Dans le nouveau service de traitement du paludisme de l’hôpital d’État d’Aweil, un infirmier de MSF examine un enfant, à l’aide d’un stéthoscope, tandis que sa mère le calme. Soudan du Sud, 2024. © Isaac Buay
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Soudan du Sud : la situation critique exige des mesures urgentes pour éviter une crise

Les conflits, les changements climatiques et la diminution du soutien humanitaire pèsent lourdement sur le fragile système de santé du Soudan du Sud.

Mamman Mustapha
Directeur de projet

Dans un contexte de réduction de l’assistance humanitaire, des facteurs dramatiques ont engendré, au Soudan du Sud, les pires conditions que les gens aient connues depuis 2018. Parmi ces facteurs figurent le conflit, la malnutrition et les catastrophes climatiques, comme la sécheresse ou les inondations.

Lorsque le Soudan du Sud est devenu la plus récente nation du monde, en 2011, l’espoir d’un nouveau départ a grandi. Mais à peine deux ans plus tard, le pays a plongé dans une guerre civile violente. Un accord de paix, conclu en 2018, a constitué une fragile occasion de rétablissement, mais l’année dernière, cet espoir a été anéanti.

Il est temps de réviser la stratégie et de renforcer l’engagement des bailleurs de fonds, et non de battre en retraite. Les besoins écrasants augmentent et aucune organisation ne peut à elle seule combler ces lacunes.

L’année 2025 a été marquée par une grave escalade de la violence dans le pays. Les combats se sont propagés d’un État à l’autre. Ils ont engendré le déplacement de plus de 300 000 personnes et la mort d’au moins 2 000 individus. Au cours du premier semestre de 2025, Médecins Sans Frontières (MSF) a soigné plus de 740 personnes dans les États du Jonglei et du Nil Supérieur. Celles-ci souffraient de blessures liées au conflit, notamment des blessures par balle et des brûlures.

Une infirmière rassure une patiente avant une césarienne à l’hôpital du comté de Mundari, la seule structure de soins de santé secondaire à Kajo Keji, dans l’État de l’Equatoria-Central. Soudan du Sud, 2024. © Manon Massiat/MSF

Le financement diminue, mais les besoins augmentent en raison du conflit 

Alors que le conflit s’aggrave, l’assistance internationale offerte dans le pays, en particulier le soutien financier aux services de santé, a atteint le niveau le plus bas depuis l’indépendance du Soudan du Sud. Dans les régions où MSF travaille, les structures de santé fonctionnent à peine ou ont complètement fermé. Le projet de transformation du secteur de la santé, une initiative financée par plusieurs bailleurs, a été lancé en juillet 2024 pour soutenir 1 158 établissements de santé. Avec près de 30 % des structures ciblées ne recevant aucun soutien, ce projet est en perte de vitesse. Celles encore ouvertes se retrouvent dans l’incapacité de fonctionner en raison des ruptures de stock et du manque de personnel. Qui plus est, moins de 2 % du budget national du gouvernement est alloué à la santé, un chiffre bien inférieur à son engagement d’y octroyer 15 %.

Cette situation crée donc les conditions idéales pour une future catastrophe. Les affrontements armés s’ajoutent désormais aux inondations, à une prévalence de malnutrition aiguë, aux épidémies et au quasi-effondrement des services de base. Des millions de personnes font face à une catastrophe d’une ampleur inégalée depuis 2018.

La fermeture des établissements de santé n’est pas seulement liée à un manque de ressources ni à un système d’assistance défaillant. Les affrontements se sont traduits par des attaques directes et aveugles contre des personnes civiles et des structures médicales, des violations flagrantes du droit international humanitaire. L’an dernier, MSF a subi neuf attaques contre ses hôpitaux ou son personnel. Cela a entraîné la fermeture de deux hôpitaux dans l’État du Nil Supérieur, ainsi que la suspension des activités de soins primaires essentielles dans les États du Jonglei, du Nil Supérieur et de l’Équatoria-Central. Rien de tout cela ne doit devenir la « nouvelle réalité ».

Le système de santé actuel est déjà incapable de faire face aux besoins écrasants. Il voit également un nombre inacceptable de décès, principalement des femmes et des enfants, liés à des maladies curables et évitables.

