Une aide-soignante de MSF examine une patiente à la clinique de MSF située dans le quartier de Delmas 1, à Port-au-Prince. Haïti, 2026. © Sherlyne Mura/MSF
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Haïti : le pays est devenu un endroit bien plus dangereux pour vivre, travailler ou se faire soigner

MSF appelle les autorités américaines à prolonger le statut de protection des Haïtiens et des Haïtiennes aux États-Unis.

Alors que la Cour suprême des États-Unis s’apprête à examiner le statut de protection juridique de nombreux Haïtiens et Haïtiennes vivant aux États-Unis, Médecins Sans Frontières (MSF) met en garde contre la grave détérioration des conditions humanitaires en Haïti. Celle-ci est telle, qu’elle risque d’empêcher l’accès aux soins médicaux et de mettre en danger toute personne contrainte d’y retourner.

« Haïti est devenu un endroit bien plus dangereux pour vivre, travailler ou se faire soigner », déclare Tirana Hassan, directrice générale de MSF aux États-Unis. « Au cours des huit dernières années, Port-au-Prince et d’autres régions, comme l’Artibonite et les départements Centre, ont sombré dans de graves crises humanitaires. Celles-ci sont marquées par une insécurité extrême et une forte dégradation des services essentiels, notamment l’eau, l’assainissement et les soins médicaux. Des groupes armés s’affrontent en permanence avec le gouvernement et ses partisans pour le contrôle du territoire. Les gens sont exposés à des violences de toutes parts : ils sont pris entre les feux croisés, tués à des points de contrôle ou attaqués dans leurs propres maisons. »

« Renvoyer de force les Haïtiens et les Haïtiennes qui disposent du statut de protection temporaire ne ferait qu’aggraver la crise en les exposant davantage au danger. Nous appelons les autorités américaines à reconnaître cette réalité. »

– Tirana Hassan, directrice générale de MSF aux États-Unis

Plus de 350 000 Haïtiens et Haïtiennes vivant aux États-Unis pourraient être renvoyés vers leur pays d’origine, si la Cour suprême leur retire le statut de protection temporaire. Ce statut leur permet de vivre et de travailler aux États-Unis. Il leur a été accordé provisoirement à plusieurs reprises depuis le tremblement de terre de 2010, en raison des graves crises et de l’instabilité qui règne dans le pays. L’administration de Trump est sur le point de réexaminer et de supprimer les mesures de protection accordées aux gens en provenance de plusieurs pays en proie à des crises humanitaires persistantes. En février, l’administration a officiellement mis fin au statut de protection temporaire pour Haïti, mais des tribunaux de première instance ont temporairement suspendu cette décision. Un groupe bipartite de la Chambre des représentants a également voté en faveur d’une prolongation du statut de protection temporaire pour une durée de trois ans. Toutefois, le projet de loi n’a pas encore été examiné par le Sénat.

Une médecin de MSF opère une personne blessée par balle à Port-au-Prince, à l’hôpital de traumatologie de MSF à Tabarre. Haïti, 2026. © Marx Stanley Léveillé/MSF

La violence dans les quartiers résidentiels empêche l’accès aux soins

Dans l’affaire Trump contre Miot, qui doit être examinée par la Cour suprême le 29 avril, l’administration devrait justifier sa décision de mettre fin au statut de protection temporaire. Elle devra notamment argumenter que les conditions en Haïti sont suffisamment sûres pour permettre le retour des personnes concernées.

Pourtant, rien ne pourrait être plus éloigné de la réalité dont les équipes de MSF sont témoins chaque jour en Haïti.

Depuis l’escalade des violences au début de 2024, plus de 60 % des structures médicales de Port-au-Prince ont fermé ou ne fonctionnent que partiellement. Certaines ont été pillées, incendiées et abandonnées, tandis que d’autres font face à des pénuries critiques de matériel, de médicaments ou de personnel. Beaucoup de gens ont trop peur de sortir pour se faire soigner, même lorsque c’est urgent et essentiel.

Une mère vient chercher des soins pour son bébé qui souffre de toux et de fièvre dans une clinique de MSF installée dans le quartier de Delmas 1. Haïti, 2026. © Marx Stanley Léveillé/MSF
Des impacts de balles marquent les murs de la clinique de MSF à Solino. Haïti, 2026. © Marx Stanley Léveillé/MSF

Rien que la semaine dernière, des combats d’une extrême violence ont éclaté entre plusieurs groupes armés rivaux dans deux quartiers de Port-au-Prince. Des centaines de familles ont été contraintes de fuir leur domicile au milieu de la nuit, sous des pluies torrentielles.

« Durant la fin de semaine du 18 et 19 avril, des membres de notre personnel ont appelé pour nous dire qu’il leur était impossible de sortir à cause des coups de feu, et donc de s’échapper », explique Davina Hayles, directrice de projet de MSF en Haïti. « Près de 40 personnes, dont des membres du personnel de MSF avec leur famille, ont trouvé refuge dans notre hôpital de Cité Soleil, n’ayant nulle part ailleurs où aller pour se mettre en sécurité. »

Une infirmière de MSF examine une femme dans une clinique mobile de MSF du quartier de Solino. Haïti, 2026. © Marx Stanley Léveillé/MSF

Des besoins qui ne cessent de croître

Selon les estimations des Nations Unies, plus de 1,4 million de personnes ont fui leur domicile en raison des violences en Haïti et se sont réfugiées dans d’autres régions du pays. Un grand nombre d’entre elles trouvent refuge dans des camps de fortune et des bâtiments publics, comme des écoles, où plusieurs familles partagent une seule pièce. Des abris où les gens sont souvent sans accès à des soins de santé adéquats et à des services essentiels. Les équipes de nos cliniques mobiles ont constaté une augmentation du nombre de cas de maladies liées au manque d’eau potable.

Certains jours, des centaines de personnes font la file dès le matin devant l’hôpital de MSF à Cité Soleil pour recevoir des soins urgents ou des consultations de suivi pour des maladies chroniques. Le bruit des coups de feu est devenu monnaie courante dans les quartiers où MSF intervient, alors même que notre personnel s’efforce de répondre à des besoins immenses. Le personnel médical qui compose ce qui reste du système de santé publique haïtien, en grande difficulté, pourrait en dire autant. À Port-au-Prince, un seul hôpital public est encore en mesure de pratiquer des interventions chirurgicales, et il est constamment surchargé.

« Les gens risquent leur vie simplement pour atteindre un établissement de santé — parfois en plein accouchement, après avoir été blessés ou après avoir survécu à des violences sexuelles », ajoute Tirana Hassan.

« Nous appelons les autorités américaines à reconnaître cette réalité », poursuit Tirana Hassan. « C’est une situation intolérable pour les Haïtiennes et les Haïtiens. Renvoyer de force, depuis les États-Unis, ces gens qui disposent du statut de protection temporaire ne ferait qu’aggraver la crise en les exposant davantage au danger. »

MSF travaille en Haïti depuis 35 ans. L’an dernier, ses équipes ont assuré 129 458 consultations médicales, dont 12 984 pour des enfants de moins de cinq ans, et assisté 2 812 accouchements. Elles ont réalisé 8 469 interventions chirurgicales, pris en charge 4 975 personnes survivantes de violences sexuelles, traité 3 419 personnes pour des blessures liées à la violence et effectué 19 819 séances de physiothérapie.