Soudan : MSF demande instamment la reprise de la vaccination systématique
Près de 30 000 cas de maladies évitables par la vaccination ont été traités au Darfour en deux ans.
Le conflit qui sévit au Soudan a entraîné des déplacements massifs, la destruction totale ou partielle des infrastructures, la perturbation des services essentiels et des restrictions de l’accès humanitaire. Un récent rapport de Médecins Sans Frontières (MSF) révèle qu’au cours d’une période de plus de deux années, nos équipes présentes dans la région du Darfour ont prodigué des soins à environ 30 000 personnes atteintes de maladies évitables par la vaccination. Intitulé Vaccine-preventable disease outbreaks in Darfur (disponible en anglais seulement), ce rapport révèle également que la maladie la plus courante était la rougeole et que les personnes les plus touchées étaient les enfants non vaccinés.
MSF appelle les autorités sanitaires et politiques soudanaises à lever les obstacles et les blocages administratifs qui empêchent actuellement l’acheminement des vaccins au Darfour. Nous exhortons également les pays donateurs et l’ONU à augmenter leur financement et à offrir les vaccins aux autorités sanitaires. Sans mesures immédiates pour rétablir les activités de vaccination dans le pays, les épidémies continueront de se multiplier et des personnes continueront de mourir de maladies pourtant évitables.
Entre janvier 2024 et avril 2026, 28 000 cas de rougeole et près de 2 000 cas de coqueluche ont été enregistrés dans les installations soutenues par MSF dans quatre États du Darfour. De toutes les personnes traitées pour la rougeole, 75 % n’étaient pas vaccinées et 69 % étaient des enfants de moins de cinq ans.
« Plusieurs localités, dont Tawila, El-Geneina, Rokero, Zalingei, Nyala et Djebel Marra-Est, ont connu une transmission récurrente [de certaines maladies] pendant plusieurs années consécutives. Cela suggère que les épidémies n’ont pas été entièrement maîtrisées et que des lacunes en matière d’immunité persistent malgré des interventions répétées pour y faire face », explique Sebastián Traficante, coordonnateur des urgences de MSF au Darfour. « Nos équipes traitent constamment des enfants atteints de maladies qui auraient pu être évitées grâce à un vaccin. Nombre d’entre eux arrivent dans nos installations dans un état critique, et ne survivent tout simplement pas. »

Effondrement du système de santé en temps de guerre, problèmes d’approvisionnement et de main-d’œuvre
Selon le rapport de MSF, la transmission de maladies évitables par la vaccination a été particulièrement élevée dans le Sud-Darfour. Par exemple, 10 600 cas présumés de rougeole y ont été signalés au cours des quatre premiers mois de 2026, dépassant ainsi le nombre total de cas enregistrés en 2025. Ces maladies présentent encore plus de risques lorsqu’elles s’accompagnent de complications liées à d’autres affections, comme le paludisme et la malnutrition, qui sévissent dans tout le Darfour.
Après quatre années de guerre, le Soudan est confronté à l’une des pires crises humanitaires au monde. En 2026, 34 millions de personnes ont besoin d’une assistance humanitaire, et 21 millions n’ont pas accès aux soins médicaux essentiels en raison de l’effondrement du système de santé soudanais.
Selon l’Organisation mondiale de la Santé, 37 % des installations de santé du pays sont hors service. Au Darfour, celles qui sont encore ouvertes connaissent de graves pénuries de personnel, de médicaments, de vaccins, d’équipement et de fournitures. Plusieurs ne disposent que de chaînes du froid partiellement opérationnelles, voire pas du tout, pour assurer la conservation des vaccins.
« Les services de vaccination de routine peinent à atteindre les communautés, en particulier dans les régions éloignées », explique Saiful Islam, médecin et coordonnateur des urgences de MSF pour le Sud-Darfour. « L’approvisionnement, le transport et l’entreposage des vaccins se heurtent à des obstacles importants, principalement en raison de retards administratifs. C’est notamment le cas pour l’obtention des autorisations d’importation et des permis de transport. Au niveau des États, les bureaux de vaccination sont souvent inopérants, ce qui laisse peu de place au suivi ou à la supervision. De plus, de nombreuses structures de santé ne disposent pas de personnel de vaccination permanent et comptent sur des bénévoles. »
Pour les communautés, l’accès aux vaccins et leur disponibilité constituent deux préoccupations majeures. Dans le Sud-Darfour, où le fardeau des maladies évitables par la vaccination est le plus lourd, seule une fraction des installations dispose d’une chaîne du froid pleinement opérationnelle. Au Darfour-Central, qui a récemment connu des épidémies de rougeole et de coqueluche, les retards dans l’arrivée des vaccins, les autorisations administratives et la mise à disposition des vaccins ont considérablement ralenti les activités de lutte contre les épidémies des équipes de MSF.
