Les membres du personnel de MSF déchargent des fournitures acheminées à Chuil, dans l’État de Jonglei, où les communautés déplacées reçoivent un soutien d’urgence à la suite des récentes violences. Soudan du Sud, 2026. © Isaac Buay/MSF
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Soudan du Sud : les personnes déplacées dans les régions du centre et du nord-est ont besoin d’un soutien urgent

Après avoir échappé à de violentes attaques dans les États de Jonglei et du Nil Supérieur, des milliers de personnes vivent dehors avec peu de nourriture, d’eau ou de soins médicaux.

« J’ai connu de nombreuses guerres, mais je n’ai jamais vu de tels déplacements de personnes », témoigne Moses, qui a fui son domicile à Lankien, dans l’État de Jonglei, au Soudan du Sud, alors que le conflit s’aggravait. « Je n’ai jamais vu autant de maisons réduites en cendres. Nous vivons désormais sous les arbres. »

Une escalade de la violence entre les forces gouvernementales et les groupes d’opposition à Lankien et dans ses environs, ainsi que le long du fleuve Sobat sur le Nil supérieur, a contraint des dizaines de milliers de personnes à quitter leur foyer. De nombreuses familles ont fui à pied, marchant pendant des jours, pour échapper aux attaques et aux villages incendiés.

Au moins 25 000 personnes ont trouvé refuge dans la ville de Chuil, dans l’État de Jonglei, et des milliers d’autres sont dispersées dans les villages et les marécages environnants. Certaines se sont installées à Nyangore et Barmach, dans le comté d’Ulang, dans le Nil Supérieur. De plus, 28 000 autres personnes sont arrivées à Minkaman, dans l’État des Lacs. Beaucoup ont dû fuir à plusieurs reprises. Les gens arrivent sans rien et vivent désormais dehors sans abri, ou dans des campements de fortune sans nourriture suffisante, sans eau potable ni soins de santé.

« C’est une question de vie ou de mort », explique Nyamai, une mère de trois enfants qui vit dans un site de déplacement informel à Chuil. « À un moment, nous avons survécu en mangeant des feuilles d’arbres bouillies. Nous n’avions vraiment rien d’autre. »

« Les besoins dépassent largement les soins hospitaliers et les médicaments », ajoute-t-elle. « Pour survivre ici, il nous faut de la nourriture, de l’eau et un abri. »

Un éducateur en santé de MSF parle avec des gens dans une clinique mobile à Yakuach, dans l’État de Jonglei, où nos équipes offrent des services de promotion de la santé, des consultations médicales et un soutien nutritionnel aux communautés déplacées par les récentes violences. Soudan du Sud, 2026. © Isaac Buay/MSF

Intensifier les efforts pour offrir un soutien à des milliers de personnes privées de soins

Médecins Sans Frontières (MSF) intensifie son soutien médical et humanitaire pour les personnes déplacées à Chuil et dans le comté d’Ulang. À Chuil, nous avons modernisé le centre de santé et augmenté sa capacité à 60 lits pour traiter les urgences et la malnutrition, prodiguer des soins de santé maternelle et stabiliser les cas de traumatismes. Depuis fin février, nos équipes ont assuré 2 200 consultations, admis 172 personnes au centre de santé de Chuil et orienté 16 d’entre elles vers des soins complémentaires.

Nos équipes ont également distribué des articles de première nécessité à plus de 1 500 familles pour leur permettre de faire face aux conditions de vie difficiles : moustiquaires, couvertures, savon, jerricans, serviettes hygiéniques, bâches en plastique et sacs de sable vides. D’autres distributions sont prévues. MSF construit également 300 latrines et une station d’épuration afin d’améliorer l’accès à l’eau et à l’assainissement.

« Nous appelons à un renforcement urgent et coordonné des autres agences humanitaires afin d’atteindre les communautés les plus touchées, en particulier celles qui sont toujours sans assistance. »

– Zakaria Mwatia, directeur des projets de MSF au Soudan du Sud

Les équipes de MSF se déplacent en bateau dans les marécages et les rivières pour gérer des cliniques mobiles à Yakuach, Tanakuacha et Pathiel, des localités proches de Chuil. Nous avons assuré 1 349 consultations médicales et orienté des personnes vers des établissements de soins plus spécialisés.

Plus de 70 membres du personnel de MSF originaires de Lankien, aussi déplacés, participent désormais à l’intervention à Chuil. Dans les semaines à venir, MSF établira un poste de santé à Tanakuacha. Nos équipes continueront quant à elles de gérer des cliniques mobiles à Yakuach et Pathiel. Elles assureront des orientations vers des soins spécialisés, des activités de santé mentale, des consultations ambulatoires et des activités de santé sexuelle et reproductive.

