Des équipes de MSF se frayent un chemin à travers des sentiers broussailleux jusqu’à un centre communautaire de gestion intégrée des cas à Abyei. Soudan du Sud, 2023. © Isaac Buay/MSF
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Soudan du Sud : opter pour la promotion de la santé après une morsure de serpent

Chaque année, plus d’un milliard de personnes sont touchées par des maladies tropicales négligées (MTN).

« L’incident est arrivé à 20 heures, alors que je rentrais chez moi après être allé au marché », raconte Noon Makor Arop, agent de promotion de la santé et responsable des relations avec le public de Médecins Sans Frontières (MSF) à Abyei, au Soudan du Sud.

« Au début, je n’ai pas réalisé qu’il s’agissait d’un serpent. J’ai rapidement ressenti une douleur et un gonflement à l’endroit de la morsure. Je me suis précipité à l’hôpital où travaillaient mes collègues de MSF. On m’y a administré un antivenin. Je me suis ensuite rétabli et j’ai pu rentrer chez moi. »

Environ 1,5 milliard de personnes, soit près d’un cinquième de la population mondiale, requièrent chaque année un traitement contre des maladies tropicales négligées (MTN), comme les morsures de serpent.

Selon l’Organisation mondiale de la Santé, il existe 21 MTN reconnues. Celles-ci vont des infections parasitaires et bactériennes aux empoisonnements par venin.

Des progrès ont été réalisés pour endiguer certaines MTN. Toutefois, dans certains endroits, la situation s’aggrave en raison des coupes budgétaires, des conflits, de la fragilité des systèmes de santé et de la crise climatique.

Les MTN sont souvent mortelles si elles ne sont pas traitées à temps. Certaines provoquent des douleurs intenses, une défiguration et une stigmatisation. Elles touchent de manière disproportionnée les personnes les plus marginalisées et en situation de déplacement. Confrontées à l’invalidité, à des souffrances permanentes, à l’isolement social et à la pauvreté, ces personnes se retrouvent souvent prises dans un cercle vicieux.

Un grand nombre de ces maladies peuvent être évitées et traitées, mais continuent d’être négligées.

Dans certains pays, les morsures de serpent représentent un fléau majeur de santé publique. Le Soudan du Sud, par exemple, dispose de très peu de recherches écologiques sur les serpents. Le pays enregistre toutefois de nombreux cas de morsures. En raison des changements climatiques, tels que les inondations et les précipitations abondantes, le risque de morsure culmine chaque année entre mai et octobre.

« Les morsures de serpent figurent souvent parmi les dix principales causes d’hospitalisation dans de nombreux hôpitaux du Soudan du Sud », explique Noon Makor Arop. « Cette situation est exacerbée par des conditions environnementales extrêmes et un système de santé fragile. Rien qu’en 2025, MSF a traité 197 personnes pour des morsures de serpent dans seulement deux hôpitaux situés dans deux zones, dont Abyei, où je travaille. »

« Dans certains pays, les morsures de serpent représentent un fléau majeur de santé publique. Le Soudan du Sud, par exemple, dispose de très peu de recherches écologiques sur les serpents. Le pays enregistre toutefois de nombreux cas de morsures. »

Noon Makor Arop, agent de promotion de la santé et responsable des relations avec le public de MSF, a été mordu par un serpent. Soudan du Sud, 2024. © MSF

Conseils de Noon Makor Arop pour éviter et traiter les morsures de serpent :

Pour éviter les morsures de serpent : 

  • utilisez une lampe, la nuit  
  • portez des chaussures fermées, en particulier dans les herbes hautes 
  • si vous voyez un serpent, restez calme et éloignez-vous 

En cas de morsure de serpent : 

  • restez calme et évitez les mouvements rapides afin de ralentir la propagation du venin 
  • retirez les bijoux ou les vêtements serrés avant que la zone ne commence à enfler 
  • immobilisez la partie du corps atteinte à l’aide d’une attelle ou d’une écharpe, en la maintenant au niveau du cœur ou en dessous 
  • amenez la personne le plus rapidement possible dans une structure de santé  
  • n’utilisez pas de garrot, au risque d’entraîner la perte du membre atteint 
  • ne faites pas d’incision, ne sucez pas la morsure et ne mettez pas de la glace sur la plaie 
  • n’essayez pas d’attraper ou de tuer le serpent pour l’identifier 

Améliorer les soins peut faire toute la différence

L’Organisation mondiale de la Santé estime que 5,4 millions de personnes sont mordues par des serpents chaque année. Tous les ans, environ 138 000 personnes en meurent. De plus, près de trois fois plus de personnes touchées se retrouvent avec des handicaps permanents, comme une amputation et des séquelles physiques et psychologiques à long terme.

Le traitement des morsures de serpent peut être pleinement intégré aux services de santé primaire et secondaire, plutôt que d’être géré dans le cadre isolé des programmes de traitement des maladies tropicales négligées (MTN).

Dans les hôpitaux soutenus par MSF à travers le monde, les équipes traitent entre 500 et 1 000 cas de morsures de serpent chaque année, souvent dans des conditions très contraignantes. Le renforcement des services de santé de routine permettrait d’accélérer l’accès aux soins et réduirait la charge qui pèse sur les hôpitaux de référence, déjà surchargés.

Bien qu’il présente le taux de mortalité le plus élevé des 21 MTN, l’empoisonnement par venin de serpent fait l’objet de graves sous-financements et d’une négligence importante. Bien que des solutions efficaces existent, les investissements dans la prévention, le traitement et l’accès à des antivenins sûrs restent nettement insuffisants.

Garantir un accès rapide à des antivenins abordables et de qualité, associé à une formation clinique adéquate et à un suivi médical, permettrait de diminuer considérablement le nombre de décès. Cela réduirait aussi les invalidités permanentes et le recours à des interventions coûteuses, telles que les soins intensifs, les transfusions sanguines, une intervention chirurgicale ou la rééducation à long terme.

Les décès et les invalidités dus aux morsures de serpent peuvent être en grande partie évités. Ce ne sont ni les connaissances ni les outils qui manquent, mais l’engagement politique et un engagement financier pour agir dès maintenant.