Le dessin réalisé par Dina, 11 ans, illustre son quartier à Gaza avant et après le génocide. Elle se souvient de la mosquée, des bâtiments et des arbres. Dina raconte qu’elle pensait revenir du sud pour retrouver la ville de Gaza telle qu’elle était, mais cela n’a pas été le cas. Ce dessin a été réalisé lors d’une séance de soutien en santé mentale organisée par MSF à la clinique Al-Zaytoun, dans la ville de Gaza. Palestine, 2026. © Nour Alsaqqa/MSF
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Palestine : Gaza illustrée par les enfants

MSF alerte sur les conséquences dévastatrices que trois années d’offensive militaire israélienne, de déplacements massifs et de destructions ont entraînées sur la santé mentale des enfants de Gaza.

La file d’attente pour obtenir de la nourriture. La pluie qui s’engouffre dans une tente. Un char qui rase des bâtiments. Un quadricoptère omniprésent. Les jeux d’autrefois. Dina, Rahaf, Motassem et plusieurs autres enfants de Gaza expliquent paisiblement la signification de leurs dessins, mais leurs récits sont tout sauf paisibles.

Ces dessins ont été réalisés lors de séances psychosociales de groupe organisées par Médecins Sans Frontières (MSF). Ils racontent ce que ces enfants voient et ressentent. Ce sont des souvenirs d’une enfance marquée par la peur et la violence.

Trois années d’une offensive militaire israélienne brutale ont entraîné des conséquences dévastatrices sur la santé mentale des enfants de Gaza. Beaucoup ont perdu des membres de leur famille, leur maison, leur école et leurs amis. Les déplacements répétés et les conditions de vie catastrophiques leur ont enlevé les espaces où ils auraient dû pouvoir jouer en toute sécurité et simplement être des enfants.

« Après trois ans de violence, de conditions de vie inhumaines et de pertes, les enfants ne portent pas simplement en eux des souvenirs de guerre : leurs expériences ont remodelé leur conception de la sécurité et de l’enfance elle-même. »

– Franz Luef, responsable des programmes de MSF en Palestine

« Partout à Gaza, nous constatons des niveaux écrasants de chagrin, d’anxiété, de troubles du sommeil et de détresse psychologique, tant chez les adultes que chez les enfants », explique Franz Luef, responsable des programmes de MSF en Palestine. « Ces symptômes sont exacerbés par une crise qui est entrée dans une phase moins visible, caractérisée par le démantèlement systématique, par Israël, des conditions nécessaires à la survie des personnes palestiniennes. »

Selon l’Organisation mondiale de la Santé, le nombre de personnes à Gaza ayant besoin d’un soutien psychiatrique et psychosocial d’urgence a plus que doublé depuis le début du conflit. Il est passé d’environ 485 000 à plus d’un million d’individus. Les soins de santé mentale sont devenus un volet essentiel du travail de MSF. Nos équipes offrent des consultations individuelles, des activités de groupe psychosociales et psychoéducatives pour les adultes, ainsi que des activités récréatives pour les jeunes.

Le dessin de Rahaf, 11 ans, illustre la vie avant la guerre. Elle a dessiné son quartier, avec des rues propres, des enfants qui jouent et une école où les classes sont pleines et où l’on apprend. Ce dessin a été réalisé lors d’une séance de soutien en santé mentale organisée par MSF à la clinique Al-Zaytoun, dans la ville de Gaza. Palestine, 2026. © Nour Alsaqqa/MSF
Le dessin réalisé par Rahaf, 11 ans, illustre la vie après la guerre. Elle a dessiné des tentes, des maisons prises pour cible, une ambulance, un camion-citerne, des enfants remplissant des bidons d’eau et un adulte amputé d’une jambe qui marche à l’aide de béquilles. Ce dessin a été réalisé lors d’une séance de soutien en santé mentale organisée par MSF à la clinique Al-Zaytoun, dans la ville de Gaza. Palestine, 2026. © Nour Alsaqqa/MSF

Une enfance volée par le génocide

Pour les enfants assez grands pour se souvenir de la vie avant le génocide perpétré par Israël, le monde tel qu’ils le connaissaient a pratiquement disparu. Les lieux où ils ont grandi ont été détruits. Les éléments constitutifs de l’enfance, comme se sentir en sécurité, jouer avec des amis, aller à l’école et passer du temps en famille, leur ont été volés. Ils ont été remplacés par des souvenirs de violence, la menace constante de nouvelles attaques et le spectacle de la destruction. Aller chercher de l’eau, faire la file pour obtenir de la nourriture ou aider leur famille à survivre fait désormais partie de leurs responsabilités quotidiennes. Pour les plus jeunes, les conséquences sont différentes : certains n’ont jamais connu autre chose que le déplacement et le bruit des frappes aériennes.

