5 choses à savoir sur la crise humanitaire en Somalie
Alors que les conflits géopolitiques liés à la position stratégique de la Somalie et à ses voies maritimes s’intensifient, une crise humanitaire s’aggrave à l’intérieur du pays à un rythme alarmant.
Alors que leur pays est le terrain d’affrontements d’enjeux sécuritaires et économiques mondiaux, des millions de Somaliens et de Somaliennes font face à une tout autre réalité : sécheresse prolongée, insécurité alimentaire sévère et effondrement des services de santé de base.
La crise est également aggravée par une forte réduction des financements de l’assistance internationale, alors même que les besoins n’ont jamais été aussi importants. Depuis une décennie, Médecins Sans Frontières (MSF) continue sans relâche de répondre aux besoins les plus pressants, mais aucune organisation ne peut à elle seule combler ces lacunes considérables. Voici cinq choses essentielles à savoir pour comprendre ce qui se passe en Somalie.
1. La sécheresse détruit les moyens de subsistance et force les familles à fuir
Les dernières saisons des pluies peu abondantes et la hausse des températures ont asséché les puits et les pâturages et entraîné une flambée des prix de l’eau, en particulier au Puntland et dans l’État du Sud-Ouest.
Les familles sont désormais contraintes de compter sur l’eau acheminée par camion, à des coûts inabordables. Parallèlement, la forte mortalité du bétail et l’effondrement de la production agricole ont anéanti leurs principales sources de revenus.
En conséquence, des milliers de familles ont été forcées d’abandonner leurs foyers. Elles ont rejoint des camps de personnes déplacées surpeuplés autour de villes comme Baidoa et dans la région de Mudug, à la recherche d’eau, de nourriture et de soins de santé.
2. Des millions de personnes sont confrontées à une insécurité alimentaire aiguë
En 2024, les équipes de MSF ont traité 18 066 enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère en Somalie, une forte augmentation par rapport à l’année précédente.
Après l’échec de quatre saisons des pluies consécutives, l’ONU estime que 4,4 millions de personnes étaient confrontées à une insécurité alimentaire critique en 2025. Parmi elles, 1,85 million d’enfants de moins de cinq ans étaient exposés à un risque de malnutrition aiguë, et 421 000 enfants souffraient d’une malnutrition aiguë sévère mettant leur vie en danger.
Dans le même temps, plus de 3,3 millions de personnes ont été déplacées, mettant à rude épreuve les ressources limitées et les services de base des communautés d’accueil.
3. L’effondrement des financements humanitaires aggrave la catastrophe
La crise en Somalie n’est pas uniquement due au climat ou aux conflits : elle est exacerbée par l’effondrement sans précédent des financements humanitaires. Le plan d’intervention actuel, conçu pour prêter assistance à des millions de personnes, n’a reçu que 20 % des fonds nécessaires. Sur les 1,42 milliard de dollars requis, seuls 288 millions ont été débloqués.
En raison de cet important déficit, le plan a été réduit de 75 %, faisant chuter le nombre de gens ayant accès à l’assistance de six millions à seulement 1,3 million. Ce n’est toutefois pas parce que les besoins ont diminué, mais parce que le soutien international s’est tari. Pour des millions de Somaliennes et de Somaliens, cela signifie être tout simplement coupé de toute aide humanitaire.
4. Les services de santé et de nutrition sont au bord de l’effondrement
À mesure que les financements s’amenuisent, les fermetures d’établissements de santé se multiplient. Depuis le début de l’année 2025, plus de 200 centres de santé et de nutrition ont fermé leurs portes à travers le pays, privant plus de 1,7 million de personnes de soins. En seulement six mois, le nombre de centres de traitement de la malnutrition est passé de 775 à 629. La crise est également exacerbée par la perturbation des chaînes d’approvisionnement, qui entraîne des pénuries de plusieurs mois de produits essentiels, comme le lait thérapeutique destiné aux enfants souffrant de malnutrition sévère.
En conséquence, les centres de santé manquent du strict nécessaire et les enfants attendent des traitements qui risquent de ne pas arriver à temps. En parallèle, l’effondrement des services de base en matière de vaccination et de nutrition entraîne une recrudescence des maladies évitables, comme la rougeole, la diphtérie et la diarrhée aqueuse aiguë.
5. Le rôle de MSF : une intervention cruciale qui peine à combler le fossé
MSF continue de prodiguer des soins essentiels dans des zones comme Baidoa et la région de Mudug : soutien aux hôpitaux, gestion des centres de traitement de la malnutrition, services d’urgence et cliniques mobiles pour atteindre les communautés isolées.
Toutefois, les besoins dépassent rapidement les capacités. Voici ce que les équipes de MSF ont constaté :
- Une forte aggravation de la situation, avec une hausse de 146 % des traitements en hospitalisation, alors que le nombre total d’admissions est resté stable.
- Une hausse de 32 % des décès chez les enfants de moins de cinq ans souffrant de malnutrition aiguë dans les structures soutenues par MSF.
Malheureusement, près de la moitié de ces enfants meurent dans les deux jours suivant leur arrivée, souvent après un périple épuisant de plusieurs jours.
Allara Ali, coordonnatrice de projet de MSF en Somalie, explique : « Nous voyons des enfants arriver dans nos hôpitaux dans un état critique, souvent après des trajets de plusieurs jours sans nourriture ni eau. La sécheresse n’a pas seulement asséché les puits, elle a érodé tout le réseau de soutien sur lequel comptent les familles. Nos équipes travaillent sans relâche pour traiter la malnutrition sévère et les épidémies de rougeole et de diphtérie, mais nos capacités sont poussées à leurs limites. Les gens sont épuisés, et sans accès immédiat à l’eau et aux soins de santé, d’autres décès évitables surviendront. »
Entre le 13 décembre 2025 et le 31 janvier 2026, MSF a distribué 12 410 000 litres d’eau potable, mais les besoins restent bien supérieurs à la réponse actuelle.
Cette tragédie n’est pas inévitable
Si la sécheresse et les conflits alimentent la crise à travers le pays, c’est la forte baisse des financements qui l’a transformée en une catastrophe dévastatrice. La crise en Somalie perdure parce que le monde a choisi de détourner le regard.