Des membres de l’équipage de l’Oyvon, le navire de MSF, secourent 18 personnes qui ont survécu plus de 24 heures en mer à bord d’une embarcation de fortune en provenance de Lybie. Mer Méditerranée, 2026. © MSF
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Mer Méditerranée : l’Europe manque à son obligation légale et morale de sauver des vies en mer

MSF appelle les gouvernements européens à respecter leurs obligations en matière de recherche et de sauvetage et à protéger les vies en mer.

Le 31 août, l’équipage de l’Oyvon, le navire de recherche et de sauvetage (SAR) de Médecins Sans Frontières (MSF), a secouru 18 personnes en détresse. La plupart étaient d’origine érythréenne et 12 d’entre elles étaient mineures et non accompagnées. Le sauvetage a eu lieu dans la zone de recherche et de sauvetage maltaise. Le 1er septembre, les personnes survivantes ont été débarquées à Trapani, en Sicile, le port désigné par les autorités italiennes.

« Les personnes que nous avons secourues, majoritairement des enfants, avaient quitté les côtes libyennes plus de 24 heures auparavant », explique Leah Kenny, coordonnatrice des affaires humanitaires à bord de l’Oyvon. « Elles étaient épuisées, à la dérive dans les eaux internationales et à court de carburant. »

Le bateau de recherche et de sauvetage de MSF, l’Oyvon, après son troisième débarquement au port de Trapani, en Sicile. Italie, 2026. © MSF

La route migratoire la plus meurtrière au monde

Selon l’Organisation internationale pour les migrations, la traversée de la Méditerranée centrale demeure l’une des routes migratoires les plus meurtrières au monde. « Depuis 2015, plus de 35 000 personnes ont été recensées comme décédées ou portées disparues en Méditerranée », poursuit Leah Kenny. « Ces chiffres sous-estiment probablement l’ampleur réelle de la tragédie. »

Au danger de la traversée s’ajoute une insécurité constante tout au long du parcours. « Les personnes en déplacement font face à une violence croissante sur terre comme en mer. Elles sont notamment confrontées à des interceptions dangereuses de la part des garde-côtes libyens ou tunisiens financés par l’Union européenne (UE) », précise Claire San Filippo, représentante des opérations SAR de MSF.

Depuis 2015, les équipes de MSF ont porté secours à plus de 94 000 personnes en Méditerranée centrale à bord de neuf navires différents. Pourtant, l’espace d’intervention des ONG humanitaires ne cesse de se réduire. « Les navires de sauvetage humanitaires sont également victimes de harcèlement, d’intimidation et d’attaques armées de la part des garde-côtes libyens ou tunisiens », poursuit-elle. « Ces agissements mettent en danger tant les personnes survivantes que les équipes de sauvetage. C’est inacceptable. »

Une personne survivante secourue lors de la troisième rotation de l’Oyvon contemple la mer depuis le pont du navire. Mer Méditerranée, 2026. © MSF

Les politiques migratoires restrictives mettent des vies en danger

Les politiques actuelles de l’UE visant à restreindre l’activité des navires de sauvetage ou à criminaliser les ONG n’arrêtent pas les traversées. Les gens entreprennent ce périple pour fuir des violences dans leur pays d’origine, et non en raison de la présence de navires humanitaires en mer.

MSF appelle les gouvernements européens à cesser d’externaliser la gestion de leurs frontières à des pays tiers, notamment en finançant et en équipant des garde-côtes pour qu’ils interceptent et refoulent les embarcations.

« Pour plusieurs des personnes secourues, ce n’était pas la première tentative de traversée. Elles avaient déjà été interceptées et renvoyées de force en Libye par les garde-côtes libyens », rapporte Leah Kenny. « Or, la Libye n’est pas un lieu sûr. Le soutien de l’UE à ces renvois expose les personnes à de graves violations des droits humains. Cela contrevient directement au principe de non-refoulement, auquel les États membres de l’UE sont tenus de se conformer. »

Les équipes de MSF recueillent régulièrement des témoignages attestant du sort des personnes renvoyées de force en Libye : détentions arbitraires, tortures, violences et extorsions. Ces pratiques ne constituent en aucun cas une réponse légale ni sécurisée aux enjeux migratoires.

Et tout cela est le résultat des politiques meurtrières de l’UE et de ses États membres.

Sauver des vies en mer ne devrait pas prêter à controverse. C’est une obligation légale, un devoir humain et éthique, et l’Europe fait défaut. Et c’est pourquoi les opérations de recherche et de sauvetage (SAR) demeurent essentielles.