République Démocratique du Congo: MSF ouvre un nouveau centre de traitement d’Ebola et restaure la confiance des communautés
Au Nord-Kivu, MSF renforce l’engagement communautaire dans la réponse à l’épidémie.
La maladie à virus Ebola continue de se propager dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Au Nord-Kivu, Médecins Sans Frontières (MSF) offre des soins et met en place un centre de traitement d’Ebola de 35 lits dans la ville de Butembo.
Nos équipes travaillent également avec les différents groupes et leaders communautaires des villes de Butembo et Beni, afin de rétablir la confiance, d’adapter les soins et de renforcer la sensibilisation communautaire.
« À Butembo, les personnes arrivent dans les structures de santé à un stade avancé de la maladie, ce qui explique la létalité élevée. Même si le système de suivi s’améliore, près de la moitié des personnes malades ont été en contact avec des cas qui n’ont pas été identifiés. »
– Hugo Soubrier, épidémiologiste de l’équipe d’urgence de MSF au Nord-Kivu
Mesures d’isolement et dégradation des systèmes d’alerte
La sœur Denise a été admise dans le nouveau centre d’isolement de Butembo, ouvert par MSF au début juillet. Une simple vitre les sépare. « Cela me rassure de la voir », dit-elle. Jour et nuit, Denise et des membres de sa famille veillent sur elle. Ils scrutent les moindres faits et gestes des équipes médicales. Les résultats des tests de la sœur de Denise ne sont pas encore connus. Cependant, des membres du voisinage ont été déclarés positifs à la maladie à virus Ebola.
« L’objectif de cette mesure d’isolement, c’est d’abord d’endiguer la propagation de la maladie, mais aussi de permettre aux proches des personnes hospitalisées de les visiter », explique Delmas Kalemba, responsable logistique de MSF. À Butembo, nous avons rénové un bâtiment de l’hôpital général de référence afin d’y installer un centre de traitement d’Ebola de 35 lits.
Cependant, à mesure que l’épidémie se propage, les systèmes d’alerte se dégradent. À la date du 13 juillet, les zones de santé de Butembo et Béni enregistraient respectivement 122 et 31 cas confirmés pour 77 et 20 décès. « C’est bien en deçà de la réalité », s’inquiète Hugo Soubrier, épidémiologiste de l’équipe d’urgence de MSF au Nord-Kivu. « À Butembo, les personnes arrivent dans les structures de santé à un stade avancé de la maladie, ce qui explique la létalité élevée. Même si le système de suivi s’améliore, près de la moitié des personnes malades ont été en contact avec des cas qui n’ont pas été identifiés. » Au 10 juillet, l’épidémie s’était également propagée à deux nouvelles provinces, le Tshopo et le Haut-Uélé.
Cette 17e épidémie de maladie à virus Ebola intervient dans un contexte sécuritaire instable qui favorise la méfiance et la propagation de fausses informations. À Butembo et Beni, les deuxième et troisième plus grandes villes du Nord-Kivu, les gens restent profondément marqués par l’épidémie de 2018-2020. Plusieurs événements traumatiques ont érodé la confiance des communautés envers la réponse médicale : perte de proches, manque d’information, peur liée à la maladie et personnes infectées sans droit de visite. En 2019, un centre de traitement d’Ebola cogéré par le ministère de la Santé et MSF avait d’ailleurs été en partie incendié.

Une maladie entourée de rumeurs
« Certaines personnes nous ont conseillé de ne pas nous rendre au centre de santé », avoue Elise*, qui accompagne son mari testé positif au virus. « Ils nous ont dit que les médecins allaient nous donner des médicaments qui allaient rendre mon époux malade d’Ebola. » Elise préfère rester aux côtés de son époux plutôt que de prendre le risque d’infecter ses enfants et par peur de la stigmatisation. MSF a mis une chambre à sa disposition au sein de l’hôpital.
Dans des régions où l’assistance humanitaire est rare, le retour des personnes impliquées dans la réponse de la précédente épidémie alimente certaines idées fausses. « Les rumeurs traversent toutes les couches de la société », observe Pablo Paluku Lwanzo, médecin-chef de la zone de santé de Butembo. « Certaines personnes nient l’existence de la maladie ou nous accusent d’empoisonnement. »
À cette désinformation s’ajoute une autre idée apparue lors des réponses précédentes : l’« Ebola business ». Selon des enquêtes parues dans les médias, la gestion des dernières épidémies avait été marquée par des détournements de fonds et des abus, notamment des violences sexuelles et basées sur le genre. Les conséquences de cette perte de confiance sont doubles : les personnes hésitent à se faire soigner et la sécurité du personnel humanitaire est fragilisée.


Les communautés au cœur de la réponse
Afin de restaurer la confiance entre les communautés et le personnel de la santé et d’endiguer l’épidémie, MSF place les personnes au cœur de la réponse.
« Ce sont les gens qui ont déjà vécu Ebola qui ont la connaissance du terrain, des enjeux et de la réponse qui est la plus adaptée », explique Margot Grelet, coordonnatrice de projet à Butembo. « La plus-value de MSF ici est notre capacité d’offrir des médicaments et de l’équipement, et de mettre à disposition un personnel médical formé. »
« Nous nous appuyons sur les leaders de groupements, les leaders communautaires et des associations de la société civile pour relayer nos messages au sein des communautés. »
– Delphine Ferry, responsable de la promotion de la santé de MSF
Nos équipes rencontrent régulièrement les leaders communautaires et religieux afin d’adapter au mieux leurs activités. « Nous nous appuyons sur les leaders de groupements, les leaders communautaires et des associations de la société civile pour relayer nos messages au sein des communautés », explique Delphine Ferry, responsable de la promotion de la santé. Cette approche de sensibilisation communautaire est privilégiée par les équipes à Butembo et Beni, à 50 kilomètres au nord.
Nos équipes sensibilisent les gens à se rendre au centre d’isolement et de traitement le plus tôt possible, dès l’apparition des symptômes. Cela améliore la prise en charge ainsi que les chances de guérison et de survie.
Les 150 relais communautaires formés par MSF répondent également à une variété de questions. Qu’est-ce que le virus Bundibugyo? Comment les personnes sont-elles prises en charge dans les centres de traitement? Quels soutiens MSF apporte-t-elle aux familles? Les relais communautaires sont des personnes issues de la communauté. Elles sont les porte-voix des ONG et du ministère de la Santé, qu’accompagnent au quotidien les équipes de promotion de la santé de MSF dans les différentes zones de santé.
Cette volonté de MSF de se rapprocher des communautés se traduit aussi dans ses choix opérationnels. À Béni, parallèlement à la construction d’un centre de traitement d’Ebola de 26 lits près de l’hôpital général de référence, nos équipes soutiennent deux centres de santé et y offrent gratuitement des soins de santé primaires.
Dans les zones de santé de Kanzulinzuli et Malepe, 12 chambres d’observation ont été construites, et 11 autres sont en cours de construction à Madrandele et Kasabinyole. Ces espaces permettent d’isoler et de soigner les personnes suspectées d’être infectées au virus Ebola, tout en permettant de protéger leurs proches qui leur rendent visite.
* Les noms ont été modifiés pour protéger la vie privée.