Tchad : la réduction de l’assistance humanitaire pèse sur le quotidien des personnes réfugiées à Ouré Cassoni
MSF appelle à ce que ce camp pour personnes réfugiées figure parmi les priorités de la réponse humanitaire dans le pays.
Dans l’est du Tchad, à proximité de la frontière avec le Soudan, plus de 117 000 personnes se sont réfugiées dans le camp d’Ouré Cassoni. Alors que la guerre se poursuit, des familles continuent d’arriver. Les besoins augmentent, tandis que les financements humanitaires diminuent. Nourriture, eau, abris, soins de santé : dans ce camp isolé, les conséquences de la réduction de l’assistance se font sentir au quotidien.
Pour Médecins Sans Frontières (MSF), le camp pour personnes réfugiées d’Ouré Cassoni doit figurer parmi les priorités de la réponse humanitaire au Tchad.

Ouré Cassoni vu de l’intérieur par Sadia
Sadia est arrivée à Ouré Cassoni avec sa famille après avoir fui les violences au Soudan. Aujourd’hui, elle travaille dans le camp comme agente de promotion de la santé chez MSF.
« Je suis arrivée ici comme réfugiée et, aujourd’hui, je travaille auprès d’autres personnes réfugiées », explique-t-elle. « Je sais ce que signifie se demander ce que demain nous réserve. »
Ouré Cassoni se trouve dans une région isolée de l’Ennedi Est, dans le nord-est du Tchad. Son isolement rend plus difficiles l’accès aux services et l’acheminement de l’aide. Depuis le début de la guerre au Soudan, en avril 2023, le camp a connu plusieurs vagues d’arrivées.
« Ouré Cassoni doit être une priorité pour les bailleurs. Nous parlons de plus de 117 000 personnes, avec des besoins considérables et de nouvelles arrivées chaque jour. »
– Joshua Ayuba Mpato, coordonnateur de projet de MSF à Ouré Cassoni
En mai 2025, plus de 60 000 personnes se sont réfugiées dans le camp d’Ouré Cassoni après la chute du camp de Zamzam, au Nord-Darfour. À la suite de la prise d’El-Fasher, plus de 21 000 arrivées ont été enregistrées entre octobre 2025 et août 2026. Les équipes de MSF continuent d’observer des arrivées quotidiennes en provenance du Soudan.
Le camp s’agrandit, mais les ressources consacrées à la réponse humanitaire ne suivent pas la même trajectoire.

Quand l’aide alimentaire se réduit
Pour les familles d’Ouré Cassoni, le manque de nourriture reste une réalité très concrète : cela signifie ne pas avoir suffisamment à mettre sur la table pour leurs enfants.
« Il y a des moments où nous ne savons pas ce que nous allons donner à manger à nos enfants le lendemain », explique Salwa, une mère réfugiée dans le camp. « Lorsque les distributions diminuent, nous devons nous débrouiller avec très peu. »
Les équipes de MSF constatent également une augmentation de la malnutrition parmi les enfants dépistés. Entre 2025 et 2026, la malnutrition aiguë sévère est passée de 2,2 % à 3,4 %, tandis que la malnutrition aiguë modérée est passée de 10 % à 13 %.
Derrière ces chiffres, ce sont des enfants qui arrivent dans les structures de santé nécessitant un traitement nutritionnel, et des parents qui cherchent chaque jour comment nourrir leur famille.
« Avant, nous pouvions au moins compter sur les distributions pour nous aider à nourrir les enfants », explique Salwa. « Maintenant, nous devons faire davantage avec ce que nous avons. Quand la nourriture ne suffit pas, c’est toute la famille qui en souffre. »

