Portraits de Nisrine, Halime et Warde* (de gauche à droite), des femmes déplacées de la région de Nabatiyeh. Liban, 2026. © Aya Debs
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Liban : souvenirs de personnes déplacées et espoir d’un retour chez soi

Des villages dévastés aux refuges surpeuplés, des familles témoignent des conséquences de la guerre dans le sud du Liban.

« J’y étais tellement heureuse », raconte Warde*, se remémorant sa maison à Deir el-Zahrani, dans le gouvernorat de Nabatiyeh, au sud du Liban. « [C’était] une petite maison chaleureuse : deux pièces, une cuisine et une salle de bain. Une petite pente, au pied de laquelle se trouvait un grand margousier. En montant un peu, on tombait sur un néflier aux gros fruits délicieux. » 

Le 2 mars, la guerre menée par Israël s’est étendue au Liban. Malgré les bombardements et les frappes aériennes incessantes, Warde est alors restée chez elle avec son mari, son fils et ses trois filles. Mais lorsque des missiles israéliens ont frappé juste derrière leur maison, la famille s’est réfugiée à Jiyeh. Là-bas, tout comme à Beyrouth, Médecins Sans Frontières (MSF) offre des services médicaux à travers des cliniques mobiles. 

Warde* (nom modifié) et sa famille ont dû quitter Deir el-Zahrani, dans la province de Nabatiyeh, pour se réfugier à Jiyeh, au Mont-Liban. Sa maison et son jardin lui manquent cruellement. © Salam Kabboul/MSF

Guerre, déplacement et souffrances cumulées 

La guerre menée par Israël au Liban a provoqué le déplacement de plus d’un million de personnes. Au 22 juillet, plus de 375 000 d’entre elles ne pouvaient toujours pas rentrer chez elles ou n’avaient plus de domiciles, selon l’Organisation internationale pour les migrations. 

Mais les conséquences vont bien au-delà de la perte d’un foyer. Walaa* était enceinte lorsqu’elle a dû quitter sa maison de Mayfadoun, dans le Nabatiyeh, avec ses enfants et son mari, Mohamad Ali*. Les violences intenses qu’ils ont vécues ont provoqué chez elle une fausse couche. « Peu importe la force de sa foi, on ne peut rien contre la peur », dit-elle. 

« Ici, tout est difficile pour moi. J’ai accumulé tellement de stress que je ne peux plus me tenir debout ni marcher. »

– Halime, une femme déplacée de la région de Nabatiyeh, au sud du Liban

Halime est également très éprouvée par le déplacement. Avec son mari et sa fille, elle a fui Qaaqaaiyet El Jisr, dans la région de Nabatiyeh, pour se réfugier à Beyrouth. « Ici, tout est difficile pour moi », confie-t-elle. « J’ai accumulé tellement de stress que je ne peux plus me tenir debout ni marcher. J’ai de l’inflammation partout dans le corps. » 

Halime, originaire de Qaaqaaiyet El Jisr, dans la région de Nabatiyeh, s’est réfugiée avec son mari et sa fille à Beyrouth. Elle rêve de retrouver sa maison et son jardin. © Salam Kabboul/MSF

Fardeau supplémentaire pour les enfants 

En raison des attaques incessantes, les gens ont souvent dû fuir leur domicile à plusieurs reprises. Cette situation a aggravé les difficultés auxquelles les personnes déplacées sont déjà confrontées : logements inadéquats, eau et installations sanitaires insuffisantes, moyens de subsistance perturbés, difficultés financières et accès aux soins de santé compromis. 

« Tous les enfants souffrent aujourd’hui de détresse émotionnelle et de dépression. »

– Warde*, une femme déplacée de la région de Nabatiyeh, au sud du Liban 

Pour les enfants, le déracinement ajoute une pression supplémentaire. « Aucun enfant n’est en paix », affirme Warde*. « Tous les enfants souffrent aujourd’hui de détresse émotionnelle et de dépression. Ils sortent un peu jouer, mais le vrai défi demeure leurs études. » Les enfants ne se sentent pas chez eux dans les refuges et souffrent de la promiscuité et du manque d’intimité.

Nisrine, originaire de Seddiqine, un village du Sour (Tyr), a été déplacée avec son mari à Beyrouth. Elle garde vivant le souvenir de son foyer par la cuisine et les traditions qu’elle a emportées avec elle lors de son exil. © Salam Kabboul/MSF

Souvenirs et espoir de retourner chez soi

Nisrine et son mari ont fui leur domicile de Seddiqine, un village du district de Sour (Tyr). Ils y sont retournés dès l’annonce du cessez-le-feu. Mais en raison de la recrudescence des menaces militaires israéliennes contre leur village, ils ont été contraints de repartir. 

« De chez moi, tout me manque. Tout, tout, tout », confie-t-elle. Retournée dans son village au début du mois de juillet, elle ne peut toujours pas rentrer chez elle. « Je suis allée à la maison et j’ai constaté les dégâts. » 

Said s’est réfugié à Beyrouth avec sa femme Sana. Ils ont perdu leur maison à Hariss, dans la région de Nabatiyeh. « Puissions-nous avoir le temps de la reconstruire. […] Tout ce que je veux, c’est m’asseoir sur le sol et toucher la terre. Ils nous ont privés de tant de choses qui nous étaient chères. Ma maison, c’est un peu comme ma propre peau. » 

« S’il y a bien une chose que nous retiendrons de notre exil, ce sont les gens formidables que nous avons rencontrés, qui nous ont aidés et accueillis. »

– Mohamad Ali*, un homme déplacé de la région de Nabatiyeh, au sud du Liban 

Malgré l’épreuve du déplacement, *Mohamad Ali garde en mémoire de précieux souvenirs. « S’il y a bien une chose que nous retiendrons de notre exil, ce sont les gens formidables que nous avons rencontrés, qui nous ont aidés et accueillis. Ils nous ont fait sentir que nous n’étions pas des étrangers. » 

* Les noms ont été changés pour protéger l’identité.