Les membres du personnel de MSF suivent un protocole strict de préparation et de désinfection avant d’entrer dans le centre de traitement d’Ebola de MSF de Munigi, à Goma, dans le Nord-Kivu. République démocratique du Congo, 2026. © Daniel Buuma/MSF
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République démocratique du Congo : un mois après la déclaration de l’épidémie de maladie Ebola, la réponse reste insuffisante

Un mois après la déclaration d’épidémie de maladie Ebola en République démocratique du Congo (RDC), Médecins Sans Frontières (MSF) alerte sur le fait que la maladie progresse plus rapidement que la réponse. Malgré la récente intensification des efforts, de graves lacunes en matière de diagnostic, de surveillance, de recherche des personnes exposées et d’engagement communautaire compromettent l’endiguement de l’épidémie. Une réponse à la mesure de la crise en cours s’impose de toute urgence.

« Personne ne connaît l’ampleur réelle de l’épidémie en RDC, ni quelles sont précisément les zones où le virus circule », s’inquiète Kate White, coordonnatrice médicale des urgences de MSF en RDC. « Ce que nous savons, en revanche, c’est que la plupart des centres de traitement en Ituri sont débordés, qu’un grand nombre de personnes infectées se présentent chez nous dans un stade déjà avancé de la maladie, et que la majorité n’ont jamais été identifiées ni suivies comme contacts avant de se présenter aux soins. »

« Sans un dépistage plus rapide et largement disponible, il sera difficile de détecter les cas suffisamment tôt pour contenir l’épidémie. »

– Kate White, coordonnatrice médicale des urgences de MSF en RDC

La maladie se propage principalement dans les provinces de l’Ituri, du Nord et du Sud-Kivu, dans l’est de la RDC. À elle seule, l’Ituri compte près de 95 % des cas recensés. La réponse, dirigée par le ministère congolais de la Santé avec le soutien de partenaires internationaux, a été mise en place dans les secteurs touchés. Cependant, l’insécurité complique l’accès à certaines communautés. Même dans les zones plus stables, les efforts pour détecter des cas, tester les personnes, identifier les personnes exposées et surveiller la transmission demeurent insuffisants.

Les autorités sanitaires congolaises ont officiellement rapporté plus de 650 cas confirmés et plus de 130 décès. MSF souligne toutefois que ces chiffres ne reflètent probablement qu’une partie de la réalité. De plus, l’épidémie prend une dimension régionale : les autorités sanitaires de l’Ouganda voisin signalent déjà 19 cas confirmés.

« Le dépistage reste l’une des principales faiblesses de la réponse, malgré les récentes améliorations des capacités des laboratoires et l’arrivée dans l’est de la RDC de centaines de tests mobiles spécifiquement conçus pour le virus Bundibugyo », poursuit Kate White. « De nombreuses zones, en particulier celles touchées par l’insécurité, ont encore un accès limité à ces tests, et les centres de traitement continuent d’attendre longtemps les résultats. Sans un dépistage plus rapide et largement disponible, il sera difficile de détecter les cas suffisamment tôt pour contenir l’épidémie. »

Des membres de l’équipe de MSF réceptionnent le matériel et les fournitures au centre de traitement d’Ebola de Munigi, à Goma, dans le Nord-Kivu. République démocratique du Congo, 2026. © MSF

Les lacunes dans les soins de santé et la méfiance des communautés compromettent la réponse

Les régions affectées par l’épidémie sont marquées par des décennies de conflits armés et de déplacements. Depuis des années, l’accès aux soins de santé y est extrêmement limité et la réponse humanitaire reste insuffisante. Ces conditions entravent les interventions et facilitent la propagation de la maladie.

En Ituri, où MSF est présente depuis des décennies, l’arrivée soudaine des équipes médicales d’urgence engendre de la peur et de la méfiance au sein des communautés.

« Mettre en place des activités et expliquer la maladie ne suffit pas à instaurer la confiance. Il faut aussi écouter les préoccupations des communautés, et les inclure pleinement dans la manière de façonner la réponse », souligne Frédéric Lai Manantsoa, coordonnateur des urgences de MSF en RDC.

