Une infirmière prend la température d’un enfant dans le centre de santé de Farboor, dans un camp pour personnes déplacées soutenu par MSF à Baidoa. Somalie, 2026. © Yahya Mohammed/MSF
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Somalie : ne pas attendre qu’une famine soit officiellement déclarée

Un enfant sur deux souffre de malnutrition aiguë dans les camps pour personnes déplacées de Baidoa, au sud-ouest du pays.

En juillet, Médecins Sans Frontières (MSF) a mené une enquête dans les camps pour personnes déplacées de Baidoa, dans le sud-ouest de la Somalie. Les résultats montrent qu’un enfant examiné sur deux souffre de malnutrition aiguë et qu’un enfant sur quatre souffre de malnutrition aiguë sévère.

« Derrière chaque statistique, il y a un enfant », déclare Allara Ali, coordonnatrice de projet de MSF en Somalie. « Ce que nous constatons est choquant et dépasse le seuil d’une situation d’urgence extrême. Il est tout aussi choquant de constater le manque de réactivité des bailleurs de fonds, qui continuent de réduire, voire de retirer leur soutien à la Somalie. »

Des enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère reçoivent des soins dans le centre de nutrition thérapeutique de l’hôpital régional de Bay, soutenu par MSF à Baidoa. Somalie, 2026. © Yahya Mohammed/MSF

Une crise qui manque cruellement d’attention

Dans la ville de Baidoa, l’enquête menée auprès de 888 foyers vivant dans 14 camps pour personnes déplacées a également révélé qu’une famille sur trois survit avec un seul repas par jour.

« Il est rare que nous puissions avoir deux repas par jour. »

– Nuriyo, mère d’un enfant admis pour malnutrition aiguë sévère à Baidoa

MSF appelle les bailleurs de fonds, les organisations internationales et les autorités sanitaires à intensifier sans délai la réponse d’urgence à Baidoa et dans les autres zones touchées de Somalie. Cette réponse doit être mieux coordonnée et dotée de moyens financiers suffisants pour renforcer la réponse à cette crise.

« Le monde ne peut pas attendre qu’une famine soit officiellement déclarée pour agir », alerte Allara Ali. « Il faut agir maintenant pour éviter des pertes en vies humaines. »

Une médecin effectue sa tournée matinale au centre de nutrition thérapeutique de l’hôpital régional de Bay, soutenu par MSF à Baidoa. Somalie, 2026. © Yahya Mohammed/MSF

La sécheresse et les déplacements aggravent la malnutrition

La sécheresse a plongé des centaines de milliers de personnes en Somalie dans une situation critique, les privant d’eau, de nourriture, de récoltes et de bétail. D’après l’ONU, plus de 500 000 personnes ont été déplacées en seulement trois mois, début 2026. Parmi elles, neuf sur dix l’ont été en raison de la sécheresse.

À Baidoa, 85 % des personnes déplacées sont des femmes et des enfants, qui sont également parmi les plus gravement touchés par la malnutrition.

Depuis le début de l’année, plus de 21 000 enfants ont été admis dans les centres de soins ambulatoires spécialisés dans la malnutrition soutenus par MSF à Baidoa. Ce chiffre représente plus du double de celui enregistré sur la même période en 2025.

Les hospitalisations ont également fortement augmenté : 2 890 enfants ont été pris en charge, soit 78 % de plus qu’un an plus tôt. Une hausse d’autant plus préoccupante que les chiffres de 2025 étaient déjà bien supérieurs à ceux de 2024.

« Un lit d’hôpital peut sauver un enfant, mais il ne peut pas le protéger s’il retourne dans un foyer où la nourriture, l’eau potable et les services de base manquent. »

– Allara Ali, coordonnatrice de projet de MSF en Somalie

« Il est rare que nous puissions avoir deux repas par jour », témoigne Nuriyo, mère d’un enfant admis pour malnutrition aiguë sévère à Baidoa. « Aucune organisation ne nous aide. L’une d’entre elles nous avait accordé une aide financière, mais c’était il y a trois ans. »

Au cours des deux derniers mois seulement, MSF a traité plus de 2 600 femmes enceintes et allaitantes atteintes de malnutrition.

