Une infirmière de MSF vérifie l’état de santé de la fille d’Iqra, hospitalisée pour malnutrition dans le service dédié de l’hôpital régional de Mudug. Somalie, 2026. © Mohamed Abdirahman/MSF
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Somalie : l’effondrement des soins de santé primaires met en danger la vie de milliers d’enfants

MSF demande le rétablissement des traitements pour la malnutrition et des services de santé dans la région de Mudug.

Dans toute la région de Mudug, au centre de la Somalie, les services de santé et de nutrition ferment leurs portes. En raison de cette réduction de l’offre de soins, de plus en plus d’enfants arrivent à l’hôpital dans un état critique.

Médecins Sans Frontières (MSF) appelle les bailleurs de fonds, les agences des Nations Unies et les autorités sanitaires à rétablir et à étendre les traitements nutritionnels au niveau des soins de santé primaires dans toute la région.

Le service de traitement de la malnutrition submergé

Le service d’hospitalisation pour malnutrition soutenu par MSF à l’hôpital régional de Mudug, à Galkayo, compte 28 lits. Depuis début avril 2026, il fonctionne au maximum de sa capacité. Face à l’ampleur des besoins, nos équipes ont continué d’admettre des enfants alors même que le service était complet. À son pic, à la fin mai, le nombre d’enfants admis dans ce service dépassait presque du double sa capacité.

Entre janvier et juillet, MSF a traité en hospitalisation 1 389 enfants pour malnutrition aiguë avec complications, dont 809 atteints de forme sévère. Entre mai et juillet, 1 322 enfants ont été admis en consultation externe pour le traitement de la malnutrition, contre 788 au cours de la même en 2025, soit une augmentation de près de 60 %.

Des membres de l’équipe médicale de MSF visitent les personnes hospitalisées dans le service de malnutrition de l’hôpital régional de Mudug, à Galkayo, qui fonctionne au-delà de sa capacité depuis le mois d’avril. Somalie, 2026. © Mohamed Abdirahman/MSF

« S’ils arrivent en retard, ce n’est pas parce que leurs familles ont attendu, mais parce qu’il n’y avait plus rien d’autre à proximité de chez eux. Un service d’hospitalisation est le dernier maillon de la chaîne. Il ne peut pas remplacer les autres, et il est déjà saturé. »

– Emmanuel Omale, coordonnateur de projet de MSF en Somalie

Les proches de la plupart de ces enfants avaient déjà cherché des soins ailleurs. Sur les 11 enfants nouvellement admis en une semaine en juin, 10 s’étaient déjà rendus dans une structure de santé plus proche de chez eux. Leurs proches les ont amenés à l’hôpital soutenu par MSF faute de médicaments ou de lait thérapeutique, ou parce que l’état de leur enfant ne s’améliorait pas.

Sabrin Ahmed a fait 12 heures de route depuis Abudwak, situé à environ 270 kilomètres de Galkayo, pour faire soigner son enfant de 11 mois. Un médecin d’un hôpital local lui avait dit qu’il ne pouvait pas le soigner, et le lait thérapeutique nécessaire au traitement était en rupture dans la ville.

« Lorsque ces enfants arrivent chez nous, ils ne sont pas seulement malnutris. Ils souffrent aussi de pneumonie, de rougeole ou de diphtérie, des maladies beaucoup plus difficiles à traiter et qui augmentent le risque de décès », explique Emmanuel Omale, coordonnateur de projet de MSF en Somalie. « S’ils arrivent en retard, ce n’est pas parce que leurs familles ont attendu, mais parce qu’il n’y avait plus rien d’autre à proximité de chez eux. Un service d’hospitalisation est le dernier maillon de la chaîne. Il ne peut pas remplacer les autres, et il est déjà saturé. »

Deux membres du personnel infirmier de MSF pèsent un enfant, sous le regard de sa mère, lors de son admission dans le service de malnutrition de l’hôpital régional de Mudug. Somalie, 2026. © Mohamed Abdirahman/MSF

L’impact des réductions de financement sur le traitement des enfants malnutris

En 2026, le plan de réponse humanitaire pour la Somalie a été ramené à 1,18 milliard de dollars. Selon le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires, moins d’un tiers de ce montant avait été financé en juillet. Par ailleurs, le Programme alimentaire mondial a réduit son assistance alimentaire d’urgence, passant de plus de deux millions de personnes soutenues à maintenant à peine plus de 600 000. Dans l’État du Puntland, qui couvre la partie nord de la région de Mudug, plus de 70 structures de santé ont fermé leurs portes.

Des facteurs environnementaux sont aussi en cause. Tout au long de l’année 2026, les précipitations ont été nettement inférieures à la moyenne dans toute la région. Les familles vivant de l’élevage se sont donc déplacées à la recherche d’eau et de pâturages. Elles se sont ainsi éloignées des installations qui fonctionnent encore.

MSF appelle les bailleurs de fonds, les agences des Nations Unies et les autorités sanitaires à rétablir et à étendre les traitements nutritionnels au niveau des soins de santé primaires dans toute la région de Mudug. Cela implique le fonctionnement optimal des services hospitaliers et ambulatoires pour la malnutrition aiguë à proximité du lieu de vie des familles. Cela implique également un approvisionnement continu en aliments thérapeutiques prêts à l’emploi et en médicaments essentiels.

MSF continuera d’admettre et de soigner chaque enfant souffrant de malnutrition aiguë à l’hôpital régional de Mudug et poursuivra ses efforts pour augmenter sa capacité d’accueil. Cependant, un service d’urgences ne saurait se substituer à un système de santé. L’état grave des enfants qui arrivent actuellement témoigne des immenses lacunes en matière d’accès aux soins.

Le traitement précoce des enfants atteints de malnutrition aiguë, dans leur propre région, peut éviter une aggravation de leur état et une hospitalisation.