Soudan : en santé mentale, il est possible de se rétablir, mais plus difficile de poursuivre son traitement
Les équipes de santé mentale de MSF aident les gens à retrouver de la stabilité et à renouer des liens sociaux.
Médecins Sans Frontières (MSF) offre un soutien en santé mentale dans un centre de santé situé dans le camp de Karama 6 à Ad-Damazin, dans l’État du Nil Bleu. Nos équipes sont également présentes sur d’autres sites, notamment dans le service de malnutrition de l’hôpital d’Ad-Damazin. Les personnes y ont accès à un accompagnement individuel et à un suivi. Celles qui ont besoin de soins plus spécialisés sont transférées vers le centre de traumatologie de l’hôpital universitaire d’Ad-Damazin. MSF assure également le transport aller-retour entre les centres. Voici l’histoire d’une personne que nous accompagnons.
Tariq Salam* passait parfois trois ou quatre heures à marcher seul sous un soleil de plomb. Il s’isolait de plus en plus, évitait les rassemblements sociaux et les conversations, et passait la majeure partie de son temps seul.
« Avant le traitement, la situation était très difficile », raconte-t-il. « J’évitais les gens et je préférais être seul. Je marchais parfois pendant des heures en solitaire. »
Hiyam Abdel Ghani est conseillère en santé mentale chez MSF à Ad-Damazin. Elle explique que Tariq Salam souffrait de psychose et de dépression grave, et qu’il s’était presque complètement replié sur lui-même.
C’est sa mère qui l’a encouragé à se faire soigner. Un voisin lui avait parlé des services de santé mentale offerts par MSF au camp Karama 6. Elle a donc amené Tariq Salam au centre depuis la communauté voisine.
Hiyam Abdel Ghani se souvient que Tariq Salam s’exprimait à peine lors de ses premières visites. C’était surtout sa mère qui parlait à sa place.
Après des consultations et un suivi au centre, il a été orienté vers le centre de traumatologie de l’hôpital universitaire d’Ad-Damazin pour y recevoir des soins spécialisés. Il y a commencé son traitement et continue de recevoir un suivi régulier de l’équipe de MSF à Karama 6.
Au fil du temps, il a commencé à remarquer une différence.
« J’ai commencé à me sentir mieux dès le début de mon traitement, alors j’ai continué », explique-t-il. « Je reçois encore des soins à ce jour. »
Hiyam Abdel Ghani a elle aussi constaté ce changement. Tariq Salam parle et interagit désormais davantage avec les autres. Il prend également mieux soin de lui-même et de son apparence. Elle remarque également un changement important : il se présente désormais seul à ses rendez-vous de suivi, sans sa mère.
« Parfois, je n’ai tout simplement pas assez d’argent pour acheter mes médicaments. »
– Tariq Salam, un homme soutenu par MSF
Tariq Salam a recommencé à socialiser, un signe évident que son état s’améliore.
« J’ai progressivement recommencé à fréquenter des gens, à m’asseoir et parler avec eux. Je me sens mieux maintenant. »
Mais poursuivre son traitement n’est pas toujours facile. D’une part, les médicaments ne sont pas toujours disponibles. Et lorsqu’ils le sont, il n’a pas toujours les moyens de se les procurer.
« Parfois, je n’ai tout simplement pas assez d’argent pour acheter mes médicaments », explique-t-il.
Des défis à surmonter pour accéder aux soins et poursuivre son traitement
Tariq Salam est confronté à d’autres défis, qui peuvent être également source de détresse.
Dans la région du Nil Bleu où il habite, les coupes dans le financement de l’aide ont entraîné une réduction des services de santé mentale. Plus tôt cette année, le seul centre de référence qui offrait des soins de santé mentale spécialisés a perdu le soutien de ses partenaires.
La guerre a également entraîné une autre difficulté : l’éloignement de sa famille. En raison du conflit, sa femme et ses enfants ont été déplacés au Soudan du Sud.
Pour Tariq Salam, l’accès aux soins de santé mentale n’est donc qu’une partie du chemin à parcourir. La poursuite du traitement dépend de la disponibilité et de l’abordabilité des médicaments, tandis que le déplacement continue d’avoir des répercussions sur sa vie familiale.
* Le nom a été modifié pour protéger la vie privée.