Vue d’un camp pour personnes déplacées dans le quartier de Wadajir, à Baidoa. Somalie, 2026. © Yahya Mohammed/MSF

MSF ne peut y arriver seule

MSF a triplé le nombre de lits de l’une de ses structures médicales, passant de 50 à 150. Les équipes de MSF ont également distribué des articles de première nécessité et acheminé des camions d’eau potable aux communautés déplacées de Mudug et de Baidoa. Mais les soins médicaux et l’assistance d’urgence ne suffisent pas à eux seuls à répondre à l’ampleur de cette crise.

« Un lit d’hôpital peut sauver un enfant aujourd’hui », affirme Allara Ali. « Mais il ne peut pas le protéger s’il retourne dans un foyer où la nourriture, l’eau potable et les services de base manquent. »

Un assistant en nutrition prépare du lait thérapeutique destiné aux personnes souffrant de malnutrition aiguë dans le centre de nutrition thérapeutique de l’hôpital régional de Bay, soutenu par MSF à Baidoa. Somalie, 2026. © Yahya Mohammed/MSF

Les coupes budgétaires fragilisent un système de santé à bout de souffle

Malgré l’ampleur des souffrances, la Somalie est reléguée au second plan par plusieurs grands bailleurs de fonds, notamment le Royaume-Uni et les États-Unis. En conséquence, le plan d’intervention humanitaire de la Somalie a été réduit de 40 % en 2026. Ces coupes dans le financement fragilisent davantage un système de santé déjà à bout de souffle, contraint de répondre à une crise qui dépasse largement ses capacités.

« La crise de malnutrition qui frappe le sud-ouest de la Somalie est un exemple flagrant d’indifférence et d’irresponsabilité », déclare Allara Ali.

MSF appelle de toute urgence à intensifier la réponse à la malnutrition aiguë sévère, à augmenter les capacités d’hospitalisation et à garantir un approvisionnement continu en aliments thérapeutiques, médicaments et matériel médical. Nous demandons également la mise en place de campagnes de vaccination plus larges et mieux ciblées, afin d’atteindre les communautés les plus isolées et encore insuffisamment couvertes.

  • Selon la dernière analyse du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire, environ 6 millions de personnes, soit environ une personne sur trois, sont confrontées à des pénuries alimentaires en Somalie.
  • Près de 1,9 million de personnes se trouvent en situation d’urgence.
  • Près de 512 000 personnes ont été déplacées à l’intérieur de la Somalie au cours des trois premiers mois de 2026.
  • Le plan d’intervention humanitaire de la Somalie 2026 a été réduit à 1,19 milliard de dollars canadiens et ne cible que 2,4 millions de personnes, soit moins de la moitié des personnes qui en ont le plus besoin.
  • L’organisation internationale CARE indique que les coupes dans le financement ont contraint à fermer 50 de ses 80 centres de santé et de nutrition soutenus en Somalie depuis janvier. D’ici octobre, 15 autres sont menacés de fermeture.
  • Les bailleurs de fonds traditionnels, notamment les États-Unis et le Royaume-Uni, ont relégué la Somalie au second plan. Les organisations humanitaires se retrouvent sans les ressources nécessaires pour prévenir des décès évitables. Les États-Unis, qui étaient l’un des principaux bailleurs de fonds de la Somalie depuis des années, ont totalement suspendu leur aide en 2026.
  • La Somalie fait face à une crise de malnutrition d’une gravité comparable à celle de 2022, avec près de 1,88 million d’enfants qui pourraient avoir besoin d’un traitement en 2026.
  • L’aide internationale destinée à la Somalie a diminué de 88 % depuis 2022.