Dans de nombreuses régions en proie au conflit et difficiles d’accès, les organisations médicales humanitaires, comme MSF, sont les seules à offrir des services essentiels. Lorsque des structures médicales sont détruites, les gens se retrouvent sans aucune alternative. La fermeture de deux hôpitaux et la suspension des services ont laissé plus de 400 000 personnes sans accès aux soins de santé essentiels. Dans le comté d’Ulang, quand l’hôpital de MSF a été attaqué et pillé, une centaine de personnes recevaient des soins essentiels. Parmi elles se trouvaient des femmes enceintes, des enfants et des personnes ayant survécu aux violences.

Un membre du personnel de MSF raconte avoir fui le comté d’Ulang et s’être temporairement réfugié dans un centre de santé du comté de Nasir. Il a vu une mère arriver en couches, mais son bébé est décédé. Lorsque la mère a contracté une infection post-partum, le personnel a eu des difficultés à lui prodiguer des soins en raison du manque d’équipements et de médicaments essentiels, notamment d’antibiotiques. De nouveau déplacée par les bombardements aériens, l’équipe de MSF a emmené cette femme à la frontière éthiopienne, l’endroit le plus proche où elle pouvait recevoir un traitement médical.

Le système de santé actuel est déjà incapable de faire face aux besoins écrasants. Il voit également un nombre inacceptable de décès, principalement des femmes et des enfants, liés à des maladies curables et évitables. Quand les gens arrivent dans les structures de santé, celles-ci sont souvent dépourvues de médicaments. En outre, depuis le début de la guerre au Soudan voisin, plus d’un million de personnes rapatriées et réfugiées sont entrées au Soudan du Sud pour y trouver la sécurité. Le système médical et humanitaire déjà fragile subit ainsi une pression supplémentaire.

Dans un camp pour personnes déplacées à Malakal, l’équipe de promotion de la santé de MSF organise une séance d’information auprès des leaders communautaires. L’objectif est de leur donner les moyens de protéger leur communauté des épidémies. Soudan du Sud, 2024. © Paula Casado Aguirregabiria

La lassitude des bailleurs de fonds ne doit pas dicter l’année 2026

Le soutien octroyé au système de santé du Soudan du Sud par des gouvernements et des agences à l’échelle internationale a diminué ces dernières années. En 2022, les coupes majeures dans le programme de financement UK AID Direct du Royaume-Uni ont laissé environ 200 établissements – dont huit grands hôpitaux – sans soutien. Début 2025, les États-Unis, qui finançaient 55 % des programmes humanitaires du Soudan du Sud, ont annoncé la suspension puis la résiliation de nombreux contrats humanitaires.

Les enfants, les familles et les communautés du Soudan du Sud méritent plus que des stratégies et des promesses. La communauté internationale doit agir. Pour cela, l’accès humanitaire, la protection des personnes civiles et le respect des structures médicales doivent être garantis.

Il est temps de réviser la stratégie et de renforcer l’engagement des bailleurs de fonds, et non de battre en retraite. Les besoins écrasants augmentent et aucune organisation ne peut à elle seule combler ces lacunes. La communauté internationale doit renouveler son engagement : nous ne devons pas laisser le financement reculer ni la fatigue des bailleurs de fonds dicter 2026.

Dans le même temps, le système de santé du pays requiert un soutien urgent et concret. Des programmes comme le projet de transformation du secteur de la santé représentent de véritables bouées de sauvetage. Toutefois, ils ne doivent pas vivre uniquement sur le papier. Les médicaments doivent parvenir jusqu’aux personnes qui en ont besoin. Les établissements de santé doivent être dotés de personnel et d’équipements. Et pour répondre aux besoins essentiels, les soins ne doivent pas se limiter aux services de base.

Les enfants, les familles et les communautés du Soudan du Sud méritent plus que des stratégies et des promesses. La communauté internationale doit agir. Pour cela, l’accès humanitaire, la protection des personnes civiles et le respect des structures médicales doivent être garantis. Conformément à son engagement pris lors de la déclaration d’Abuja d’allouer 15 % à la santé, le gouvernement du Soudan du Sud doit également augmenter la part de son budget octroyée à la santé. Si rien n’est fait, une nouvelle crise – qui s’aggrave de jour en jour – se dessine en Afrique de l’Est, alors que cette région est déjà accablée par de multiples situations d’urgence.


Mamman Mustapha a commencé à travailler pour MSF comme infirmier en 2007. Il a participé à des programmes de nutrition et de lutte contre la rougeole dans le nord du Nigéria. Depuis, il a été affecté par l’organisation dans plusieurs pays, dont le Nigéria, le Soudan du Sud, le Yémen, l’Ouganda, l’Afghanistan et la Libye.