Un membre de l’équipe responsable de l’eau et de l’assainissement de MSF prélève l’eau de la rivière Shebelle en vue de la faire analyser, dans le district de Kelafo, en région Somali. Éthiopie, 2026. © Roza Bekele/MSF
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Somalie et Éthiopie : la sécheresse et les déplacements poussent des millions de personnes au bord du gouffre

MSF soutient les systèmes de santé débordés en raison de la sécheresse qui touche la Somalie et la région Somali d’Éthiopie.

En novembre 2025, le gouvernement somalien a déclaré l’état d’urgence national en raison de la sécheresse. Selon le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC), plus de 6,5 millions de personnes, soit environ une sur quatre, sont désormais confrontées à de très hauts niveaux d’insécurité alimentaire aiguë. Plus de deux millions de personnes se trouvent en phase 4 de l’IPC, confrontées à d’importants déficits de consommation alimentaire et à un risque élevé de malnutrition aiguë et de décès. On estime que plus de 1,84 million d’enfants de moins de cinq ans souffriront de malnutrition aiguë à travers le pays en 2026.

« Nous avons été déplacés à cause de la sécheresse », explique Regay Ali, qui a dû quitter son domicile à Weelbelil, dans l’État du Sud-Ouest, en Somalie. Elle a emprunté de l’argent à son voisinage pour rejoindre un camp de personnes déplacées dans la ville de Baidoa, à environ 160 kilomètres de son village. « Nous avons de l’eau, mais ce n’est pas suffisant : deux bidons par jour pour nous laver, nettoyer, cuisiner et boire. Même cinq ne suffiraient pas. La faim pèse lourdement sur nous. Nous avons été déplacés à cause de la famine, et là où nous sommes maintenant, nous n’avons toujours pas assez. »

Des membres du personnel de MSF évaluent la façon de soutenir les services d’eau et d’assainissement dans le camp de personnes déplacées de Towsakaar, à Baidoa, en réponse à la sécheresse actuelle. Somalie, 2026. © Yahya Mohammed/MSF

Environ 3,3 millions de personnes comme Regay sont déplacées à l’intérieur de la Somalie en raison de la sécheresse et des conflits. Selon l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, plus de 50 000 personnes ont fui vers l’Éthiopie à la recherche d’eau et d’assistance. Les camps de personnes déplacées aux alentours de Baidoa et de Galkayo se remplissent rapidement tandis que le prix de l’eau a explosé, au-delà des moyens de la plupart des familles.

Le risque de maladies d’origine hydrique augmente également en raison du nombre élevé de personnes utilisant les mêmes sources d’eau, limitées et parfois insalubres. Selon le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), environ 170 forages et puits peu profonds étaient hors service en décembre 2025 au Puntland, où se trouve Galkayo. Cette situation limite considérablement l’accès à l’eau potable pour des communautés déjà soumises à une pression extrême.

Dans l’installation de Médecins Sans Frontières (MSF) à Baidoa, nous enregistrons déjà un nombre alarmant d’enfants souffrant de malnutrition sévère. L’hôpital est débordé et les équipes y traitent des gens au-delà de sa capacité. Cette forte augmentation dès le début de la saison sèche laisse présager une aggravation de la situation dans les mois à venir.

Des membres du personnel de MSF livrent des aliments thérapeutiques prêts à l’emploi au centre de santé d’Afdub, dans le district de Kelafo, en région Somali. Éthiopie, 2026. © Roza Bekele/MSF

Crise de sécheresse dans la région Somali d’Éthiopie

Les conséquences de l’absence de précipitations dépassent les frontières de la Somalie. Selon le rapport d’évaluation des besoins saisonniers de pluies dans la région Somali d’Éthiopie de 2025, cette zone connaît la même situation, des déficits pluviométriques similaires ayant gravement affecté les communautés pastorales et agropastorales. Dans le sud, en particulier dans les zones frontalières arides d’Afder et de Shebelle, les précipitations insuffisantes répétées ont entraîné des pertes de bétail, de graves pénuries d’eau et une insécurité alimentaire croissante. Les communautés pastorales ont perdu leurs moyens de subsistance et la concurrence pour les rares ressources en eau s’est accrue.

