La clinique de MSF à Ghosta, dans le Mont-Liban, offre des soins de santé primaires, apporte un soutien psychologique et distribue de l’assistance humanitaire aux personnes ayant été déplacées de force, en particulier aux personnes migrantes vulnérabilisées et à d’autres minorités. Liban, 2026. © MSF Since Israeli forces blanket evacuation orders, mainly in southern Lebanon and south Beirut, and intensified bombings, over one million people have been forcibly displaced. Many vulnerable communities, such as migrants, are facing distributions to the continuity of care, lack of access to shelters, and basic needs. MSF teams have expanded their emergency response following the escalation of attacks. Teams are working across Lebanon to reach those most in need.
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Liban : les personnes migrantes comptent parmi les plus vulnérabilisées face à la montée des tensions qui secouent le Liban

Les communautés migrantes qui ont été déplacées se retrouvent piégées entre les conséquences de la guerre et une réponse humanitaire qui les exclut souvent.

Après un mois marqué par des bombardements intensifs et des ordres d’évacuation généralisés de la part des forces israéliennes au Liban, plus d’un million de personnes ont été contraintes de se déplacer. Parmi elles figurent des travailleuses et des travailleurs migrants originaires d’Afrique et d’Asie du Sud-Est, ainsi que d’autres minorités, qui se retrouvent de plus en plus privées d’assistance humanitaire.

Les communautés migrantes déplacées peinent à couvrir les frais médicaux et à naviguer dans des systèmes juridiques complexes. Aujourd’hui, elles se trouvent prises en étau entre les conséquences de la guerre et une réponse humanitaire qui les exclut souvent. Selon l’Organisation internationale pour les migrations, environ 30 % des communautés migrantes qui ont été recensées au Liban (soit environ 48 000 personnes) sont déplacées ou vivent dans des zones à haut risque.

« Nous avons abouti sur la route, à la recherche d’un refuge. Nous avons frappé à des portes qui restaient fermées, demandant une aide qui n’est jamais venue. Nous n’avions nulle part où aller. Aucune sécurité. Juste la route sous nos pieds. »

– Salam, une personne migrante déplacée

Médecins Sans Frontières (MSF) soutient les personnes déplacées au Liban, notamment le personnel migrant et les autres minorités. Notre intervention consiste notamment à soutenir les cuisines communautaires locales qui fournissent des repas aux personnes déplacées et à celles vivant dans des zones à haut risque ou soumises à des ordres d’évacuation générale. Par ailleurs, MSF a distribué plus de 2 000 articles de première nécessité à plus de 100 foyers et refuges pour personnes migrantes, notamment des couvertures, des matelas et des trousses d’hygiène.

Plus d’un million de personnes ont été déplacées au Liban après un mois de bombardements et d’ordres d’évacuation émis par les forces israéliennes. Liban, 2026. © MSF

Le nombre de recommandations médicales a doublé à la clinique Bourj Hammoud

Face à l’augmentation des besoins liée à l’intensification des attaques israéliennes, MSF a étendu ses activités. Ses cliniques mobiles prêtent assistance aux communautés déplacées de force à Beyrouth et dans ses environs. Nos équipes prodiguent également des soins à la clinique de MSF à Bourj Hammoud, une banlieue nord de Beyrouth. Ensemble, la clinique de Bourj Hammoud et les deux cliniques mobiles assurent désormais environ 3 000 consultations par mois.

Depuis début mars, les orientations médicales vers d’autres établissements depuis la clinique de MSF à Bourj Hammoud a doublé; de nombreuses personnes ont besoin de transfusions sanguines, d’une admission en soins intensifs ou d’une intervention chirurgicale. D’autres organisations humanitaires peinent à combler les lacunes en raison du manque de financement. Une situation qui prive un grand nombre de gens de soins essentiels.

« Je vivais à Dahiyeh (banlieue sud de Beyrouth) lorsque les bombardements ont commencé », raconte Salam, une personne migrante déplacée qui reçoit des soins de santé à la clinique mobile de MSF à Ghosta, dans le Mont-Liban. « Nous avons fui cette nuit-là, sans savoir où aller. Nous avons abouti sur la route, à la recherche d’un refuge. Nous avons frappé à des portes qui restaient fermées, demandant une aide qui n’est jamais venue. Nous n’avions nulle part où aller. Aucune sécurité. Juste la route sous nos pieds. »

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Les personnes migrantes sont de plus en plus mises à l’écart

La plupart des travailleuses et des travailleurs migrants au Liban viennent d’Éthiopie, du Bangladesh et du Sri Lanka pour effectuer des tâches domestiques et d’autres travaux manuels. Ces gens ont été systématiquement marginalisés par le système libanais de la kafala (parrainage), qui ne leur accorde que des droits minimaux, notamment en matière de couverture de soins de santé.