Pour les communautés touchées, cette épidémie de maladie Ebola s’ajoute à une situation sanitaire déjà critique. Dans ce cadre, maintenir l’accès aux soins de santé courants est tout aussi essentiel que le contrôle de l’épidémie.

« Les femmes enceintes ont toujours besoin de soins maternels, les enfants de vaccinations, et les personnes atteintes de paludisme et de choléra de traitement », rappelle Kate White. « Le maintien des soins de santé de routine est essentiel, et permet par ailleurs de renforcer la surveillance communautaire de la maladie Ebola. »

Une membre du personnel de MSF fait couler de l’eau pour permettre à un collègue à se laver les mains afin de prévenir les infections au centre de traitement d’Ebola de Munigi, à Goma. République démocratique du Congo, 2026. © Daniel Buuma/MSF

Capacités limitées des laboratoires et retards de dépistages

Bien que le nombre de cas confirmés rapportés dans le Nord et le Sud-Kivu soit relativement faible, ces provinces font face aux mêmes défis en matière de surveillance et de dépistage. Au Nord-Kivu, un seul laboratoire est en mesure d’analyser les échantillons sanguins. En l’absence de système automatisé, les structures de santé doivent parfois attendre près d’une semaine pour obtenir les résultats.

Outre les soins directs aux personnes, MSF envoie également des équipes dans des zones plus isolées et instables afin de renforcer les capacités de détection et d’intervention là où des alertes ont été signalées.

« Cette épidémie peut encore être maîtrisée, mais plus nous attendons, plus la marge de manœuvre se réduit », conclut Frédéric Lai Manantsoa. « Il est urgent de renforcer le diagnostic, la surveillance, l’accès aux soins et l’engagement communautaire. Nous appelons les autorités et tous les acteurs impliqués dans la réponse à tout mettre en œuvre pour faciliter la circulation du personnel de la santé et des fournitures, et permettre une réponse qui soit à la hauteur de cette crise. »

La réponse de MSF à l’épidémie de maladie Ebola

Depuis le début de l’épidémie, les équipes de MSF en Ituri, au Nord et au Sud-Kivu ont mis en place des centres de traitement d’Ebola à Bunia, Mongbwalu, Komanda, Goma, Bukavu et Lwiro. Nous préparons également la mise en place d’autres structures d’isolement et de traitement dans les trois provinces. MSF a renforcé les mesures de prévention et de contrôle des infections dans les structures de santé que nous soutenons.

Voici quelques-unes des nombreuses activités essentielles que nous menons :

  • Engagement communautaire
  • Soutien à la surveillance
  • Formation du personnel de la santé à la prévention et au contrôle des infections
  • Appui aux enterrements sûrs et dignes
  • Approvisionnement en médicaments et fournitures
  • Maintien de la continuité des soins essentiels au-delà de la réponse à la maladie Ebola

Des centaines de tonnes de matériel et de médicaments ont été acheminées depuis Kinshasa et l’étranger, et près de 600 membres du personnel participent actuellement à la réponse.

Activités de MSF en RDC

Parallèlement à cette intervention d’urgence, MSF reste engagée à offrir des soins médicaux à travers la RDC. Nos équipes sont présentes dans 16 des 26 provinces du pays. Les équipes interviennent auprès des communautés touchées par les conflits, la violence, les déplacements et les épidémies.

Voici quelques-uns des services que nous offrons dans le pays :

  • Chirurgie des personnes blessées
  • Traitement de la malnutrition
  • Soins du VIH et de la tuberculose
  • Soins de santé sexuelle et reproductive
  • Soins pédiatriques et néonatals
  • Prévention et traitement du paludisme
  • Prévention et réponse aux épidémies
  • Soutien en santé mentale

Nos équipes répondent également à d’autres épidémies, notamment de choléra et de rougeole.

MSF est une organisation humanitaire internationale d’assistance médicale. Nous fournissons des soins d’urgence aux personnes touchées par des conflits, des épidémies, des catastrophes naturelles ou d’origine humaine ou qui sont exclues des soins de santé, et ce, dans plus de 70 pays à travers le monde. Nous sommes neutres, impartiaux et indépendants. Nous offrons une assistance basée sur les besoins, indépendamment de l’origine ethnique, du sexe, de la religion ou de l’affiliation politique.