Dans la clinique d’urgence mise en place par MSF à Atham, des femmes attendent de recevoir des soins médicaux. Il s’agit de la seule structure de santé accessible dans les environs. Soudan du Sud, 2025. © Diego Menjíbar
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Soudan du Sud : le gouvernement bloque l’accès humanitaire dans les zones contrôlées par l’opposition

Les restrictions d’accès limitent la capacité de MSF à offrir une assistance médicale essentielle. Ceci pourrait avoir des conséquences particulièrement dangereuses pour les enfants, les femmes enceintes et les personnes souffrant de maladies chroniques.

Médecins Sans Frontières (MSF) dénonce les restrictions imposées par le gouvernement du Soudan du Sud à l’accès humanitaire dans certaines parties des zones contrôlées par l’opposition dans l’État de Jonglei.

Ces restrictions limitent la capacité de MSF à offrir une assistance médicale essentielle. Ceci pourrait avoir des conséquences particulièrement dangereuses pour les enfants, les femmes enceintes et les personnes souffrant de maladies chroniques ou potentiellement mortelles.

L’hôpital de MSF à Old Fangak, après avoir été délibérément bombardé le 3 mai. Soudan du Sud, 2025. © MSF

Des personnes gravement malades courent un risque mortel 

Entrées en vigueur en décembre 2025, ces restrictions concernent notamment les divisions de Lankien, Pieri et Akobo. Tous les vols humanitaires sont donc suspendus. Cette situation rend difficile, voire impossible, la distribution de matériel médical et d’autres fournitures essentielles, ainsi que l’acheminement du personnel là où ils sont le plus requis. Au 29 janvier, au moins 23 personnes de Lankien et Pieri gravement malades et dont la vie était en danger immédiat avaient besoin d’être transférées d’urgence.

« Des gens mourront si le gouvernement continue de bloquer l’accès à l’assistance humanitaire et médicale dans l’État de Jonglei », déclare Abdalla Hussein, gestionnaire des programmes de MSF au Soudan du Sud. « Imposer des restrictions à l’assistance humanitaire et empêcher les gens d’accéder aux soins médicaux est une manœuvre politique cynique. En bout de compte, ce sont les personnes civiles qui en paient le prix. Cela doit cesser immédiatement. »

« Il est inacceptable d’entendre des déclarations de membres du gouvernement suggérant ouvertement d’utiliser la violence et les déplacements forcés contre les personnes civiles », déclare Abdalla Hussein. « Nous appelons le gouvernement à agir et à garantir la protection des personnes civiles de toute urgence . »

MSF a procédé à l’évacuation médicale aérienne de six personnes gravement blessées et d’une femme enceinte nécessitant une intervention chirurgicale. Au moins huit personnes ont été tuées et une dizaine de personnes blessées dans des combats intercommunautaires dans le village de Riang. Soudan du Sud, 2025. © MSF

MSF a été contrainte d’évacuer certains membres de son personnel et de réduire ses services

À la suite de ces restrictions, MSF a été contrainte d’évacuer des membres de son personnel de Lankien et d’Akobo. Dans ces structures et celles de Pieri, elle a aussi dû limiter les services de santé aux seuls soins essentiels et d’urgence. Le 29 janvier, l’équipe de MSF à Pieri a également été forcée de quitter les lieux en raison du danger imminent d’un conflit armé. Nous avons dû renvoyer chez eux la plupart des gens soignés dans nos centres, emporter des trousses de soins d’urgence et fuir la ville.

MSF est la seule organisation prestataire de soins médicaux pour environ 250 000 personnes à Lankien et Pieri et 112 000 autres à Akobo. Si le gouvernement refuse d’accorder l’accès à MSF et si nous devons quitter la région, près de 400 000 personnes se retrouveront privées de services de santé.

« MSF rappelle à tous les groupes armés et aux institutions politiques qu’il leur incombe respectivement de protéger les personnes civiles, les membres du personnel humanitaire et médical, ainsi que les structures de santé. Les attaques, les intimidations et les entraves aux activités médicales mettent des vies en danger et doivent cesser. »

Gul Badshah, gestionnaire des opérations de MSF au Soudan du Sud

« Le conflit et les déplacements de personnes en cours dans l’État de Jonglei aggravent encore la situation déjà précaire des gens. Ils entraînent de nouveaux besoins humanitaires urgents, exacerbés par le manque de services de santé déjà présent », explique Gul Badshah, gestionnaire des opérations de MSF au Soudan du Sud.

MSF rappelle à tous les groupes armés et aux institutions politiques qu’il leur incombe respectivement de protéger les personnes civiles, les membres du personnel humanitaire et médical, ainsi que les structures de santé. Les attaques, les intimidations et les entraves aux activités médicales mettent des vies en danger et doivent cesser. »

La communauté internationale doit répondre en priorité à la crise humanitaire grandissante au Soudan du Sud. Les gens font face à des crises simultanées et les mesures actuelles ne répondent pas aux besoins croissants dans le pays. Si MSF n’est pas en mesure de réapprovisionner ses structures médicales pendant la saison sèche alors que les routes sont encore praticables, les conséquences seront encore plus dramatiques. La crise humanitaire qui s’ensuivra sera alors catastrophique.

Un membre du personnel de MSF amène du matériel médical vers des camions à destination de l’hôpital public de Bentiu. Soudan du Sud, 2025. © Isaac Buay/MSF

MSF au Soudan du Sud 

MSF est présente dans l’actuel Soudan du Sud depuis 1983. Elle reste l’une des plus importantes organisations humanitaires médicales travaillant dans le pays. Nous intervenons dans sept États et deux zones administratives. En 2025, MSF a assuré plus de 830 000 consultations ambulatoires et soigné plus de 93 000 personnes hospitalisées. Nos équipes ont également réalisé 12 000 interventions chirurgicales et dépisté la malnutrition chez 107 000 enfants. Elles ont aussi transféré des personnes dans un état critique vers des structures de santé à travers le pays. Un accès humanitaire durable et prévisible est essentiel pour maintenir les services essentiels et empêcher une nouvelle dégradation de la situation sanitaire dans l’État de Jonglei.