Dépistage rapide en collaboration avec le Centre républicain de lutte contre le sida, dans un laboratoire mobile à Tachkent. Ouzbékistan, 2022 © Umida Akhmedova/MSF
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MSF souhaite acheter un médicament révolutionnaire de prévention du VIH. Pourquoi Gilead refuse-t-elle de le vendre ? 

30 mars 2026. Empêcher les organisations humanitaires d’accéder à une avancée médicale met en danger les personnes vulnérables partout dans le monde. 

 Médecins Sans Frontières (MSF) a adressé une lettre ouverte à la société pharmaceutique américaine Gilead Sciences, appelant cette dernière à vendre immédiatement à MSF le lenacapavir, un médicament contre le VIH qui constitue l’une des avancées les plus importantes en matière de prévention du VIH depuis des décennies. 

Environ 1,3 million de personnes dans le monde contractent le VIH chaque année, ce qui souligne le besoin urgent d’élargir l’accès à des outils de prévention hautement efficaces tels que les médicaments de prophylaxie pré-exposition (PrEP) à action prolongée. MSF, une organisation humanitaire médicale internationale, concentre ses activités de prévention du VIH sur les populations vulnérables clés telles que les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, les personnes transgenres et les travailleurs du sexe, et intervient dans des zones de conflit et d’autres contextes fragiles. L’accès aux médicaments de prévention du VIH et le respect de la prise quotidienne des doses peuvent s’avérer extrêmement difficiles. Les outils de prévention du VIH à action prolongée comme le lénacapavir, qui ne doit être administré que deux fois par an par injection, peuvent ainsi sauver la vie des personnes exposées à un risque élevé d’infection par le VIH. 

Bien que Gilead affirme publiquement pouvoir augmenter la production de lénacapavir pour répondre aux besoins, la société a refusé les demandes de MSF visant à acheter un stock limité destiné à nos programmes. À ce jour, seule une poignée de pays parmi les 18 éligibles au titre de l’accord entre Gilead et le Fonds mondial ont reçu des doses de lénacapavir, alors que des millions de personnes restent exposées à un risque élevé de contamination par le VIH dans le monde entier.   

Gilead a demandé à MSF de se procurer des doses par l’intermédiaire du Fonds mondial, alors même que l’approvisionnement de ce dernier est fixe et insuffisant – il suffit pour traiter jusqu’à 2 millions de personnes sur 3 ans, ce qui est bien en deçà des besoins mondiaux. De plus, certains pays où MSF intervient ne sont pas éligibles pour recevoir des doses par l’intermédiaire du Fonds mondial en raison des restrictions mises en place par Gilead. 

« Empêcher les organisations humanitaires d’accéder à une avancée médicale met en danger les personnes vulnérables », a déclaré le Dr Tom Ellman, directeur de l’Unité médicale d’Afrique australe (SAMU) de MSF. « Gilead doit décider s’il donne la priorité à la protection des personnes ou à la protection de son contrôle et de ses profits. Cela fait sinistrement écho aux politiques que nous avons connues dans les années 1990, lorsque les antirétroviraux étaient fournis aux populations du Nord, tandis que le reste du monde s’en voyait privé et que de nombreuses vies étaient perdues à cause du VIH/sida. » 

MSF a demandé à organiser d’ici le 13 avril une réunion de suivi urgente avec Gilead afin de déterminer si l’entreprise commercialisera directement le lenacapavir, à quel prix il sera vendu et quand les livraisons pourront commencer.