Un véhicule de MSF est garé devant un entrepôt de l’organisation à Juba. Soudan du Sud, 2022. © Danai Sotiropoulou/MSF
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Soudan du Sud : face à la menace d’une offensive gouvernementale, MSF évacue la ville d’Akobo dans un délai de 72 heures

Les ordres d’évacuation interrompent les soins de santé et les mesures de prévention contre le paludisme, privant ainsi des milliers de personnes d’assistance médicale.

Des centaines de milliers de personnes à Akobo, dans l’État de Jonglei, sont confrontées à un choix impossible. En effet, une offensive menée par les forces gouvernementales contre la ville est imminente, à la suite des ordres d’évacuation donnés le 6 mars. La ville actuellement contrôlée par l’opposition compte plus de 17 000 personnes qui ont été récemment déplacées en raison du conflit dans le pays. Les gens d’Akobo n’ont désormais d’autre choix que de fuir sans protection ou de rester sur place au risque d’être tués et de perdre l’accès aux soins de santé et aux autres services essentiels.

Médecins Sans Frontières (MSF) appelle toutes les parties au conflit à protéger les personnes civiles et à établir des zones de sécurité pour les gens qui cherchent refuge. Nous demandons également de garantir un accès sûr à l’aide humanitaire et aux soins médicaux essentiels, et de protéger les structures de santé.

En raison de l’évacuation, les préparatifs essentiels pour la prochaine saison du paludisme, ainsi que les soins de santé primaires et le soutien à la vaccination pour les communautés locales et déplacées, ont été brusquement interrompus.

« Les conséquences pour les gens sont dévastatrices », déclare Christophe Garnier, directeur de projet de MSF au Soudan du Sud. « Les familles sont contraintes d’abandonner leurs foyers à plusieurs reprises, sans alternative sûre. Pour un grand nombre de personnes qui ont déjà été déplacées à plusieurs reprises, il n’y a tout simplement plus nulle part où aller. »

Le 7 mars, l’équipe de MSF à Akobo a été contrainte d’évacuer, laissant des centaines de milliers de personnes sans accès aux services de soins de santé généraux essentiels. Certaines ont déjà commencé à fuir vers l’Éthiopie ou vers le village voisin de Meer. L’hôpital d’Akobo, où MSF soutient le service de pédiatrie, a été pillé, tout comme notre pharmacie, ce qui a entraîné la perte de tous les médicaments et fournitures médicales. Notre bureau a également été saccagé par des groupes assaillants inconnus au cours de la fin de semaine.

« Nous craignons fortement que l’hôpital d’Akobo ne soit touché, privant ainsi les communautés des soins médicaux dont elles ont besoin. »

– Christophe Garnier, directeur de projet de MSF

Cette situation s’inscrit dans un contexte inquiétant d’attaques contre des installations de santé au Soudan du Sud. Depuis mars 2025, nos équipes ont dénombré 12 attaques contre les membres du personnel de MSF et les hôpitaux que nous soutenons, ce qui a entraîné la fermeture de trois d’entre eux. Au cours des deux premiers mois de 2026, trois attaques ont déjà été enregistrées.

Cette évacuation intervient alors que la violence s’intensifie dans l’État de Jonglei. Le 29 janvier, les équipes de MSF ont quitté Pieri en raison d’affrontements armés. Le 3 février, des frappes aériennes à Lankien ont tué des personnes civiles et détruit le dernier hôpital en activité de la ville. Près de 280 000 personnes ont été déplacées, dont 80 000 dans le comté d’Akobo.

Akobo est une région isolée qui compte très peu d’installations médicales, et MSF est l’une des rares organisations à offrir des soins à environ 112 000 personnes. Trois semaines après avoir retrouvé l’accès à la région en raison de la levée des restrictions gouvernementales concernant les vols aériens et les fournitures médicales, les équipes de MSF ont été contraintes de se retirer de nouveau. Ces équipes venaient à peine de commencer à évaluer les communautés nouvellement déplacées et à lancer une intervention d’urgence contre le paludisme.

L’hôpital de MSF à Lankien, dans l’État de Jonglei, après qu’il ait été touché par une frappe aérienne des forces gouvernementales dans la nuit du 3 février 2026. Soudan du Sud, 2026. © MSF

« Ces évacuations répétées imposées par le gouvernement laissent les personnes piégées, exposées à la violence et coupées de l’assistance humanitaire », explique Christopher Garnier. « Nous craignons fortement que l’hôpital d’Akobo ne soit touché, privant ainsi les communautés des soins médicaux dont elles ont besoin. »

Les communautés récemment déplacées, épuisées et traumatisées par les affrontements récents, vivent dans des abris de fortune, sans accès à l’eau potable, sans nourriture suffisante ni protection adéquate. Privées de soins essentiels, elles ont perdu leur dignité et sont exposées aux maladies, à la faim et à la menace constante d’une violence extrême.

Les évacuations répétées, les attaques contre les membres du personnel de la santé et les structures médicales, ainsi que les restrictions imposées par le gouvernement limitent considérablement la capacité d’intervention de MSF. Or, cela arrive précisément au moment où les gens du Soudan du Sud ont besoin de plus d’assistance, et non de moins.