Un membre du personnel de MSF examine la blessure de Saad Hussein, qui vit désormais avec un fixateur externe après avoir été blessé sur un site de distribution alimentaire en 2025, au centre de soins de santé primaires Al-Mawasi, à Khan Younès, dans la bande de Gaza. Palestine, 2026. © Nour Alsaqqa/MSF
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Palestine : les séquelles durables des violences commises il y a un an dans les sites de distribution alimentaires à Gaza

Alors que de nouveaux plans concernant Gaza sont à l’étude, MSF rappelle à Israël et aux États-Unis que ce modèle d’assistance militarisée ne doit en aucun cas se reproduire.

Il y a un an, la soi-disant fondation humanitaire de Gaza remplaçait le système de distribution de l’aide coordonné par les Nations Unies. Aussi connue sous l’acronyme anglais GHF, elle opérait des points de distribution alimentaires militarisés dans toute la bande de Gaza. Gérée par Israël avec le soutien financier des États-Unis, la GHF a cessé ses activités au bout de six mois, après avoir tué et blessé des milliers de personnes.

Médecins Sans Frontières (MSF) soigne encore aujourd’hui de nombreuses personnes touchées par ces violences. Elles vivent avec des blessures et des traumatismes souvent irréversibles. Alors que de nouveaux plans pour la bande de Gaza sont à l’étude, MSF dénonce toute forme de militarisation de l’aide humanitaire.

« Comme l’a documenté MSF en s’appuyant sur des données médicales, des personnes qui venaient simplement chercher de la nourriture – alors qu’elles étaient soumises à des conditions comparables à un état de siège – ont subi des violences effroyables, à la fois ciblée et indiscriminée », déclare Joan Tubau, responsable des projets de MSF pour la Palestine.

« Des enfants ont été touchés par balle à la poitrine alors qu’ils tentaient d’obtenir de la nourriture. Des gens ont été écrasés ou sont morts étouffés dans des mouvements de foule. Des groupes entiers ont été mitraillés sur les sites de distribution », poursuit-il. « Aujourd’hui, de nombreuses personnes blessées dans le contexte de la fondation humanitaire de Gaza comptent entièrement sur l’assistance et les cuisines communautaires en raison de leur mobilité réduite et de leur incapacité à travailler et à subvenir aux besoins de leur famille. »

Des personnes attendent de recevoir des soins médicaux au centre de soins de santé primaires Al-Mawasi, géré par MSF à Khan Younès, dans la bande de Gaza. Palestine, 2026. © Nour Alsaqqa/MSF

La fondation humanitaire de Gaza avait été créée avec l’objectif affiché de fournir une assistance alimentaire aux communautés de Gaza, après plusieurs mois de blocus total imposé par Israël. Elle remplaçait quelque 400 sites de distribution existants par quatre sites devenus opérationnels à la fin du mois de mai 2025. Ces sites étaient « sécurisés » par des entreprises de sécurité américaines privées et armées, tandis que les forces israéliennes maintenaient le contrôle sur l’ensemble de la zone.

« Les distributions de la fondation humanitaire de Gaza étaient profondément humiliantes. Des milliers de personnes s’y précipitaient, puis l’armée israélienne nous tirait dessus depuis des positions fixes. Les deux tiers des personnes blessées à Gaza que je connais ont été touchés sur ces sites. »

– Mustafa, une personne soutenue par MSF

Entre juin et octobre 2025, les équipes de MSF ont enregistré au moins 32 décès et soigné 1 885 personnes blessées dans nos centres de soins de santé primaires Al-Attar et Al-Mawasi, à Khan Younès.

Le personnel de MSF examine et soigne des personnes blessées au centre de soins de santé primaires Al-Mawasi, à Khan Younès, dans la bande de Gaza. Palestine, 2026. © Nour Alsaqqa/MSF

Les personnes survivantes décrivent les fusillades et les séquelles durables

« Mon ami a été exécuté sous mes yeux. Cette scène me hante encore », raconte Karim, un ancien coiffeur. Il a subi des blessures qui ont bouleversé sa vie, et des dommages permanents à un nerf de sa jambe. « Nous avons tous les deux été arrêtés et menottés dans le dos [par des militaires israéliens]. Un drone m’a survolé et quatre hommes ont reçu l’ordre de m’emmener. »

