Soudan : le parcours d’une mère, de l’isolement à la guérison
À Ad-Damazin, au Soudan, le soutien en santé mentale de MSF aide des personnes à se rétablir.
Médecins Sans Frontières (MSF) propose un soutien en santé mentale dans un centre de consultation situé dans le camp de Karama 6 à Ad-Damazin, dans l’État du Nil Bleu. Ce soutien comprend aussi des activités menées sur d’autres sites, notamment dans le service de malnutrition de l’hôpital d’Ad-Damazin. Les personnes y ont accès à un accompagnement individuel et à un suivi. Celles qui ont besoin de soins plus spécialisés sont transférées vers le centre de traumatologie de l’hôpital universitaire d’Ad-Damazin. MSF facilite également ces orientations en assurant le transport aller-retour entre les centres.
Lorsque Najla Mohammed* a emmené son enfant de 18 mois à l’hôpital d’Ad-Damazin, dans le sud-est du Soudan, pour un traitement contre la malnutrition, elle ne s’attendait pas à y trouver du soutien pour elle aussi.
Najla Mohammed est mère de 11 enfants, dont un en situation de handicap. Elle ne dispose d’aucun revenu stable et certaines de ses filles effectuent des travaux domestiques pour soutenir la famille. Confrontée à des pressions financières et familiales, Najla Mohammed luttait également contre la dépression.
Au fil du temps, elle a commencé à se replier sur elle-même. Sortir est devenu difficile, et rendre visite à sa famille l’était encore plus. Elle avait l’impression que les membres de sa famille ne prenaient pas ses propos au sérieux, qu’ils remettaient en question son état d’esprit et qu’ils se moquaient parfois d’elle.
« Je ne pouvais plus aller voir ma famille », raconte Najla Mohammed. « Ils pensaient que je n’étais pas pleinement consciente de ce que je disais. Ils ne m’écoutaient pas et, parfois, ils se moquaient de moi. »
Rester chez elle est progressivement devenu plus facile que d’affronter le jugement des autres.
« Je ne voulais plus sortir ni voir personne », explique Najla Mohammed. « Je préférais rester chez moi pendant des mois plutôt que de subir l’embarras de voir les gens remettre en question mon état d’esprit. »
Cette peur a suivi Najla Mohammed jusqu’à l’hôpital. Alors qu’un de ses enfants était traité au service de malnutrition, elle restait renfermée sur elle-même et parlait rarement aux autres mères et aux membres du personnel soignant.
C’est là qu’elle a entendu Omnia Mohammed Nasser, conseillère en santé mentale chez MSF, animer une séance de sensibilisation sur les services de santé mentale et encourager les gens à chercher du soutien sans honte. Pour Najla Mohammed, cette séance a marqué un tournant. Elle a décidé d’aller voir Omnia Mohammed Nasser et de lui parler de ce qu’elle traversait.
« Après avoir entendu Omnia dans le service, je suis allée lui parler de ce que je ressentais », raconte Najla Mohammed. « Je voulais aller mieux, pouvoir à nouveau parler et rire avec les personnes de mon quartier et que mes paroles aient de l’importance. Je voulais que les gens me voient différemment. »
Au cours des trois semaines suivantes, Najla Mohammed a participé à plusieurs séances de soutien en santé mentale. Omnia Mohammed Nasser se souvient qu’elle était très abattue lors de leur première rencontre. Elle pleurait souvent et avait du mal à interagir avec les autres. Au fil des séances, l’humeur de Najla Mohammed s’est améliorée, elle a pris confiance en elle et il lui est devenu plus facile de communiquer.
« Je suis venue ici et j’ai enfin dit tout ce que je gardais pour moi », explique Najla Mohammed. « J’ai laissé sortir tout ce que j’avais envie de dire. Maintenant, je me sens soulagée. »
Mais la stigmatisation persiste. Najla Mohammed craint que sa famille ne découvre qu’elle a suivi un traitement en santé mentale et ne la juge encore davantage. Malgré cela, elle poursuit ses séances, reconstruisant petit à petit sa confiance pour s’exprimer et nouer des liens avec les autres.
« Tout ce que je veux, c’est me sentir bien chez moi avec mes enfants, savoir que je compte pour eux et que nous nous écoutons les uns les autres », dit Najla Mohammed.
* Le nom a été modifié pour protéger la vie privée.