Un membre du personnel de MSF accueille les personnes déplacées venues recevoir des soins dans une clinique mobile du camp d’Atira, dans le gouvernorat de Lahj. Yémen, 2026. © Alexandre Marcou/MSF
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Yémen : l’escalade du conflit entraîne des déplacements massifs

Alors que des centaines de milliers de personnes fuient les affrontements, les besoins humanitaires augmentent de manière exponentielle.

Depuis septembre dernier, l’escalade militaire entre les forces d’Ansar Allah et le gouvernement yéménite, reconnu par la communauté internationale et appuyé par l’Arabie saoudite, a replongé les communautés dans l’incertitude. Plus de 230 000 personnes ont été déplacées de la côte ouest du Yémen et ont cherché refuge loin de la ligne de front. Beaucoup ont déjà dû fuir les combats à de nombreuses reprises depuis le début de la guerre en 2015. Le pays est aujourd’hui confronté à une crise humanitaire qui s’aggrave et à une recrudescence de la malnutrition et le choléra.

Médecins Sans Frontières (MSF) soutient les structures de santé et a mis en place des cliniques mobiles dans les régions touchées. Depuis la mi-septembre, les équipes mobiles de MSF ont réalisé plus de 1 000 consultations. Les problèmes de santé les plus courants étaient tous liés aux mauvaises conditions de vie des personnes déplacées : infections des voies respiratoires supérieures, infections des voies urinaires et gastrite.

Cependant, la crise au Yémen souffre d’un sous-financement chronique. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), seuls 5,30 millions des 43,5 millions de dollars nécessaires pour financer une intervention d’urgence de 90 jours ont été mobilisés. Avant cette dernière escalade militaire, seuls 22 % des fonds permettant de répondre à la crise humanitaire dans le pays avaient été engagés.

« Nous voyons des femmes enceintes qui n’ont pas eu accès à une seule consultation prénatale et qui ont dû accoucher dans des lieux non équipés et insalubres. »

– Itta Helland-Hansen, responsable des programmes de MSF au Yémen

Trouver refuge dans le camp d’Atira

Maher était pêcheur à Mocha avant d’avoir été contraint de partir, le mois dernier, avec cinq autres familles. « Nous avons réussi à fuir par miracle, car les routes étaient déjà fermées », raconte-t-il. « Nous avons dû parcourir une longue distance. Nous avons marché près d’une journée et demie et ensuite pris un autobus. »

Il se trouve actuellement dans le camp pour personnes déplacées d’Atira, dans le gouvernorat de Lahj, à environ 250 kilomètres de Mocha. « Nous avons cherché refuge dans le camp, mais il n’y avait pas d’abris. Nous sommes restés sous les arbres pendant près d’une semaine, exposés au vent, avant qu’on nous donne une tente. »

Une extension a été construite dans le camp d’Atira pour accueillir les 150 familles récemment arrivées. Aujourd’hui, environ 310 familles déplacées au cours de la dernière décennie de guerre sont installées sur ce terrain désertique, situé à des kilomètres de toute infrastructure et exposé au soleil brûlant.

Fatima et sa famille ont trouvé refuge dans le camp pour personnes déplacées d’Atira, dans le gouvernorat de Lahj. Yémen, 2026. © Alexandre Marcou/MSF

« Notre principal problème ici, c’est l’accès à l’eau potable. Je n’ai pas d’argent pour acheter des bouteilles et mes enfants ont soif. L’eau disponible dans les réservoirs est salée. »

– Fatima, une personne déplacée dans le camp d’Atira

Des besoins médicaux et humanitaires criants

Les équipes de MSF ont mené des évaluations et des activités médicales dans différents campements informels et camps pour personnes déplacées de cette région du pays. Elles constatent les répercussions des mauvaises conditions de vie sur la santé de ces communautés.

« Les personnes déplacées ont un besoin criant de soutien médical et humanitaire », explique Itta Helland-Hansen, responsable des programmes de MSF au Yémen. « Nous voyons des femmes enceintes qui n’ont pas eu accès à une seule consultation prénatale et qui ont dû accoucher dans des lieux non équipés et insalubres. Nous continuons d’orienter des enfants dénutris vers des hôpitaux qui ont déjà atteint leur pleine capacité. Nous constatons aussi que les complications médicales se multiplient en raison de l’accès limité aux soins. »

De plus, de nombreuses personnes déplacées sont à court de médicaments, en particulier celles qui souffrent de maladies chroniques. « Des personnes arrivent avec leurs boîtes de médicaments vides, pour l’épilepsie, l’hypertension et le diabète, cherchant désespérément à s’en procurer », explique Itta Helland-Hansen.

Nos équipes maintiennent leurs activités en santé maternelle et pédiatrique à l’hôpital général de Mocha. Elles appuient également un centre de soins de santé primaires à Khokha, à 50 kilomètres au nord. Nous avons également repris notre soutien au centre de soins de santé primaires de Mafraq al-Mocha, à 40 kilomètres au nord-est, après deux semaines d’interruption dues aux violences.

Des latrines sont en cours de construction dans l’extension du camp pour personnes déplacées d’Atira, où les gens n’avaient pas accès à des installations d’assainissement depuis la mi-septembre. Yémen, 2026. © Alexandre Marcou/MSF

Des besoins en eau et assainissement

Fatima et ses huit enfants ont fui Mocha de nuit, à la hâte, à cause des bombardements. Elle est arrivée au camp d’Atira sans presque rien. « Notre principal problème ici, c’est l’accès à l’eau potable », explique-t-elle. « Je n’ai pas d’argent pour acheter des bouteilles et mes enfants ont soif. L’eau disponible dans les réservoirs est salée. Je suis très fatiguée. Je souffre de problèmes cardiaques et d’hypertension, et j’ai dû pousser mon enfant, qui se déplace en fauteuil roulant, sur de longues distances. »

Depuis la mi-septembre, il n’y avait pas encore de latrines dans le camp d’Atira, augmentant le risque de propagation du choléra. L’OMS a signalé que le nombre de cas avait triplé au cours des trois dernières semaines. La situation à Mocha, dans l’ouest du pays, demeure instable en raison des combats qui se poursuivent.

Dans un contexte où les organisations humanitaires peinent à intervenir, les besoins médicaux des communautés risquent de s’accroître. Le conflit rend de plus en plus difficile l’approvisionnement en fournitures, comme les aliments thérapeutiques prêts à l’emploi destinés aux enfants atteints de malnutrition. À Khokha, les cas de diarrhée aqueuse aiguë ont presque doublé au cours de la semaine dernière, passant de 28 à 52.

« Dans ce contexte, il faut de toute urgence renforcer la réponse aux besoins liés au déplacement, notamment en matière d’eau et d’assainissement, d’amélioration des conditions de vie et de prévention des épidémies », conclut Itta Helland-Hansen.