« Les enfants qui ont grandi pendant la guerre, qui ont aujourd’hui trois ou quatre ans, ont perdu toute compréhension d’une multitude de concepts fondamentaux », explique Mahmoud Al-Balbisi, conseiller en santé mentale chez MSF. « Beaucoup ne savent pas ce que signifie “chez soi”. La tente est devenue leur demeure, car ils n’ont jamais connu la vie dans une maison. »

Les enfants ont également commencé à reproduire ce qu’ils voient autour d’eux par le jeu et le dessin. Au lieu de jeux reflétant une enfance ordinaire, les membres de nos équipes de santé mentale voient des enfants imiter les distributions d’assistance, décrire des attaques ou jouer parmi les décombres de bâtiments détruits.

« Parfois, je me tiens à la fenêtre et je vois les chars tirer. Je dis à ma mère : “Viens à l’intérieur, parce que les chars tirent et lancent des obus.” J’ai peur pour ma famille. »

– Rahaf, une fillette de 11 ans soutenue par MSF

Dina se souvient d’avoir été contrainte de quitter son domicile avec sa famille. Elle a poussé son père blessé dans un fauteuil roulant, après qu’un camion lui eut roulé sur le pied alors qu’il allait chercher de l’assistance humanitaire. Dina aspire à quelque chose de simple : « Que tout redevienne comme avant. Ma grand-mère et mon grand-père. »

Rahaf raconte : « Parfois, je me tiens à la fenêtre et je vois les chars tirer. Je dis à ma mère : “Viens à l’intérieur, parce que les chars tirent et lancent des obus.” J’ai peur pour ma famille, alors je lui dis de rentrer. Ma cousine a été tuée. Je n’arrive pas à l’oublier. Je jouais tout le temps avec elle. »

Le dessin de Lama, 12 and, illustre le moment où un quadricoptère israélien a ouvert le feu sur ses frères et ses cousins alors qu’ils jouaient au soccer devant leur maison. Ses cousins ont été tués et son frère blessé. Une bombe a également frappé et détruit leur maison. Elle dit ne pas pouvoir oublier ce moment. Ce dessin a été réalisé lors d’une séance de soutien en santé mentale organisée par MSF à la clinique Al-Zaytoun, dans la ville de Gaza. Palestine, 2026. © Nour Alsaqqa/MSF
Le dessin de Dina, 9 ans, illustre le jour où son grand-père et sa grand-mère ont été tués par des bombes et des tirs d’artillerie. Il représente l’ambulance venue les chercher sous les tirs à Shujaeyya. Ce dessin a été réalisé lors d’une séance de soutien en santé mentale organisée par MSF à la clinique Al-Zaytoun, dans la ville de Gaza. Palestine, 2026. © Nour Alsaqqa/MSF

Les répercussions de la violence prolongée sur le comportement au quotidien

Malgré leur résilience, les effets d’une violence prolongée restent visibles dans le comportement des enfants au quotidien. Le personnel intervenant signale une augmentation de l’anxiété, de la peur, des cris, des comportements agressifs, du fait de se ronger les ongles et de l’incontinence nocturne chez les enfants.

À la clinique Al-Zaytoun, dans la ville de Gaza, les équipes spécialisées en santé mentale de MSF offrent un soutien psychosocial aux enfants. Elles offrent aux enfants un espace pour s’exprimer à travers la musique, les jeux, les histoires et le dessin. Au cours des séances de suivi, elles aident les enfants à renouer avec ce qu’ils étaient avant la guerre et à comprendre leurs émotions. « Nous essayons de rappeler aux enfants leur humanité et le fait qu’ils sont des enfants », explique Mahmoud Al-Balbisi.

Des activités telles que « Mon corps est mon royaume » les aident à prendre conscience de leur droit à la sécurité et à la protection physique, dans un environnement où les enfants sont de plus en plus exposés au danger.

« Après trois ans de violence, de conditions de vie inhumaines et de pertes, les enfants ne portent pas simplement en eux des souvenirs de guerre : leurs expériences ont remodelé leur conception de la sécurité et de l’enfance elle-même », explique Franz Luef. « Il n’y a toujours pas de sécurité pour les enfants à Gaza. Des bombardements peuvent survenir à tout moment. Ils continuent de vivre dans une peur constante, sans aucune possibilité de se remettre de ce qu’ils ont déjà enduré ni d’y échapper. Les besoins en santé mentale à Gaza sont immenses, mais les services et les espaces disponibles pour permettre aux enfants de se rétablir restent extrêmement limités en raison de la destruction systématique du système de santé par les forces israéliennes. »

Entre la fin de 2023 et septembre 2026, les équipes de MSF ont assuré plus de 132 000 consultations individuelles en santé mentale et ont apporté un soutien à plus de 246 000 personnes à travers des activités de groupe.