakistanais à suspendre immédiatement les expulsions forcées des communautés afghanes réfugiées sur son territoire. Alors que le Plan de rapatriement des étrangers en situation irrégulière s’intensifie, nous réclamons la mise en place d’exemptions officielles pour toute personne nécessitant une protection internationale.

MSF est profondément préoccupée par l’impact du Plan sur l’accès des personnes réfugiées aux soins médicaux. Certaines ont confié à nos équipes qu’elles renonçaient à se faire soigner ou en retardaient le moment par crainte d’être arrêtées et pour éviter les vérifications de documents dans les structures de santé. Cette situation a entraîné des problèmes de santé qui auraient pu être évités, notamment des cas de malnutrition et des complications liées à la grossesse.

« Les personnes réfugiées afghanes vivent dans la crainte constante d’être arrêtées, détenues ou expulsées, et de perdre leur logement ou leurs moyens de subsistance. »

– Marko den Hartogh, directeur de projet au Pakistan

« Ma femme était enceinte de trois mois lorsque la police m’a arrêté », raconte Najib*, un réfugié afghan. Il a été arrêté lors d’une perquisition à son domicile, alors qu’il détient une carte de certification d’enregistrement valide. « Quand j’ai été libéré le lendemain, elle était complètement bouleversée et saignait abondamment à cause du stress. […]

Terrifié à l’idée d’être arrêté de nouveau, je l’ai tout de même emmenée à l’hôpital pour tenter de la sauver. Quand nous sommes arrivés, il était déjà trop tard : elle avait fait une fausse couche. »

Cette politique d’expulsion a compromis la capacité des gens à subvenir aux besoins de leur famille. Par peur d’être arrêtées ou détenues, de nombreuses familles cessent de travailler et perdent toute forme de revenu.

Au début de 2026, MSF a mis en place des cliniques mobiles pour les communautés n’ayant pas accès aux soins de santé à Quetta, au Baloutchistan. Nos équipes ont constaté un taux élevé de malnutrition aiguë. Près de 90 % des personnes traitées pour malnutrition étaient des personnes réfugiées afghanes, pour la plupart des femmes et des enfants. Parmi les enfants, 33,3 % souffraient de malnutrition aiguë, dont 7,6 % de forme sévère et 25,7 % de forme modérée.

Une superviseure de l’équipe de santé communautaire de MSF examine un nouveau-né allongé sur les genoux de sa mère au centre de soins maternels et infantiles de MSF à Kuchlak. Pakistan, 2024. © Gul Nayab/MSF

Le gouvernement pakistanais a commencé à mettre en œuvre le Plan de rapatriement des étrangers en situation irrégulière en novembre 2023. Cette mesure ciblait dans un premier temps les personnes ressortissantes afghanes sans papiers. Elle a ensuite été étendue aux personnes réfugiées titulaires d’une carte de citoyenneté afghane ou d’une carte de certification d’enregistrement, dont bon nombre vivaient dans le pays depuis 1979. Dans une directive datée du 10 juillet 2026, les autorités pakistanaises ont ordonné l’arrestation et l’expulsion de toutes les personnes ressortissantes afghanes détentrices de permis provisoires.

« Le Pakistan accueille des millions de personnes réfugiées afghanes depuis plus de 45 ans, malgré un soutien international limité », explique Marko den Hartogh, responsable des programmes de MSF au Pakistan. « Pourtant, elles vivent dans la crainte constante d’être arrêtées, détenues ou expulsées, et de perdre leur logement ou leurs moyens de subsistance. Dans bon nombre de cas, il est donc peu probable que ces retours en Afghanistan soient véritablement volontaires. »

Selon l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, plus de 2,5 millions d’Afghanes et Afghans sont à ce jour retournés dans leur pays dans le cadre du Plan de rapatriement des étrangers en situation irrégulière. L’ONU a récemment identifié plus de 70 000 personnes réfugiées afghanes courant un risque imminent en cas de retour. « Il est essentiel que les personnes ayant besoin de protection ne soient pas expulsées et que les retours s’effectuent de manière volontaire, sûre et digne », souligne Marko den Hartogh.

« Nous demandons au gouvernement pakistanais de renouer avec sa tradition de solidarité de longue date envers les communautés réfugiées, et de mettre en place des mécanismes officiels pour identifier et protéger les personnes exposées à un risque de préjudice lors de leur retour. »

– Marko den Hartogh, directeur de projet au Pakistan

Entre 2023 et 2026, près de 6 millions de personnes réfugiées en Iran et au Pakistan sont rentrées en Afghanistan. Cela met à rude épreuve le système de santé afghan déjà fragilisé. Beaucoup de facteurs aggravent les difficultés auxquelles font face les gens rapatriés pour se réintégrer : exclusion systématique des femmes et des filles de la vie publique, coupures massives dans l’assistance américaine et baisse générale des financements, système de santé débordé et crise économique croissante.

Les évaluations menées par MSF en octobre 2025 et en avril 2026 dans les sites d’accueil informels de la province de Kandahar ont révélé des conditions de vie déplorables : hébergements inadaptés, sous-nutrition généralisée, manque criant d’accès aux soins de base, et conditions d’assainissement déplorables. Ces conditions favorisent la propagation des maladies et l’émergence d’épidémie.

MSF exhorte les pays qui accueillent des personnes réfugiées afghanes à mettre fin à tous les retours involontaires vers l’Afghanistan. Ils doivent également veiller à ce que les processus de retour ne compromettent pas la sécurité de ces personnes et ne mettent pas leur vie en danger.

« Nous demandons au gouvernement pakistanais de renouer avec sa tradition de solidarité envers les personnes réfugiées et de mettre en place des mécanismes officiels pour identifier et protéger les personnes exposées à un risque de préjudice lors de leur retour », déclare Marko den Hartogh. Cette protection doit impérativement s’appliquer aux femmes, aux filles et aux enfants, aux personnes âgées ou en situation de handicap et à celles qui ont besoin de soins médicaux urgents ou de longue durée. Elle doit également s’appliquer aux personnes réfugiées en attente de réinstallation ainsi qu’à toutes celles qui sont exposées à la discrimination ou aux persécutions.

  • Les noms ont été modifiés pour protéger la vie privée.