Muhammad, lui aussi soigné par les équipes de MSF, a reçu neuf balles. Il espère remarcher un jour, mais souffre de douleurs chroniques et a besoin de physiothérapie. « Il n’y avait jamais assez de nourriture pour tout le monde », raconte-t-il. « Les bousculades étaient fréquentes parce que les grilles de fer n’étaient pas assez larges. J’ai vu de nombreuses personnes mourir, y compris des femmes. L’une avait été touchée à la poitrine, une autre dans le dos. »

« Ils tiraient depuis différents endroits », poursuit Mohammed. « Le soldat israélien qui m’a tiré dessus était posté sur une colline. Alors que j’étais allongé par terre, j’ai fait signe et dit : “S’il vous plaît, arrêtez, ça suffit.” Mais il m’a tiré dans les mains juste pour s’amuser. »

« Malgré sa courte existence, ce dispositif d’aide désastreux a eu des répercussions sociales à long terme. Il a plongé les communautés dans un état de peur, de privation et de concurrence extrêmes, qui ont provoqué des traumatismes et bouleversé les dynamiques communautaires. »

– Nicholas Papachrysostomou, coordonnateur des urgences de MSF pour Gaza

Chauffeur de taxi originaire de Rafah, Mustafa a été touché par une balle qui lui a brisé deux os du pied. Une grave infection s’est développée au talon, qui a entraîné une nécrose. Son neveu de 17 ans a été abattu d’une balle dans la tête par un tireur embusqué. « Les distributions de la fondation humanitaire de Gaza étaient profondément humiliantes », raconte-t-il. « Des milliers de personnes s’y précipitaient, puis l’armée israélienne nous tirait dessus depuis des positions fixes. Les deux tiers des personnes blessées à Gaza que je connais ont été touchés sur ces sites. »

Comme le montrent ces témoignages, de nombreuses personnes vivent aujourd’hui avec des séquelles durables ou nécessitent un suivi médical étroit et régulier.

« Malgré sa courte existence, ce dispositif d’aide désastreux a eu des répercussions sociales à long terme, » explique Nicholas Papachrysostomou, coordonnateur des urgences de MSF pour Gaza. « Il a plongé les communautés dans un état de peur, de privation et de concurrence extrêmes, qui ont provoqué des traumatismes et bouleversé les dynamiques communautaires. »

Neama Awad a été blessée en 2025 lors d’une distribution alimentaire organisée par la soi-disant fondation humanitaire de Gaza. « Je me suis rendue à la distribution, car nous n’avions aucun soutien chez nous : pas de farine, pas de nourriture. Aucune assistance ne nous parvenait, pas même une miche de pain », raconte-t-elle. Palestine, 2026. © Nour Alsaqqa/MSF

Les restrictions imposées à l’assistance ont aggravé la malnutrition et la famine

La fondation humanitaire de Gaza a également joué un rôle majeur dans la crise de la malnutrition provoquée par Israël. Plusieurs facteurs ont directement contribué à la famine déclarée en août 2025 : réduction drastique du nombre de points de distribution alimentaire et humanitaire, imposition d’un siège total, intensification des violences, déplacements massifs de personnes et destruction des structures de santé. Cette famine a entraîné des conséquences dévastatrices pour les groupes les plus vulnérabilisés, notamment les femmes enceintes, les nouveau-nés et les enfants.

« Rien dans la fondation humanitaire de Gaza ne constituait une solution humanitaire, » déclare Joan Tubau. « Un an plus tard, l’ampleur des préjudices infligés aux personnes sur les sites de distribution de la GHF, sans qu’aucune responsabilité n’ait été établie, exige une enquête indépendante. L’arrêt rendu le 22 octobre 2025 par la Cour internationale de Justice renforce l’obligation d’Israël de garantir un accès humanitaire sans entrave et condamne les modèles inefficaces d’aide, comme la GHF, qui ne parviennent pas à soulager les souffrances. »

MSF appelle Israël, les États-Unis et toutes les institutions exerçant une influence à garantir une aide humanitaire non militarisée, accessible et fondée sur les principes d’indépendance, d’impartialité, de neutralité et d’humanité. L’assistance humanitaire doit pouvoir atteindre toutes les personnes civiles en toute sécurité, en fonction de leurs besoins et de leur niveau de vulnérabilité, peu importe où elles se trouvent.

  • Les noms ont été modifiés pour protéger la vie privée.