Au cours de l’escalade qui a duré 46 jours, les frappes israéliennes ont touché des zones résidentielles, des installations de santé et des ambulances. Liban, 2026. © MSF
PARTAGEZ

Liban : dans le sud du pays, « tout le monde a le cœur brisé »

Les quarante-six jours d’attaques menées par les forces israéliennes pèsent lourdement sur le moral et la santé physique des gens du sud.

Alors que les personnes déplacées rentrent chez elles, la circulation vers le sud du Liban est au ralenti. Beaucoup se dirigent vers la ville côtière de Sour, également connue sous le nom de Tyr, un site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, réputé pour ses paysages et son importance historique. Après 46 jours d’attaques menées par les forces israéliennes, le paysage de Sour est défiguré par les décombres des bâtiments effondrés et les cratères de plusieurs mètres de profondeur laissés par l’impact des bombes. Des voitures sont abandonnées, criblées d’éclats d’obus.

Alors que la plupart des gens ont fui pendant l’escalade, certains sont restés sur place par choix ou faute d’options. Les frappes aériennes israéliennes ayant détruit les principaux ponts reliant le sud au reste du pays, les personnes se sont retrouvées piégées et coupées du monde sous le feu nourri des bombes. Le personnel humanitaire a dû se retirer, les équipes médicales faisant face à des attaques quasi quotidiennes, et les gens ont été contraints de demeurer chez eux à cause des bombardements incessants. Si le cessez-le-feu a apporté un certain soulagement, il reste fragile sous le bourdonnement des drones israéliens qui survolent la région.

Les équipes de Médecins Sans Frontières (MSF) répondent aux besoins des communautés dans le sud et à travers le Liban. Nous fournissons des soins de santé dans des cliniques mobiles et apportons notre soutien aux hôpitaux. Pendant l’escalade, nous avons assuré plus de 21 000 consultations médicales et distribué des articles de première nécessité, dont plus de 32 000 couvertures et 25 000 trousses d’hygiène, pour soutenir les personnes déplacées et touchées par les violences.

Deux pelles mécaniques déblaient les décombres d’un quartier résidentiel dévasté lors des récentes frappes. Liban, 2026. © MSF

Des personnes isolées, bombardées et privées de soins médicaux

Certaines personnes sont restées dans le sud parce qu’elles n’avaient pas d’autre choix, que ce soit pour des raisons financières, l’absence de refuge, par crainte de perdre leur logement ou en raison du sentiment d’humiliation lié au déplacement forcé.

De nombreuses familles à Sour et dans ses environs avaient déjà été déplacées avant le début de la dernière escalade. Certaines venaient de villes situées près de la frontière sud, où les forces israéliennes ont fait irruption dans leurs foyers.

« Certaines personnes ont cessé de prendre leurs médicaments parce qu’ils n’étaient pas disponibles. Elles voulaient également donner la priorité à la nourriture et à l’eau. Par ailleurs, elles ne se sentent pas en sécurité pour les jours à venir. »

– Aida Hassounch, médecin de MSF

« Nous sommes restés ici et ne sommes pas partis, Dieu merci », raconte Hamad Darweesh, secrétaire de la communauté palestinienne de Jal El-Bahr à Sour, où sa famille vit depuis la Nakba, l’exode des communautés palestiniennes en 1948. « Pendant 46 jours, nous sommes restés piégés, privés du strict nécessaire pour survivre. Nous n’avions aucun accès aux soins médicaux ni à quoi que ce soit d’autre. »

Vue du bord de mer à Sour, à travers une fenêtre brisée lors des récents bombardements. Liban, 2026. © MSF

Des gens coupés des soins de santé

Au cours de ces 46 jours, les frappes israéliennes ont touché des zones résidentielles, des installations de santé et des ambulances, avec ou sans avertissement préalable. L’accès aux soins de santé s’est considérablement restreint, les installations du sud ayant dû fermer leurs portes et la plupart des organisations internationales ayant quitté la région en raison de l’insécurité.

« Certaines personnes ont cessé de prendre leurs médicaments parce qu’ils n’étaient pas disponibles », explique Aida Hassounch, médecin de MSF. « Elles voulaient également donner la priorité à la nourriture et à l’eau. Par ailleurs, elles ne se sentent pas en sécurité pour les jours à venir. »

De nombreuses personnes se sont confinées chez elles, craignant que tout déplacement à l’extérieur ne mette leur vie en danger. D’autres ont séparé les membres de leur famille pour limiter les risques.

Une membre du personnel des cliniques mobiles de MSF s’entretient avec un patient lors d’une série de consultations à Sour et dans les environs, où les communautés sont confrontées à une aggravation des maladies chroniques et à des besoins croissants en santé mentale en raison de l’interruption des soins de santé. Liban, 2026. © MSF

Des communautés déplacées à la suite de l’invasion terrestre des forces israéliennes

Outre les frappes aériennes intensives menées au Liban, les forces israéliennes ont lancé une invasion terrestre dans le sud du pays. Elles ont imposé une « ligne jaune », ou zone interdite, et occupé une partie du territoire libanais. Cette situation a empêché les communautés de quelque 55 villages de regagner leurs foyers. De plus, des milliers de personnes ont été déplacées de force à la suite de la destruction et de la démolition de villages entiers.

« Pourquoi nos villages et nos maisons sont-ils détruits? Pourquoi y a-t-il une ligne jaune, rouge et bleu? […] Ce n’est pas normal de vivre comme ça. »

– Salha Srour, une personne soutenue par MSF

« Tout le monde a le cœur brisé et est attristé par l’état de son village, et nous aussi », déclare Salha Srour, une personne soutenue par MSF. Originaire de la ville frontalière d’Ayta ash-Shaab, elle a été déplacée à plusieurs reprises.

« Nous entendons le bruit des explosions », dit-elle. « Pourquoi nos villages et nos maisons sont-ils détruits? Pourquoi y a-t-il une ligne jaune, rouge et bleu? Avant, nous mangions ce qui poussait autour de nos maisons : de la laitue, de la menthe et du persil, tout ce que nous plantions près de chez nous. Ce n’est pas normal de vivre comme ça. »

L’équipe médicale de MSF travaille aux côtés du personnel du ministère de la Santé publique à l’hôpital Jabal Amel de Sour. Tout au long de ces 46 jours d’escalade de la violence, le personnel de la santé dans le sud du pays a répondu à l’afflux massif de personnes blessées quasi quotidiennement. Liban, 2026. © MSF
L’équipe médicale de MSF travaille aux côtés du personnel du ministère de la Santé publique à l’hôpital Jabal Amel de Sour. Tout au long de ces 46 jours d’escalade de la violence, le personnel de la santé dans le sud du pays a répondu à l’afflux massif de personnes blessées quasi quotidiennement. Liban, 2026. © MSF

Les équipes médicales locales ont continué à travailler tout au long de la guerre, sous une pression immense. Parmi elles, on compte plus de 500 collègues libanais de MSF.

Les équipes de MSF dans le sud du Liban, notamment à Sour et à Nabatieh, fournissent des soins de santé primaires, un soutien en santé mentale ainsi que des soins de santé sexuelle et reproductive. Elles assurent également le transfert des personnes vers des soins de santé secondaires, tout en apportant leur soutien aux hôpitaux en traumatologie et soins d’urgence.

MSF continue d’appeler à une intensification de l’assistance humanitaire de toute urgence, et à un accès sans entrave à cette assistance pour les personnes qui en ont le plus besoin à travers tout le pays.