Des membres du personnel de MSF traitent les champs pour lutter contre les moustiques anophèles, vecteurs du paludisme, à Angumu, dans la province du Nord-Kivu. République démocratique du Congo, 2022. © Charly Kasereka/MSF
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République démocratique du Congo : moins de moyens contre le paludisme, plus de vies en danger

Le Fonds mondial doit revenir sur sa décision de mettre fin à son soutien à la réponse contre le paludisme dans le Nord-Kivu.

Fin juillet, Médecins Sans Frontières (MSF) a appris que la province du Nord-Kivu ne recevrait plus de financement contre le paludisme du Fonds mondial (GC8) pour la période 2027-2029.

Cette décision intervient alors que le paludisme reste la principale cause de mortalité en République démocratique du Congo (RDC). La province, largement contrôlée par l’AFC/M23, risque ainsi de perdre un appui essentiel pour maintenir les activités de prévention, de diagnostic et de traitement.

« Les déplacements répétés de personnes, l’insécurité alimentaire et les difficultés d’accès aux soins créent des conditions qui favorisent la transmission du paludisme. Ils augmentent aussi le risque de développer une forme grave de la maladie. »

– Stéphane Doyon, responsable de programme chez MSF

« Ces dernières années, le Fonds mondial a financé la majorité des traitements disponibles contre le paludisme dans le Nord-Kivu. Il a été un soutien essentiel pour les personnes exposées à la maladie », déclare Stéphane Doyon. « Si le soutien prend fin, les conséquences seront catastrophiques. Le paludisme est une maladie évitable et traitable. En 2026, il est inacceptable que des personnes continuent de mourir ou de développer des formes graves simplement parce qu’elles n’ont pas accès aux moyens de prévention, au diagnostic et aux traitements essentiels. »

Les décisions de financement du Fonds mondial reposent sur les priorités nationales. Elles influencent considérablement l’accès aux services de santé dans les contextes où le paludisme, le VIH et la tuberculose sont prépondérants.

La décision d’exclure le Nord-Kivu des futures priorités de financement intervient alors que son système de santé pourrait bientôt être mis à rude épreuve par l’épidémie de maladie Ebola en cours. Les premiers symptômes du paludisme et ceux de maladie Ebola sont similaires, ce qui complique le diagnostic et retarde la mise en place d’un traitement approprié. Cette situation risque d’accroître la pression sur un système de santé déjà fortement sollicité.

Une personne dans un état critique est transférée vers le centre de traitement de maladie Ebola de MSF à l’hôpital de Mongbwalu, dans la province d’Ituri. République démocratique du Congo, 2026. © Alexis Huguet/MSF

« Le Nord-Kivu est l’une des provinces les plus durement touchées par le conflit armé », alerte Stéphane Doyon. « Les déplacements répétés de personnes, l’insécurité alimentaire et les difficultés d’accès aux soins créent des conditions qui favorisent la transmission du paludisme. Ils augmentent aussi le risque de développer une forme grave de la maladie. »

De nombreuses personnes fuient leurs maisons en raison des combats entre des groupes armés alliés au gouvernement et l’AFC/M23, qui contrôle une bonne partie de la province. Elles cherchent refuge dans des secteurs isolés, dont les forêts. Les communautés y sont exposées à un risque accru de paludisme, alors que l’accès aux soins y est limité.

En 2025, le paludisme représentait entre 48 % et 58 % des consultations dans trois zones de santé du Nord-Kivu : Bambo, Kibirizi et Rutshuru. Plus de 255 000 cas simples et plus de 26 000 cas graves ont été pris en charge par MSF, le ministère de la Santé et leurs partenaires. Au total, plus de 165 560 personnes ont été traitées dans des structures de santé soutenues par MSF.

Des personnes attendent d’être examinées au centre de santé de Bushanga, à Mweso, dans le Nord-Kivu. République démocratique du Congo, 2023. © Laora Vigourt/MSF

Depuis quelques années, les mesures essentielles de prévention du paludisme ont déjà été réduites dans certaines zones.

Depuis juin 2023, aucune distribution de moustiquaires n’a eu lieu dans les secteurs soutenus par le Fonds mondial. Entre juillet et décembre 2025, aucun moyen de contrôle du paludisme n’est parvenu dans le Nord-Kivu en raison de difficultés d’accès.

Face à ces pénuries récurrentes, MSF a dû acheter et fournir des médicaments et des tests de dépistage pour combler les manques dans différents centres de santé. En 2025, MSF a offert 53 % des traitements contre la forme simple de la maladie et 35 % des traitements contre la forme grave dans les structures de santé de Kibirizi, Bambo et Rutshuru. Ces zones sont également soutenues par le ministère de la Santé et leurs partenaires.

Cette situation n’est pas viable à long terme pour assurer la prévention et le contrôle de la maladie dans l’ensemble de la vaste province du Nord-Kivu.

Cette réalité s’inscrit dans un contexte sanitaire de plus en plus difficile. La province est marquée par des flambées récurrentes de maladies évitables. À cela s’ajoute la malnutrition, qui demeure une préoccupation croissante. Elle est régulièrement observée dans de nombreuses structures de santé soutenues par MSF. Associée au paludisme, elle augmente considérablement le risque de maladies graves et de décès, en particulier chez les enfants.

MSF appelle le Fonds mondial et les autorités de Kinshasa à réintégrer pleinement le Nord-Kivu dans la planification et l’allocation des ressources du GC8 consacrées à la réponse contre le paludisme. Elle appelle également les autorités sanitaires congolaises à garantir une répartition équitable des ressources, fondée sur les besoins des personnes les plus à risque. Cette répartition doit également tenir compte de la prévalence de la maladie.