« La plupart des gens de cette communauté élevaient du bétail : c’est ainsi que nous survivions », explique Isaq Ibrahim Mohamed, un habitant du district de Barey dans la zone d’Afder. « Lorsque la pluie a cessé, nous avons perdu notre bétail et les gens sont partis là où ils pouvaient trouver de l’eau pour survivre. Nos conditions de vie sont si dures, car nous n’avons pas de quoi vivre. Les gens marchent une heure ou plus juste pour aller chercher de l’eau dans les rivières, et nous la partageons avec les animaux. Nous constatons des cas de diarrhée et de malnutrition. »

Abdillahi Hassan, coordonnateur de projet adjoint de MSF à Galkayo, supervise les opérations de distribution d’eau par camion soutenues par MSF à Caragaduudshe, dans la région de Mudug. Somalie, 2026. © Mohamed Said Barkhadle/MSF

Un système de santé local débordé

Dans les zones d’Afder et de Shebelle, une évaluation a été menée par le Bureau de la santé de la région Somali d’Éthiopie en collaboration avec MSF. Nos équipes ont identifié des lacunes urgentes dans les services d’eau et de nutrition, les capacités sanitaires locales étant débordées. Cette situation est aggravée par le retrait progressif d’organisations médicales et humanitaires en raison des réductions du financement. En outre, la hausse des prix du carburant liée à l’escalade du conflit au Moyen-Orient et les restrictions dans l’approvisionnement entravent encore davantage la capacité d’intervention.

« Dans les zones que nous avons évaluées avec le bureau régional de la santé, nous avons constaté un nombre élevé d’admissions pour malnutrition dans les structures existantes », explique Abdullahi Mohammad Abdi, responsable adjoint de l’équipe médicale de MSF en Éthiopie. « Ce que nous observons sur le terrain, c’est une réduction des services auxquels les patients et les patientes avaient auparavant accès, les partenaires réduisant leurs activités en raison des coupes budgétaires et des réductions des financements internationaux. Cela a créé une lourde charge pour le système existant. Les programmes d’eau et d’assainissement sont les plus touchés. »

Dans le district de Barey, MSF collabore avec les autorités sanitaires locales dans le cadre d’activités liées à la nutrition, l’eau et l’assainissement. MSF prévoit également d’étendre son soutien à la zone de Shebelle.

En Somalie, MSF intervient face à la crise provoquée par la sécheresse depuis décembre 2025. À Baidoa, plus de 30 millions de litres d’eau potable ont été distribués à plus de 21 000 personnes déplacées réparties dans 17 sites d’accueil. À Mudug, MSF fournit trois millions de litres d’eau potable ainsi qu’un soutien en matière d’assainissement et d’hygiène à près de 11 000 personnes près de Galkayo, notamment par la réhabilitation de forages et la distribution de trousses d’hygiène.

Un habitant de la localité d’Afdub porte un jerrycan, marchant au milieu du bétail. Éthiopie, 2026. © Roza Bekele/MSF

Conséquences des réductions du financement mondial

Alors que les besoins ne cessent d’augmenter, le soutien international s’est effondré. Selon l’OCHA, le Plan d’intervention humanitaire 2026 pour la Somalie n’est financé qu’à hauteur de 10,9 %. Le Programme alimentaire mondial a réduit son soutien alimentaire d’urgence, passant de plus de deux millions de personnes à un peu plus de 600 000. À l’heure actuelle, seule une personne sur sept ayant besoin d’une assistance alimentaire en Somalie en bénéficie. Plus de 300 000 personnes ont perdu l’accès à l’eau potable en conséquence directe de ce sous-financement, et plus de 70 établissements de santé au Puntland ont fermé leurs portes.

« Ce à quoi nous assistons dans les camps de personnes déplacées, c’est une ampleur des besoins qui dépasse ce qu’une seule organisation peut prendre en charge à elle seule », déclare Mohammed Omar, responsable des programmes de MSF en Somalie. « Des personnes arrivent chaque jour, et les ressources ne suivent pas le rythme. Nous appelons la communauté internationale et les gouvernements à renforcer d’urgence leur soutien, par un financement durable et flexible, avant que d’autres vies ne soient perdues pour des causes qui auraient pu être entièrement évitées. »

MSF appelle les institutions à rétablir et à augmenter immédiatement le financement de l’assistance humanitaire en Somalie et dans la région Somali d’Éthiopie, où l’échec de quatre saisons des pluies consécutives a poussé des millions de personnes au bord de la survie. Le retrait de l’assistance à ce stade n’est pas inévitable. C’est un choix, et il coûte des vies.