Liban : le système de santé mis à rude épreuve après 46 jours de bombardements
Pendant un cessez-le-feu temporaire et fragile, le personnel de santé du sud du Liban se repose et se prépare au cas où les hostilités reprendraient.
Le Liban connaît actuellement un cessez-le-feu fragile et temporaire à la suite du conflit armé qui a eu un impact dévastateur sur son système de santé et le personnel médical. Pendant plus de 46 jours, les bombardements israéliens ont mis en danger le personnel de santé et causé des blessures et la mort de plusieurs personnes, en particulier chez les secouristes et dans les hôpitaux. Malgré tout, les membres du personnel de santé libanais, y compris les équipes de Médecins Sans Frontières (MSF), ont continué à prodiguer des soins essentiels sous une pression énorme.
Pendant l’escalade du conflit, les membres du personnel médical du sud du Liban ont travaillé sans relâche, faisant face à un afflux quasi quotidien de personnes blessées et mortes qui étaient conduites à l’hôpital. Les gens, y compris des enfants, venaient avec des blessures graves, telles que des hémorragies importantes, des amputations traumatiques et des plaies complexes. Le personnel de santé redoutait souvent que parmi les victimes se trouvent des proches ou des camarades.

Se mettre à l’abri pendant le travail
À Nabatiyeh, des milliers de gens ont été déplacés de force à la suite des bombardements massifs menés par les forces israéliennes et des ordres d’évacuation générale. Pourtant, de nombreuses familles ont choisi de rester sur place. Il en est de même pour personnel de santé, qui a assuré le fonctionnement des services essentiels. L’hôpital gouvernemental de Nabatiyeh a accueilli environ 42 familles, composées de membres du personnel médical et de leurs enfants, qui ont trouvé refuge à l’intérieur de l’établissement.
« Les membres du personnel de santé des hôpitaux de Nabatiyeh ont dormi à l’intérieur des établissements pendant 46 jours au total », explique Tania Hachem, responsable du programme médical de MSF. « Plusieurs n’ont pas pu voir leur famille, tandis que d’autres avaient des proches qui restaient aussi à l’hôpital. »
« Nous venions de le voir ce matin-là… Imaginez : vous voyez quelqu’un et tout est parfaitement normal, jusqu’à ce que, soudain, tout bascule. Il était ambulancier. Il est parti et n’est jamais revenu. Il est revenu physiquement, mais sans son âme. »
– Ahmad Zreik, médecin généraliste à l’hôpital gouvernemental de Nabatiyeh
L’équipe médicale proche de l’hôpital Najdeh Chaabiye faisait aussi face à des afflux massifs de personnes blessées, tout en se réfugiant dans l’hôpital. Les déplacements en ville étaient extrêmement dangereux en raison des frappes incessantes des forces israéliennes. Même pour s’approvisionner en fournitures de base, il fallait que les ambulances se rendent dans d’autres villes.
« Une partie de notre plan de préparation aux situations d’urgence prévoyait que tout le monde reste à l’intérieur de l’hôpital, afin d’éviter les allers-retours », précise Mona Abu Zeid, médecin et directrice de l’hôpital Najdeh Chaabiye. Elle est elle-même restée sur place tout au long de l’escalade. « Les médecins dormaient ici et leurs enfants restaient aussi ici. » Les personnes blessées par les frappes israéliennes arrivaient avec des blessures dévastatrices, des hémorragies importantes et des blessures qui allaient changer le cours de leur existence.
« Parfois, des enfants arrivaient à l’hôpital après avoir perdu leurs deux parents », raconte Mona Abu Zeid.

Prodiguer des soins malgré les attaques
Depuis le 2 mars jusqu’au récent cessez-le-feu temporaire, l’Organisation mondiale de la Santé a signalé des attaques quasi quotidiennes contre des structures de santé, soit un total de 147. Ces attaques ont endommagé des hôpitaux, tuant plus de 100 membres du personnel soignant et en blessant 233. Dans certains cas, des équipes qui soignaient des gens blessés ont été touchées lors d’attaques répétées contre les mêmes endroits. Au moins six hôpitaux ont été contraints de fermer, et de nombreux autres ont subi des dégâts.
À l’hôpital gouvernemental de Nabatiyeh, le docteur Ahmad Zreik a reçu le corps sans vie de son collègue ambulancier quelques heures seulement après lui avoir parlé.
« Nous avons passé la matinée dehors ensemble, à discuter », raconte Ahmad Zreik, qui travaille à l’hôpital. « Puis il est parti répondre à une urgence. Il a subi un grave traumatisme et a été tué. Nous venions de le voir ce matin-là; nous venions de passer du temps ensemble. Imaginez : vous voyez quelqu’un et tout est parfaitement normal, jusqu’à ce que, soudain, tout bascule. Il était ambulancier. Il est parti et n’est jamais revenu. Il est revenu physiquement, mais sans son âme. »
Les hôpitaux que MSF soutient à Sour et à Nabatiyeh ont été endommagés à la suite de frappes à proximité. À Sour, des membres du personnel médical de l’hôpital Hiram ont subi des blessures à cause d’éclats de verre. À l’hôpital libano-italien, les bombardements dans les environs ont endommagé du matériel médical, notamment des appareils de dialyse rénale. L’équipe médicale de l’hôpital Jabel Amel a renforcé les fenêtres brisées par la force des explosions voisines.
Le cessez-le-feu temporaire reste fragile. Le personnel de santé des hôpitaux tente de se reposer et se prépare aussi au cas où les hostilités reprendraient. MSF continue de soutenir les établissements médicaux au moyen de dons ainsi que de soins en traumatologie et de soins d’urgence. Elle soutient, entre autres, l’hôpital Jabal Amel, l’hôpital libano-italien, l’hôpital gouvernemental de Nabatiyeh, l’hôpital Najdeh al Shaabiyeh, l’hôpital Rafik Hariri et l’hôpital gouvernemental de Baalbek.