Des membres du personnel de MSF circulent dans la cour intérieure de la maternité Isaïe Jeanty, qui a suspendu ses activités à la suite de violents affrontements. Haïti, 2026. © Alexandre Marcou/MSF
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Haïti : l’escalade de la violence contraint MSF à suspendre ses activités à la maternité Isaïe Jeanty

La fermeture de la seule maternité publique de Cité Soleil, à Port-au-Prince, prive les femmes de soins essentiels.

Depuis la nuit du 13 au 14 juin, les violences se sont intensifiées autour de la maternité Isaïe Jeanty, soutenue par Médecins Sans Frontières (MSF) dans Cité Soleil, à Port-au-Prince. Prises entre les feux croisés et face à une situation devenue intenable, nos équipes ont été contraintes de suspendre leurs activités médicales. L’accès aux soins de santé sexuelle et reproductive, déjà extrêmement limité dans la zone, est désormais presque inexistant. Des milliers de personnes, en particulier des femmes, se retrouvent dans l’impossibilité de se faire soigner en toute sécurité.

Depuis cinq jours, de violents affrontements entre plusieurs groupes armés ont lieu dans les quartiers de Bélekou, Fort-Dimanche et Wharf Jérémie. Les tirs se poursuivent également à Chancerelles, où ils atteignent les murs de la maternité Isaïe Jeanty. Cette situation sème la panique dans les communautés de ces quartiers et force de nombreuses personnes à fuir.  

« L’hôpital est criblé de balles, nos équipes sont exténuées, et il est trop difficile pour les ambulances de transférer les personnes vers des structures ayant la capacité de les prendre en charge. »

– Nicholas Tessier, responsable des programmes de MSF en Haïti

Dans la soirée du 15 juin, plus d’une centaine de personnes, majoritairement des femmes et des enfants, ont fui les combats et trouvé refuge dans la maternité. Une femme a été blessée à la jambe par une balle perdue dans l’enceinte de l’hôpital, et a été stabilisée par nos équipes sur place. L’hôpital de MSF de Tabarre a également soigné des gens blessés lors des affrontements.

Le lendemain matin, à la suite d’une nouvelle escalade des violences, les autorités ont dû suspendre les activités de la maternité. De son côté, MSF a été contrainte d’évacuer son personnel et de suspendre ses activités dans la matinée du 19 juin. Nos équipes avaient jusque-là continué d’assurer les urgences, la stabilisation et les transferts de patients et patientes pendant plusieurs jours. 

« Nous avons tenté d’apporter un soutien essentiel minimum aux communautés avec une équipe et des capacités fortement réduites », explique Nicholas Tessier, responsable des programmes de MSF en Haïti. « On a traité plusieurs femmes qui, malgré l’insécurité, ont réussi à venir, dont une qui a accouché de jumeaux. Mais aujourd’hui on ne peut plus continuer, l’hôpital est criblé de balles, nos équipes sont exténuées, et il est trop difficile pour les ambulances de transférer les personnes vers des structures ayant la capacité de les prendre en charge. »

Des impacts de balles marquent les murs de la maternité Isaïe Jeanty, soutenue par MSF dans Cité Soleil, à Port-au-Prince, où toutes les activités ont été suspendues à la suite de violents affrontements. Haïti, 2026. © Alexandre Marcou/MSF

À Cité Soleil, où résident environ 300 000 personnes, l’accès aux soins pour les femmes est presque inexistant. Elles sont souvent contraintes d’accoucher à domicile, dans des conditions précaires, ce qui augmente le risque de complications.

La suspension des activités de la maternité Isaïe Jeanty, causée par cette nouvelle flambée de violence, aggrave une situation déjà critique : les femmes n’ont désormais pratiquement plus aucune possibilité de recevoir des soins.  

En mai dernier MSF, avait été contrainte de suspendre temporairement ses activités dans son hôpital de Cité Soleil, situé à quelques kilomètres de la maternité. Alors que la situation sécuritaire continue de se dégrader, c’est l’ensemble du système de santé dans la zone qui est menacé.

Il est impératif que les groupes armés respectent les personnes civiles et garantissent la protection des structures de santé, afin de permettre aux équipes médicales de soigner celles et ceux qui en ont le plus besoin.