Deux litres d’eau par jour
L’eau demeure une autre préoccupation majeure. À Ouré Cassoni, chaque personne reçoit environ deux litres d’eau par jour, soit bien moins que les 15 à 20 litres généralement recommandés dans les situations d’urgence.
Faire parvenir cette eau jusqu’aux familles nécessite une chaîne complexe : la pomper depuis le lac, la traiter, contrôler sa qualité, la transporter et la distribuer dans les différentes zones du camp. La réduction des financements se traduit par une diminution de la quantité d’eau potable disponible dans le camp.
« Pour les personnes se trouvant à Ouré Cassoni, l’accès à une eau potable en quantité suffisante n’est pas un luxe : c’est une nécessité fondamentale pour leur santé et leur dignité. »
– Joshua Ayuba Mpato, coordonnateur de projet de MSF à Ouré Cassoni
En juillet, plus de 14 % des consultations réalisées par les équipes de MSF dans le camp concernaient des cas de diarrhée non sanglante. Bien que le manque d’eau potable ne soit pas l’unique cause, il est certainement l’un des facteurs à l’origine de ces cas.
« Quand on parle de financement humanitaire, il faut aussi penser à des besoins très concrets : maintenir les pompes en fonctionnement, traiter l’eau et s’assurer qu’elle parvienne aux familles en quantité suffisante et de manière régulière », explique Joshua Ayuba Mpato, coordonnateur de projet de MSF à Ouré Cassoni. « Pour les personnes se trouvant à Ouré Cassoni, l’accès à une eau potable en quantité suffisante n’est pas un luxe : c’est une nécessité fondamentale pour leur santé et leur dignité. »

Un toit précaire, un accès difficile aux soins
Après la nourriture et l’eau, les abris constituent l’un des principaux besoins identifiés par les communautés. Des milliers de familles s’improvisent des maisons avec les matériaux qu’elles peuvent trouver, souvent dans des endroits qui offrent une protection limitée.
Ces conditions de vie entraînent également des conséquences sur la santé. Les infections respiratoires, notamment celles liées à la précarité des logements, représentent plus de 30 % des consultations de MSF dans les différentes zones du camp et parmi tous les groupes d’âge.
Ouré Cassoni ne dispose toutefois que d’un seul centre de santé primaire. Les personnes nécessitant des soins spécialisés doivent être transférées vers d’autres structures.
Les conditions de vie difficiles et le manque d’assistance se traduisent également par une augmentation des risques pour les femmes et les filles. Ce sont elles qui doivent sortir du camp pour aller chercher de l’eau et du bois de chauffage.
Entre janvier et juillet 2026, les équipes de MSF dans le camp ont pris en soins 91 personnes survivantes de violences sexuelles. Il n’est pas possible de déterminer combien de ces épisodes se sont produits au Tchad. Néanmoins, les déplacements à l’extérieur du camp exposent les femmes et les filles à un risque accru de violences.

Un camp immense, une réponse qui se contracte
C’est dans ce contexte que se pose la question de la place de ce camp dans la réponse humanitaire. Ouré Cassoni figure dans le Plan 2026 de réponse et de besoins humanitaires pour le Tchad, mais ne fait pas partie des zones prioritaires définies dans ce plan.
« Ouré Cassoni doit être une priorité pour les bailleurs », explique Joshua Ayuba Mpato. « Nous parlons de plus de 117 000 personnes, avec des besoins considérables et de nouvelles arrivées chaque jour. La situation que nous voyons ici n’est pas soutenable. Les besoins augmentent, mais les ressources ne suivent pas. Sans une augmentation urgente de l’aide, l’écart entre les besoins des personnes et la réponse humanitaire ne fera que continuer à se creuser. »
À Ouré Cassoni, les conséquences de la réduction de l’aide ne sont donc pas abstraites. Elles se ressentent dans les repas que les familles peuvent offrir, dans la quantité d’eau disponible, dans les abris précaires et dans l’accès aux soins de santé.
Pour MSF, l’ampleur et l’urgence des besoins dans le camp pour personnes réfugiées d’Ouré Cassoni justifient pleinement qu’il soit considéré comme une priorité dans la réponse humanitaire au Tchad.