Liban : « Avez-vous vu mon frère? » L’hôpital de Beyrouth accueille un nombre élevé de personnes blessées
Les attaques israéliennes sur le Liban se poursuivent, malgré l’annonce récente d’un cessez-le-feu régional.
Safa Bleik, adjointe à la coordination médicale et infirmière chez Médecins Sans Frontières (MSF), témoigne, alors qu’elle était présente à l’hôpital universitaire Rafik Hariri de Beyrouth.
C’était un moment comme les autres, jusqu’à ce que tout bascule
Récit de Safa Bleik, adjointe à la coordination médicale et infirmière chez MSF
J’étais à l’hôpital universitaire Rafik Hariri lorsque les bombardements ont commencé.
J’étais là avec le médecin urgentiste de MSF pour une visite de routine. C’était un moment comme les autres, jusqu’à ce que tout bascule. Soudain, de la fumée blanche et de la poussière ont envahi les lieux. Pendant quelques minutes, personne ne comprenait ce qui se passait. Puis, les ambulances ont commencé à arriver.
Et elles n’ont pas cessé d’affluer.
Les premiers individus qui sont arrivés présentaient de graves blessures à la tête, avec des fragments de verre, de métal et des débris logés dans leur corps. Plusieurs d’entre eux étaient inconscients et quelques-uns ont succombé peu après leur arrivée. Il n’y avait pas le temps de réfléchir, il fallait seulement agir, réagir, essayer de sauver leur vie.

Il y avait un jeune homme que je n’arrive pas à oublier. Il avait perdu ses jambes et un morceau de débris s’était logé dans son abdomen. Nous avons tout tenté pour le stabiliser, mais en vain. Il est décédé.
En un rien de temps, la salle d’urgence s’est retrouvée submergée par des personnes à la recherche de leurs proches. Des parents blessés appelaient leurs enfants. Des familles arrivaient avec des photos de leurs enfants, de leur famille, demandant si quelqu’un avait vu leurs proches, alors qu’ils étaient peut-être encore sous les décombres, peut-être dans un autre lieu.
J’essayais d’arrêter l’hémorragie d’un homme gravement blessé à la tête et à l’abdomen par des éclats d’obus, lorsqu’un jeune homme s’est approché de moi, téléphone à la main, pour me montrer une photo de son frère. Il me demandait si je l’avais vu. Je n’avais pas de réponse. Pourtant, j’ai cherché avec lui, inspectant les salles et scrutant les visages dans l’espoir de le retrouver. Pendant ce temps, notre médecin urgentiste aidait à soigner les blessures et à stabiliser les gens.
Les heures passaient, mais tout semblait durer une éternité. Les cas se succédaient, la plupart dans un état grave. À un moment, près de quatre heures après le début du bombardement, une vingtaine d’ambulances ont convergé simultanément. Il y avait 50 personnes à l’intérieur, toutes déjà mortes.
Il y avait un jeune homme que je n’arrive pas à oublier. Il avait perdu ses jambes et un morceau de débris s’était logé dans son abdomen. Les cris de son frère résonnent encore dans mes oreilles. Nous avons tout tenté pour le stabiliser, pour contrôler l’hémorragie, pour le suturer. Malheureusement, il n’a pas survécu.

Une attaque directe contre des personnes civiles
La salle d’urgence était débordée. Je me suis retrouvée, épuisée, à courir aux côtés du personnel hospitalier, passant d’une personne à l’autre, d’un couloir à l’autre, essayant de faire face à l’ampleur des besoins avec des ressources limitées.
Malgré tout, de plus en plus de médecins ont commencé à venir. Le syndicat des médecins avait sollicité le soutien de tous les hôpitaux, ce qui a entraîné l’arrivée, en vagues successives, de spécialistes, dont du personnel chirurgical et médical. Tout le monde était prêt à aider. Il régnait un incroyable sentiment de solidarité. Cependant, dans la salle d’urgence, les stocks disponibles ont été rapidement épuisés. Il n’y avait plus de brancards disponibles et trop de personnes arrivaient dans un état critique ou déjà décédées.
J’ai été témoin d’un dévouement extraordinaire à l’hôpital universitaire Rafiq Hariri : des individus qui allaient au-delà de l’épuisement pour prendre soin des autres. Mais le dévouement seul n’est pas suffisant dans le cas d’une catastrophe majeure.
Ce que nous avons vu ce jour-là n’était pas seulement une situation médicale d’urgence. C’était l’impact direct des attaques contre des personnes civiles, des quartiers résidentiels, des familles, des enfants, des gens qui, quelques heures auparavant, menaient une vie normale.
Le personnel hospitalier a fait tout ce qu’il pouvait, ici comme dans tout le Liban, alors que d’autres hôpitaux faisaient face à des afflux similaires. J’ai été témoin d’un dévouement extraordinaire à l’hôpital universitaire Rafiq Hariri : des gens qui allaient au-delà de l’épuisement pour prendre soin des autres. Mais le dévouement seul n’est pas suffisant dans le cas d’une catastrophe majeure.
En tant que MSF, nous soutenons les hôpitaux et nous intervenons là où nous le pouvons. Toutefois, cette journée nous a clairement démontré l’urgence de protéger les personnes civiles.
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Intervention de MSF au Liban
MSF a lancé le 2 mars dernier une intervention d’urgence à l’échelle nationale pour faire face à l’escalade du conflit au Liban. Les équipes de MSF soutiennent les hôpitaux confrontés à une arrivée importante de personnes blessées. Elles ont été présentes dans plusieurs services des urgences pendant cette période pour aider au triage, à la gestion du flux de patientes et de patients et des cas de traumatismes graves.
MSF a également donné du carburant, des trousses en cas de catastrophes et des trousses de pansements, ainsi que d’autres fournitures médicales et non médicales pour permettre aux hôpitaux de faire face à l’augmentation des besoins. Nous coordonnons nos efforts avec d’autres établissements afin d’apporter une assistance similaire en fonction des besoins évalués.
Au-delà de son assistance aux hôpitaux, MSF poursuit son intervention d’urgence grâce à 20 cliniques mobiles réparties dans tout le pays. Par ailleurs, elle renforce la distribution d’articles de première nécessité, ainsi que son soutien en matière d’eau, d’assainissement et d’hébergement.