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Nourrir l’espoir malgré la peur

Khassan El-Kafarna
Chirurgien MSF Ukraine

Les gens nous demandent souvent comment entretenir l’espoir dans un monde confronté à tant de violence, de souffrance et de division. À travers notre campagne Nourrir l’espoir, nous partageons les témoignages de personnes inspirantes qui travaillent dans le domaine de la santé. Leur travail quotidien et cet espoir qui leur reste, contre toute attente, constituent en soi la plus vibrante des réponses.  

Khassan El-Kafarna est chirurgien pour Médecins Sans Frontières (MSF), en Ukraine. Il dirige des équipes qui offrent un soutien aux hôpitaux situés près des lignes de front, dans l’est du pays. En Ukraine, ce sont des gens comme lui qui nourrissent l’espoir. 

J’entends le bruit incessant de l’artillerie et des bombardements à l’extérieur des murs de l’hôpital. De temps à autre, ce bruit est ponctué par le sifflement des missiles, ainsi que par les explosions des bombes aériennes larguées sur la ville. Parfois, les explosions sont très proches. La ligne de front n’est pas très loin. 

Dans la salle d’opération, les lumières vacillent, puis s’éteignent au beau milieu d’une intervention chirurgicale. Pendant un instant, la seule source de lumière est le faisceau de ma lampe frontale, que je garde toujours allumée, au cas où ce genre de situation arriverait. D’autres faisceaux clignotent rapidement, tandis que mes collègues sortent leurs propres lampes et leurs téléphones portables. L’intervention se poursuit. Nous avons l’habitude. Je me sens serein, sachant que l’équipe est prête. Quelques minutes plus tard, j’entends le ronronnement du générateur, et les lumières se rallument. 

 C’est ici, dans cette salle de soins intensifs, que les équipes médicales de MSF accueillent les gens qui sont dans un état critique. Ukraine,  2026. © MSF/Yuliia Trofimova

Un peu partout dans le pays, les forces russes attaquent les infrastructures énergétiques. Des millions de personnes se retrouvent alors sans électricité, sans chauffage ni eau courante. Une panne d’électricité frappe l’hôpital et l’ascenseur s’immobilise. Nous refusons de nous laisser arrêter. Les membres de notre équipe gravissent une volée de marche pour transporter une personne jusqu’à la salle d’opération. Puis une autre. Et une autre encore. Nous trouvons toujours un moyen. 

Vous joindrez-vous à notre mouvement? 

Un scooter pétarade en passant à toute vitesse devant moi, dans la rue. Je panique. Le bruit de son moteur ressemble étrangement à celui des drones utilisés par les forces russes. Ces drones visent les visages et les véhicules. Si l’un d’entre eux vous touche, vous êtes mort. Je me sens traqué, comme une proie.

Khassan El-Kafarna, responsable des activités médicales de MSF, examine une personne. Ukraine,  2026. © MSF/Yuliia Trofimova 

Nous sommes à la résidence du personnel de MSF lorsque les bombardements s’intensifient. Les téléphones portables émettent des bips à mesure que les alertes arrivent. Nous nous précipitons vers l’abri et les murs du bâtiment se mettent à trembler. Ce sont des moments qui peuvent faire peur. Mais quand je suis à l’hôpital, je n’ai jamais peur. Je ne pense qu’aux besoins des patientes et des patients. C’est comme entrer dans un autre univers, une autre réalité. 

Un immeuble résidentiel est touché. Plusieurs personnes ont été blessées : dans notre jargon, il s’agit d’un incident avec de nombreuses victimes. La route qui mène à l’hôpital a également été touchée, et il serait trop dangereux de s’y aventurer. Nous ne pourrons pas emprunter cet itinéraire pendant plus d’une semaine, jusqu’à ce que des filets anti-drones soient installés au-dessus de nos têtes. Autrefois utilisés pour la pêche et la culture des tulipes, ces filets surplombent désormais les routes principales dans toutes les villes de l’est de l’Ukraine. 

Une route de la région de Dnipropetrovsk, dans l’est de l’Ukraine, est recouverte d’un filet de sécurité destiné à protéger la route contre les drones des forces russes. Cette route mène à l’hôpital où intervient l’équipe médicale de MSF. Ukraine,  2026. © MSF/Yuliia Trofimova

Plus tard, je reçois des messages de mes collègues du ministère de la Santé. Ils me disent à quel point ils auraient souhaité que l’équipe de MSF soit présente pour aider à soigner l’afflux de gens blessés. C’est difficile pour moi. Même si je sais que nous devons prendre la sécurité au sérieux, nous voulons désespérément être là-bas avec nos collègues. Mais, si nous sommes blessés, nous ne pouvons pas aider à prendre soin des gens. 

Notre travail est essentiel. Souvent, il n’y a qu’une ou un membre du personnel infirmier du ministère de la Santé qui travaille aux urgences jusqu’à l’arrivée de l’équipe de MSF. Notre présence les rassure, elle permet à ces gens de savoir qu’ils ne sont pas seuls. 

J’entre aux urgences et l’odeur du sang, de la chair brûlée et d’énormes quantités d’antiseptique me monte au nez. J’entends des gens chercher leurs proches, le bip des machines, les gémissements qui témoignent de la douleur. Et je vois la peur dans les yeux des gens; généralement ceux des patients et des patientes, mais parfois aussi ceux des membres du personnel médical. Bien qu’ils soient plus habitués au chaos, je peux parfois lire l’horreur et l’angoisse dans le regard de mes collègues. 

J’ose espérer que la guerre prendra fin. Mais au lieu de cela, la ligne de front se déplace, et nous devons quitter un hôpital englouti par les combats. Ce sont les moments les plus tristes. Je suis attachée aux gens, aux membres du personnel. Ce sont devenus des proches. 

Malgré la douleur et la tristesse, nous continuons. Nous savons que le prochain hôpital a besoin de notre soutien. Nous essuyons nos larmes et nous recommençons. Nous recommençons, encore et encore. 

C’est notre acte de résistance. 

Dans un monde qui peut sembler accablant et cruel, je comprends que les gens puissent se sentir impuissants et désespérés. Mais l’espoir réside dans nos choix quotidiens. Dans le choix que nous faisons de nous présenter au travail et de continuer à agir. Dans notre refus d’accepter la souffrance comme inévitable. 

Mes collègues et moi-même sommes profondément touchés par la guerre. Et pourtant, je les vois se mobiliser chaque jour pour prendre soin des gens. Je regarde un infirmier réconforter un enfant, et je vois les épaules de l’enfant se détendre, un sourire illuminer son visage. Mon cœur se gonfle de fierté. Telle est notre raison d’être. 

Pour l’instant, le bruit des bombardements et de l’artillerie est plus lointain. Notre équipe se rassemble autour de la table de la cuisine et l’odeur réconfortante du café et du thé emplit la pièce. Un collègue fait une blague. Une autre évoque un souvenir de l’époque d’avant la guerre. Nous nous autorisons à rire. L’espace d’un instant, nous nous autorisons à croire en quelque chose de meilleur. Nous nourrissons l’espoir. 

Khassan El-Kafarna, médecin responsable des activités médicales chez MSF, et Yevhen Bodnar, anesthésiste aussi chez MSF, discutent dans la chambre qui leur est attribuée au sein de l’hôpital. Pour des raisons de sécurité, il est interdit à l’équipe médicale de quitter les locaux de l’hôpital pendant son service. Ukraine,  2026. © MSF/Yuliia Trofimova 

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