Illustration représentant une survivante de violence sexuelle figurant dans Violences sexuelles et sexistes à Port-au-Prince, en Haïti, un rapport publié par MSF en janvier 2026. Haïti, 2025. © Lyne Lucien
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Haïti : un nouveau rapport de MSF fait état de l’augmentation alarmante des violences sexuelles à Port-au-Prince

S’appuyant sur 10 ans de données médicales, MSF alerte sur les abus subis par les femmes et les filles dans un contexte de violence généralisée.

Dans la capitale haïtienne, Port-au-Prince, les violences sexuelles et sexistes (VSS) ont connu une recrudescence alarmante depuis 2021. Elles sont systématiquement utilisées pour semer la terreur au sein des communautés, et touchent de manière disproportionnée les femmes et les filles. Cette situation est d’autant plus critique qu’elle survient dans un contexte de détérioration des infrastructures, des services publics et des conditions de vie, après des années de violence et d’insécurité généralisées.

C’est ce que révèle le rapport Violences sexuelles et sexistes à Port-au-Prince, en Haïti, publié par Médecins Sans Frontières (MSF), qui s’appuie sur 10 ans de données médicales et de témoignages recueillis à la clinique Pran Men’m. Depuis son ouverture en 2015, nos équipes y ont offert des soins médicaux et psychosociaux complets à près de 17 000 personnes, dont 98 % de femmes et de filles.

« Depuis 2021, le nombre de personnes survivantes de violences sexuelles et sexistes qui reçoivent des soins à la clinique a presque triplé, passant d’une moyenne de 95 admissions mensuelles en 2021, à plus de 250 en 2025 », explique Diana Manilla Arroyo, responsable des programmes de MSF en Haïti. « Cela démontre à quel point l’explosion de la violence de ces dernières années en Haïti a eu des répercussions directes sur le corps des femmes et des filles de Port-au-Prince. »

Illustration représentant une survivante de violences sexuelles discutant avec une psychologue en Haïti, figurant dans Violences sexuelles et sexistes à Port-au-Prince, en Haïti, un rapport publié par MSF en janvier 2026. Haïti, 2025. © Lyne Lucien.

Violences sexuelles et sexistes à Port-au-Prince, en Haïti

Shocking increase in brutal violence 

Selon les données recueillies, les femmes et les filles de tous âges sont prises pour cible. En outre, un nombre croissant de personnes survivantes sont déplacées de leur foyer, ce qui les expose davantage aux violences. Près d’une personne survivante sur cinq soignée à Pran Men’m a subi des incidents de VSS à de multiples reprises.

De plus, la brutalité avec laquelle ces violences sont commises s’est radicalement accrue. De toutes les personnes survivantes ayant reçu des soins à Pran Men’m depuis 2022, 57 % ont déclaré avoir été agressées par des membres de groupes armés. Et ces agressions étaient souvent collectives : plus de 100 personnes ont déclaré avoir été agressées par dix individus ou plus à la fois.

« Ils m’ont battue et cassé les dents… Trois jeunes qui pourraient être mes enfants… », raconte une survivante citée dans notre rapport. « Quand j’ai refusé de coucher avec eux, ils m’ont frappée et je suis tombée. Pendant que je luttais, ils m’ont donné des coups dans le dos qui me font encore mal, des mois plus tard. Après m’avoir violée, ils ont violé ma fille… et battu mon mari. »

Dans les locaux de MSF à Port-au-Prince, une femme témoigne de son expérience des violences sexuelles et du déplacement, après avoir fui son quartier pour protéger ses enfants. Elle demande davantage de protection et un soutien socio-économique pour les femmes et les filles qui vivent dans les camps de personnes déplacées. Haïti, 2025. © MSF

Le rapport met également en lumière le manque persistant de services destinés aux personnes survivantes. MSF est souvent dans l’incapacité d’orienter ces personnes vers une assistance non médicale pourtant indispensable, comme des refuges sûrs, des solutions de relocalisation ou une aide à la subsistance. Cette situation souligne l’urgence de renforcer et de pérenniser les financements alloués aux services de protection.

Les personnes survivantes font également face à de nombreux obstacles, comme la stigmatisation, les difficultés financières, l’insécurité et le manque d’informations. Cela les empêche d’accéder aux soins à temps, ce qui a malheureusement des conséquences médicales.

Depuis 2022, seul un tiers des personnes survivantes ayant reçu des soins à la clinique Pran Men’m est arrivée dans les trois jours suivant leur agression. Au-delà de ce délai, il n’est plus possible de prévenir la transmission du VIH. Sur la même période, 59 % d’entre elles n’ont pas réussi à se présenter dans les cinq jours, délai à l’intérieur duquel il est possible de prévenir une grossesse non désirée.

Une membre du personnel de MSF prépare un traitement dans une des trois salles de consultation de la clinique Pran Men’m, qui offre des soins médicaux aux personnes survivantes de violences sexuelles et sexistes à Port-au-Prince. Haïti, 2025. © MSF
Vue de l’extérieur de la clinique Pran Men’m, à Port-au-Prince, où les équipes de MSF offrent depuis 10 ans des soins médicaux et psychologiques aux personnes survivantes de violences sexuelles et sexistes. Haïti, 2025. © MSF

En conclusion, ce rapport propose des pistes de solution pour lutter efficacement contre les VSS et leurs conséquences. MSF appelle à une action urgente et coordonnée des autorités haïtiennes, des prestataires de services locaux, des bailleurs de fonds, des agences des Nations Unies et des instances responsables d’assurer la sécurité des communautés haïtiennes. Nous appelons ces acteurs à apporter une réponse axée sur les personnes survivantes afin d’assurer leur rétablissement à long terme.

« Nous demandons un élargissement de l’accès gratuit à des soins médicaux et psychosociaux complets, que seule permettra une augmentation durable du financement des services de soutien », conclut Diana Manilla Arroyo. « De plus, nous appelons à la reconnaissance sans équivoque du caractère généralisé des violences sexuelles, et de leur utilisation délibérée par des groupes armés comme moyen de contrôle et de soumission des femmes et des filles. Sans ces conditions, nous ne pourrons pas donner aux personnes survivantes les moyens de reprendre le contrôle de leur corps et de leur vie. »