Depuis début mars, à Minkaman, dans l’État des Lacs, MSF a offert 2 210 consultations aux personnes nouvellement arrivées de Jonglei grâce à des cliniques mobiles. Nous avons en outre fourni du matériel médical au centre de santé de Minkaman afin d’augmenter sa capacité à faire face aux épidémies. Les équipes d’eau et d’assainissement de MSF ont creusé deux puits et réparé des pompes manuelles défectueuses. Elles remettent en état la station de traitement des eaux de surface, en plus de construire des latrines d’urgence.

Portrait de Nyamai, déplacée à la suite des récentes violences à Chuil, dans l’État de Jonglei. Soudan du Sud, 2026. © Isaac Buay/MSF
Portrait de Moses, déplacé originaire de Lankien, assis sous un arbre à Chuil, dans l’État de Jonglei. Il y passe désormais ses nuits après avoir fui les récentes violences et perdu son foyer. Soudan du Sud, 2026. © Isaac Buay/MSF

Des personnes déplacées par la violence, sans protection

« Les organisations humanitaires intensifient leurs activités dans la région de Chuil et à Minkaman, mais l’intervention reste insuffisante et de nombreuses communautés isolées ne reçoivent toujours pas l’assistance essentielle dont elles ont besoin », déclare Zakaria Mwatia, directeur des projets de MSF au Soudan du Sud. « Nous appelons à une intensification urgente et coordonnée des autres agences humanitaires pour atteindre les communautés les plus touchées, en particulier celles qui sont toujours sans assistance. »

« Sans un soutien durable, le risque d’épidémies et de nouveaux déplacements pourrait rapidement dégénérer en catastrophe », prévient Zakaria Mwatia.

D’importantes lacunes subsistent, notamment en matière de nutrition, d’eau, d’assainissement et d’hygiène. Cette situation augmente le risque de choléra et d’autres maladies d’origine hydrique. Les dépistages effectués par MSF à Chuil révèlent des niveaux de malnutrition alarmants. Sur les 1 263 enfants de moins de cinq ans examinés, 54 % étaient dénutris. Parmi les 609 femmes enceintes et allaitantes qui ont été examinées, 21,5 % l’étaient également. L’orientation des cas complexes vers d’autres structures reste également un défi.

Une équipe de MSF transporte une personne gravement blessée dans une couverture jusqu’à un bateau qui la conduira de Yakuach à une clinique de Chuil, dans l’État de Jonglei, où elle recevra des soins supplémentaires. Soudan du Sud, 2026. © Isaac Buay/MSF

Les attaques contre les personnes et les installations de santé se poursuivent

La crise se déroule dans une région où l’accès aux soins de santé était déjà limité. En 2025, l’hôpital d’Ulang, soutenu par MSF, a été pillé et détruit. Le mois dernier encore, l’hôpital de Lankien a été bombardé, ce qui a entraîné la fermeture des deux principaux hôpitaux de la région. 

« Nous constatons une tendance extrêmement inquiétante d’attaques contre les installations de santé et les membres du personnel médical, parallèlement à des violences contre les personnes civiles », explique Tuna Turkmen, coordonnatrice de projet d’urgence pour MSF. « Chuil accueille désormais un grand nombre de personnes qui ont fui les combats, notamment des femmes, des enfants et des personnes âgées. »

« La ville abrite également l’un des rares établissements de santé opérationnels de la région et de nombreux organismes coordonnent leurs activités médicales et humanitaires depuis ce site », précise Tuna Turkmen. « Il est essentiel que les communautés puissent accéder à ces services et que le personnel humanitaire et médical puisse accomplir sa tâche en toute sécurité et sans restriction. »

« Dans les zones marécageuses autour de Lankien, des milliers de gens vivent dans des conditions désastreuses, toujours en attente d’assistance », ajoute Tuna Turkmen. « Des personnes continuent d’arriver chaque jour. Le personnel médical de MSF déplacé qui est sur place fait tout son possible. Cependant, des gens meurent faute de médicaments. MSF a demandé l’accès aux autorités locales, sans succès jusqu’à présent. »

L’accès humanitaire reste limité et sporadique.

Il est primordial d’assurer un accès sûr, durable et continu. MSF appelle les parties au conflit à tout mettre en œuvre pour épargner aux gens les répercussions des hostilités. Les personnes et les infrastructures civiles, y compris les structures de santé, ne doivent jamais être prises pour cible, et les attaquer directement constitue une grave violation du droit humanitaire. Toute nouvelle escalade des combats à Chuil ou dans ses environs aurait des conséquences dévastatrices pour les communautés qui s’y sont réfugiées, perturbant gravement l’assistance médicale et humanitaire essentielle.