Soudan du Sud : les communautés d’Akobo reviennent dans une ville privée de services
MSF offre des soins essentiels, mais après des mois de combats, les besoins restent immenses.
Médecins Sans Frontières (MSF) poursuit ses activités médicales d’urgence à Akobo, dans l’est de l’État de Jonglei, au Soudan du Sud, après plusieurs mois de combats survenus en début d’année.
Le 6 mars, les Forces de défense populaires du Soudan du Sud ont lancé une offensive sur Akobo. La quasi-totalité des gens y résidant ont fui vers l’Éthiopie, où ils n’ont reçu aucune assistance humanitaire. À la mi-avril, à la suite de nouveaux affrontements, des groupes armés de l’opposition ont repris le contrôle de la ville.
Plus de 100 000 personnes sont désormais de retour, dans une ville maintenant dépouillée de tout, et où le système de santé entièrement s’est effondré. Les 15 structures de santé des environs ont toutes été pillées et abandonnées, et les équipements de la chaîne du froid ont été détruits, ce qui a entraîné l’arrêt des services de vaccination.

« La réponse humanitaire à Akobo reste bien en dessous des besoins, malgré des appels à l’action répétés et des engagements pris au plus haut niveau », explique Jacob Granger, coordonnateur de projet de MSF à Akobo. « Les bailleurs de fonds et les agences humanitaires doivent de toute urgence intensifier leurs efforts avant le pic de la saison de transmission du paludisme, dans tous les domaines : eau et assainissement, aide alimentaire, remise en état complète de l’hôpital universitaire d’Akobo et services de protection, y compris la distribution de moustiquaires. Le retour de MSF a permis de rétablir des soins essentiels à Akobo, mais cela ne suffit pas. »
« Nous ne pouvons pas évaluer correctement le développement d’un bébé ni savoir s’il se porte bien dans l’utérus. Les femmes accouchent dans des conditions très difficiles. »
– Elizabeth Nyachin Koang, accoucheuse traditionnelle et sage-femme de MSF à Akobo
L’hôpital universitaire d’Akobo avait été entièrement pillé et se trouvait privé d’électricité, de carburant, de lits, de fournitures médicales et de médicaments essentiels. Lorsque MSF a repris ses activités à l’hôpital le 11 mai, l’équipe a immédiatement été submergée.
Au cours des cinq premiers jours seulement, les équipes ont accueilli plus de 600 personnes. Au 14 juin, 684 personnes avaient été hospitalisées dans cet établissement dont la capacité n’est que de 30 lits. À cette même date, l’hôpital avait assuré 5 106 consultations externes et enregistré 30 accouchements. Le nombre de consultations externes en une seule journée équivaut désormais à ce que l’hôpital traitait en une semaine entière avant le conflit.
Akobo est actuellement classée en « phase 5 » selon le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire, signe indéniable d’une famine. Ces mois d’absence de système de santé opérationnel ont eu un impact dévastateur sur les enfants. Entre le 11 mai et le 14 juin, 36 % des enfants âgés de 6 à 59 mois examinés dans l’installation de MSF souffraient de malnutrition, dont 15 % de malnutrition aiguë sévère.
« Depuis le début des activités, et jusqu’au début du mois de juin, toutes les personnes, y compris les femmes enceintes, dormaient à même le sol », explique Elizabeth Nyachin Koang, accoucheuse traditionnelle et sage-femme de MSF à Akobo. « Nous ne disposons plus du matériel que nous utilisions auparavant pour suivre les grossesses. Nous ne pouvons pas évaluer correctement le développement d’un bébé ni savoir s’il se porte bien dans l’utérus. Les femmes accouchent dans des conditions très difficiles. Nous faisons tout ce que nous pouvons, mais nous avons perdu une grande partie du matériel qui nous aidait à offrir de meilleurs soins. »

Pendant des semaines, les gens blessés n’ont pas reçu de soins. Les personnes atteintes de maladies chroniques, comme le VIH, ont vu leur traitement interrompu. Les familles ont survécu en se nourrissant de feuilles et de fruits sauvages.
Les agences des Nations Unies ont lancé des campagnes de distributions alimentaires, notamment d’aliments complémentaires pour les enfants, les femmes enceintes et les femmes allaitantes. Toutefois, la réponse globale des autres organisations n’est pas encore à la hauteur de l’urgence. MSF assure actuellement des consultations ambulatoires, des soins de santé maternelle, la détection et le traitement du paludisme et de la malnutrition, le soin des plaies ainsi que les transferts vers d’autres structures de santé.
L’effondrement des systèmes d’eau et d’assainissement a entraîné un risque extrêmement élevé d’épidémies. Avant le conflit, 17 réservoirs d’eau et 35 puits assuraient l’approvisionnement en eau d’Akobo à travers un réseau souterrain. Tous ont été détruits ou pillés lors des combats. Seules huit pompes manuelles demeurent fonctionnelles, de quoi approvisionner environ 5 000 personnes sur une communauté de plus de 100 000.
Aujourd’hui, la plupart des gens comptent sur l’eau de rivière non traitée, et la défécation à l’air libre est très répandue. Alors que la transmission du paludisme s’accélère déjà et que la saison des pluies s’intensifie, le risque d’épidémies de maladies d’origine hydrique, comme le choléra qui se propage dans l’État de Jonglei depuis février, est extrêmement élevé. Sans un renforcement systématique et massif de la réponse humanitaire, ce risque augmentera rapidement.