République démocratique du Congo : ne pas négliger les autres crises sanitaires face à l’épidémie de maladie Ebola
Alors que l’épidémie de maladie Ebola fait rage dans l’est du pays, la rougeole, le choléra, le paludisme et les conflits armés aggravent les besoins en soins de santé.
Alors que d’importants moyens sont mobilisés pour répondre à l’épidémie de maladie Ebola en République démocratique du Congo (RDC), d’autres crises sanitaires persistent dans l’est du pays. Médecins Sans Frontières (MSF) appelle à maintenir les soins et les financements nécessaires pour éviter que la situation humanitaire ne se détériore. Le choléra, la rougeole, le paludisme et les conflits armés continuent notamment de menacer des milliers de personnes dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu.
Depuis la déclaration de l’épidémie de maladie Ebola, l’attention médiatique et les ressources se concentrent largement sur cette crise. Cette mobilisation est indispensable pour contenir l’épidémie. Elle ne doit toutefois pas se faire au détriment des autres besoins sanitaires et humanitaires qui persistent dans ces deux provinces.
« Pour les familles que nous soutenons, aucune crise n’est plus importante qu’une autre. Qu’un enfant meure de la rougeole ou du paludisme, ou qu’une personne succombe au choléra ou à la maladie à virus Ebola, chaque vie compte. »
– Yvan Mbangi, coordonnateur médical adjoint de MSF à Goma
Cette épidémie survient dans un contexte déjà marqué par de nombreuses crises sanitaires et humanitaires. Les communautés vivent sous la pression des conflits armés. Les affrontements répétés provoquent des déplacements, interrompent les campagnes de vaccination, limitent l’accès à l’eau potable et compliquent l’accès aux soins.
À cette situation déjà fragile s’ajoute désormais la peur liée à la maladie Ebola. Dans les provinces touchées par l’épidémie, la crainte d’être exposé au virus Bundibugyo dissuade certaines personnes de se rendre dans les établissements de santé. Cette peur peut retarder le traitement et entraîner des décès, y compris en cas de maladies courantes. Elle risque ainsi d’aggraver des situations pourtant évitables et de fragiliser davantage l’accès aux soins de santé primaires.
« La maladie à virus Ebola est une crise majeure, mais ce n’est pas la seule », explique Joshua Eckley, responsable des programmes de MSF au Sud-Kivu. « Chaque jour, nous recevons aussi des personnes atteintes d’autres maladies, blessées par les combats ou survivantes de violences sexuelles. Pour ces communautés, toutes ces crises coexistent et nécessitent une réponse simultanée. Lorsque les soins de santé de base sont interrompus, davantage de personnes risquent de mourir de maladies évitables. Il est donc indispensable de maintenir l’accès aux soins de santé primaires pour toutes les personnes qui en ont besoin. »
La rougeole et le choléra se propagent vers l’est
Alors que la maladie à virus Ebola retient l’attention, d’autres épidémies se propagent dans l’est du pays. Selon les données officielles pour l’ensemble du pays, plus de 108 643 cas suspects de rougeole ont été dénombrés de janvier à juillet 2026, dont 1 394 décès. Près de la moitié du total des cas est concentrée au Nord et au Sud-Kivu. Parallèlement, le pays a déjà enregistré une hausse du choléra, soit plus de 35 464 cas suspects et plus de 1 051 décès. Plus de 40 % des cas rapportés se concentrent également dans ces deux provinces.
MSF intervient pour lutter contre la rougeole au Nord et au Sud-Kivu. Les équipes ont mené six interventions en réponse à des épidémies de rougeole, dont les plus récentes à Shabunda, au Sud-Kivu, et à Walikale, au Nord-Kivu. Au total, ces interventions ont permis de traiter plus de 12 050 personnes et de vacciner plus de 283 150 enfants.
Ailleurs dans le pays, les équipes de MSF font aussi face à une recrudescence préoccupante du choléra. À Bukavu et Shabunda, au Sud-Kivu, MSF intervient auprès des communautés confrontées à cette maladie depuis une flambée de cas enregistrés l’année passée dans la province. Entre mai et début août 2026, les équipes de MSF sont également intervenues lors d’une épidémie à Goma. Au total, plus de 2 410 personnes atteintes du choléra ont été traitées dans les établissements soutenus par MSF.
« Pour les familles que nous soutenons, aucune crise n’est plus importante qu’une autre. », déclare Yvan Mbangi, coordonnateur médical adjoint de MSF à Goma. « Qu’un enfant meure de la rougeole ou du paludisme, ou qu’une personne succombe au choléra ou à la maladie à virus Ebola, chaque vie compte. »
MSF répond simultanément aux épidémies de maladie Ebola, de rougeole et de choléra à travers le pays. L’organisation intervient notamment à Masisi, Mweso, Walikale, Bambo, Kibirizi, Kirotshe, Goma et Rutshuru, au Nord-Kivu, ainsi qu’à Minova, Bunyakiri et Uvira, au Sud-Kivu. Mais face à l’ampleur des besoins, cette mobilisation reste largement insuffisante. Ces crises nécessitent un engagement beaucoup plus important des autorités sanitaires et des organisations humanitaires. Il est essentiel de garantir l’accès aux soins aux personnes qui en ont le plus besoin.
Ne pas reléguer les autres crises au second plan
Alors que les besoins humanitaires ne cessent d’augmenter, les aides financières diminuent. Le Nord-Kivu ne recevra notamment plus de financement du Fonds mondial pour la lutte contre le paludisme. Pourtant, cette maladie reste la principale cause de mortalité en RDC, y compris au Nord-Kivu.
En raison des combats, de nombreuses familles cherchent refuge dans des secteurs isolés, dont les forêts. Les communautés y sont exposées à un risque accru de paludisme, alors que l’accès aux soins y est limité.
« Nous appelons les autorités, les bailleurs de fonds et les agences humanitaires à maintenir et à renforcer leur soutien. Il faut continuer à répondre aux besoins multiples des communautés. »
– Joshua Eckley, responsable des programmes de MSF au Sud-Kivu
« Nous risquons de voir diminuer les financements consacrés à la maladie qui, pourtant, tue le plus dans cette région », alerte Yvan Mbangi. « Ce serait un paradoxe dramatique. Mobiliser des ressources considérables pour répondre à une épidémie au détriment d’une maladie plus meurtrière. »
Des années de conflit, de déplacements massifs et d’insécurité chronique ont profondément fragilisé le système de santé au Nord et au Sud-Kivu. La forte baisse des financements humanitaires a encore aggravé la situation. De nombreux centres de santé et hôpitaux fonctionnent au ralenti en raison du manque de personnel, de médicaments ou d’équipements. D’autres ont dû suspendre leurs activités en raison des violences. Dans plusieurs régions du pays, des centaines de milliers de personnes sont privées d’un accès régulier aux soins.
« Les besoins médico-humanitaires continuent de croître dans l’est de la RDC. Nous appelons les autorités, les bailleurs de fonds et les agences humanitaires à maintenir et à renforcer leur soutien. Il faut continuer à répondre aux besoins multiples des communautés », conclut Joshua Eckley. « Il est essentiel que toutes les crises soient traitées simultanément. »