Mauritanie : traversée fatale pour des personnes migrantes en mer Atlantique
MSF est profondément choquée de l’incident meurtrier survenu sur la route migratoire de l’Atlantique, au large de la Mauritanie.
Médecins Sans Frontières (MSF) est profondément alarmée par un incident meurtrier survenu sur la route migratoire de l’Atlantique.
Selon les premiers témoignages des personnes survivantes qui ont débarqué à Nouadhibou, elles étaient environ 190 à bord de l’embarcation qui aurait quitté la Gambie en direction des îles Canaries. Après 25 jours en mer, seules 38 d’entre elles ont survécu. Elles ont d’abord été assistées par des bateaux de pêche, puis par la garde-côtière mauritanienne, avant d’être amenées auprès du Croissant-Rouge mauritanien, qui a sollicité l’appui de MSF.
« Des gens sont arrivés après des semaines passées en mer, épuisés, traumatisés et endeuillés… Personne ne devrait avoir à vivre une telle souffrance lorsqu’en quête de sécurité ou de dignité. »
– Fouzia Bara, responsable du programme Migration Atlantique de MSF
Il s’agit de l’un des débarquements les plus meurtriers auxquels les équipes de MSF ont assisté dans le pays depuis le début de l’année 2026. Cet événement rappelle brutalement les dangers extrêmes auxquels sont confrontées les personnes qui tentent d’emprunter la route migratoire de l’Atlantique. Les traversées sont souvent longues, périlleuses et marquées par de nombreux risques : naufrage, déshydratation, violences et traumatismes psychologiques sévères. Mais les personnes à bord de ces embarcations risquent avant tout leur vie.
Au cours des dernières semaines, les équipes de MSF ont soutenu trois interventions de débarquement à Nouadhibou. Nos équipes ont ainsi prêté assistance à 387 personnes, réalisé 66 consultations médicales et transféré 9 personnes vers des structures de santé spécialisées. Pour la seule journée du 18 juillet, MSF est intervenue lors de deux débarquements successifs entre minuit et 19 heures, dont l’un faisait suite à l’incident meurtrier impliquant le navire parti de Gambie. Les personnes qui sont arrivées sur le rivage souffraient de chocs et psychoses post-traumatiques, de fractures osseuses, de lésions traumatiques et d’hypothermie.
Les gens qui ont survécu ont décrit des conditions terrifiantes en mer ainsi que la perte de proches et d’autres personnes à bord pendant la traversée. Les équipes de MSF ont observé une détresse psychologique aiguë. La gravité des témoignages et l’ampleur des pertes en vies humaines ont également eu un impact psychologique important sur les équipes impliquées dans la réponse.
« Ce que nos équipes ont vu à Nouadhibou est profondément choquant », explique Fouzia Bara, responsable du programme Migration de MSF. « Des gens sont arrivés après des semaines passées en mer, épuisés, traumatisés et endeuillés par la perte de proches et de personnes qui n’ont pas survécu à la traversée. L’une des 38 personnes survivantes accompagnées par MSF a déclaré avoir vu sa sœur mourir sous ses yeux. Personne ne devrait avoir à vivre une telle souffrance lorsqu’en quête de sécurité ou de dignité. »
« La mort de ces hommes, femmes et enfants ne doit pas être accueillie dans le silence. »
– Fouzia Bara, responsable du programme Migration de MSF
La route migratoire de l’Atlantique est devenue l’une des plus meurtrières au monde. Selon l’ONG espagnole Caminando Fronteras, près de 10 000 personnes ont été déclarées mortes ou disparues en tentant la traversée de l’Atlantique en 2024, et près de 2 000 en 2025. Il est très probable que le nombre réel de décès soit supérieur aux chiffres rapportés, car toutes les traversées en mer ne sont pas signalées ni ne donnent lieu à des sauvetages.
Bien que les arrivées aux îles Canaries aient diminué cette année, les risques demeurent extrêmes. Selon l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, les arrivées dans l’archipel espagnol ont diminué de 61 % par rapport à 2025, avec 4 400 arrivées enregistrées au 15 juillet. Pourtant, les incidents récents soulignent les dangers persistants auxquels sont confrontées les personnes réfugiées et migrantes qui tentent de rejoindre l’Europe. Beaucoup d’entre elles partent de points situés à plus de 2 000 kilomètres de la destination prévue.
En décembre 2024, MSF a démarré son projet Migrations Atlantique en Mauritanie à la suite de l’augmentation des tragédies en mer. À Nouadhibou, nos équipes ont commencé à offrir une assistance directe lors des débarquements et interceptions. Nous avons ensuite renforcé notre réponse avec l’ouverture du Centre d’accueil, de soins et d’assistance en avril 2025. Ce centre offre une assistance aux personnes en situation de vulnérabilité, qu’elles soient migrantes, en transit ou d’origine mauritanienne.
MSF appelle d’urgence à la mise en place de mesures pour prévenir de nouveaux décès sur la route de l’Atlantique. Les dispositifs de recherche et de sauvetage doivent être renforcés, dotés de ressources adéquates en mesure de répondre efficacement aux besoins des personnes en détresse en mer. Des voies sûres et légales sont nécessaires afin de réduire les risques que les personnes sont contraintes de prendre lorsqu’elles recherchent la protection, la sécurité ou un avenir meilleur.
« La mort de ces hommes, femmes et enfants ne doit pas être accueillie dans le silence. MSF appelle les gouvernements et les autorités concernées à placer la préservation de la vie humaine au cœur de leurs politiques migratoires, renforcer les capacités de recherche et de sauvetage, et garantir qu’aucune personne en détresse en mer ne soit laissée sans assistance », souligne Fouzia Bara.
MSF exhorte les gouvernements des pays situés le long de la route migratoire, les États européens ainsi que les organisations régionales et internationales à travailler ensemble pour offrir une assistance humaine et digne ainsi que prévenir de nouvelles pertes en vies humaines.