Les communautés migrantes au Liban sont déjà confrontées à d’importants obstacles économiques, juridiques et sociaux pour accéder aux services de base. Beaucoup se réfugient désormais dans des logements surpeuplés organisés par des responsables communautaires, ou dorment dans la rue. Certaines personnes auraient été explicitement refoulées, discriminées ou reléguées au second plan dans les centres d’hébergement collectifs officiels au profit de familles libanaises.

Même avant la dernière escalade militaire d’Israël au Liban, l’accès des personnes migrantes aux soins de santé était déjà fortement limité par les barrières linguistiques, la discrimination systématique, le coût des services de santé et leur statut de résidence », explique AbdelHalim Abdallah, coordonnateur de projet de MSF à Beyrouth. « Aujourd’hui, avec près d’un cinquième de la population du pays qui a été déplacée de force, les personnes migrantes sont encore davantage mises à l’écart, ce qui a des conséquences dévastatrices sur leur santé et leur survie. »

Le 29 mars, MSF a traité plus de 300 personnes migrantes dans sa clinique de Bourj Hammoud et dans ses deux cliniques mobiles situées à Beyrouth et à Saïda. À Saïda seulement, plus de 170 personnes originaires d’Éthiopie et du Bangladesh ont sollicité les services de santé de MSF. La plupart d’entre elles étaient soit déplacées, soit privées de soins depuis des mois. Ce jour-là, l’équipe a dû transférer deux bébés aux urgences. Les gens ne cessaient pas d’arriver.

Un bureau d’inscription et de triage dans une clinique mobile de MSF. © Liban, 2026. © Maryam Srour/MSF

Alors que les familles se retrouvent sans abri et déplacées, leurs besoins en matière de santé sont également exacerbés par les interruptions des soins, le coût élevé des médicaments et le manque d’accès aux soins en raison d’un statut de résidence irrégulier. Bien que l’accès aux soins ait été fortement limité pour les communautés migrantes par le passé, la situation est devenue encore plus difficile à mesure que les besoins ont considérablement augmenté dans tout le pays.

Environ un quart des consultations médicales que les équipes de MSF offrent aux communautés migrantes concernent des maladies chroniques. Beaucoup de personnes ont été privées de leurs médicaments du fait de leur déplacement forcé ou d’autres obstacles à l’accès aux soins de santé. Les équipes de MSF constatent également des lacunes importantes dans l’accès aux soins de santé des femmes et aux services de santé mentale, même là où d’autres organismes assurent des soins de santé primaires.

Des équipes des cliniques mobiles de MSF parlent à des gens à Ghosta, dans le Mont-Liban. Là, les cliniques mobiles de MSF fournissent des soins de santé primaires, un soutien psychologique et distribuent de l’assistance humanitaire aux personnes déplacées de force au Liban, notamment aux plus vulnérabilisées d’entre elles, telles que les personnes migrantes et minoritaires. Liban, 2026. © MSF

L’action de MSF auprès des personnes migrantes au Liban

Depuis 2019, MSF prodigue des soins spécialisés aux communautés migrantes grâce au soutien de bénévoles communautaires en santé qui parlent l’amharique, le bengali, le cingalais, le français, l’anglais et l’arabe. Ces bénévoles permettent aux personnes migrantes de communiquer avec nos spécialistes de la santé.

Depuis 2024, la clinique de MSF à Bourj Hammoud, dans la banlieue nord de Beyrouth, offre des soins de santé primaires, un soutien en santé mentale, des soins de santé sexuelle et reproductive, des services sociaux ainsi que des programmes de promotion de la santé.

Afin de renforcer notre intervention face à l’aggravation actuelle de la situation, la clinique est désormais ouverte six jours par semaine et dispose de deux unités médicales mobiles qui répondent aux besoins du personnel migrant à travers le pays ainsi qu’à ceux des familles libanaises déplacées dans plus de 20 localités des districts voisins du Mont-Liban.