Lorsque les services ne parviennent pas jusqu’aux communautés, les familles doivent se déplacer pour y avoir accès. Mais la guerre a détruit les moyens de subsistance et fait grimper les prix en flèche, ne laissant que peu de revenus aux familles. Pour de nombreux parents, même le coût du transport vers l’établissement de santé le plus proche demeure inabordable.
« Mon enfant n’avait jamais été vacciné parce que nous vivons dans une région agricole, à environ trois heures de la ville de Sortony », explique Fauzia, la mère de Faiz, âgé de trois ans. « La saison des pluies complique également les déplacements. De nombreux enfants de ma région sont touchés par des maladies évitables par la vaccination. »
Faiz a été admis à l’hôpital de Rokero, au Darfour-Central, parce qu’il présentait des symptômes de coqueluche. Après l’avoir examiné, l’équipe médicale de MSF a confirmé qu’il souffrait également de méningite et de tétanos. Après reçu des soins pendant 16 jours en isolement, Faiz est malheureusement décédé.

Les campagnes de vaccination d’urgence ne suffisent pas
Il existe également des lacunes majeures en matière de surveillance des maladies. En raison d’une veille et d’un suivi limités, les épidémies passent souvent inaperçues. Ce n’est que lorsque la maladie s’est largement propagée qu’on en prend la mesure. En conséquence, les campagnes de vaccination d’urgence commencent trop tard.
Depuis 2024, plusieurs campagnes de vaccination d’urgence ont été menées dans diverses régions du Darfour. Elles ont pu et peuvent toujours contribuer à endiguer les épidémies. Toutefois, ces campagnes doivent être plus efficaces, en incluant idéalement des antigènes ciblant plusieurs maladies. De plus, elles ne peuvent pas se substituer à la vaccination de routine.
À Tawila, dans le Nord-Darfour, une grave épidémie de rougeole a entraîné l’hospitalisation de plus de 1 900 personnes entre janvier et avril 2026. Une vaste campagne de vaccination d’urgence a alors été mise en œuvre : 130 000 enfants ont été vaccinés dans la ville de Tawila et dans les camps pour personnes déplacées. En conséquence, la transmission communautaire a été freinée et le nombre de cas a diminué. À l’hôpital de la ville, nos équipes ont enregistré seulement 96 cas entre avril et septembre 2026, soit 95 % de moins qu’avant la campagne de vaccination.
Ces campagnes d’urgence ciblées préservent donc des vies et entraînent une baisse du nombre de cas. Cependant, des investissements soutenus dans la vaccination de routine, l’infrastructure de la chaîne du froid, le personnel et la surveillance des maladies restent nécessaires. Sans cela, les épidémies de rougeole, de coqueluche et d’autres maladies évitables continueront de réapparaître partout au Darfour.
« La vaccination au Darfour et dans le reste du Soudan doit être adaptée à la réalité du conflit », conclut Sebastián Traficante. « Cela signifie des services mobiles, de proximité et de rattrapage gérés par des équipes de vaccination professionnelles. Ces équipes peuvent rejoindre les enfants non vaccinés là où ils se trouvent. Elles permettent également d’assurer une veille dans les communautés, en suivant les taux de vaccination et en détectant les épidémies à un stade précoce. »
MSF appelle les autorités sanitaires, les bailleurs de fonds et les agences de l’ONU à financer et à faciliter la vaccination mobile et de rattrapage dans tout le Darfour et le reste du Soudan. Nous exhortons également toutes les parties au conflit et les autorités soudanaises à lever immédiatement les obstacles administratifs à l’importation et au transport des vaccins.
Pour en savoir plus, lisez le rapport Vaccine-preventable disease outbreaks in Darfur (disponible en anglais seulement).