Un membre du personnel de MSF analyse des échantillons de sang au centre de traitement d’Ebola Elikya, à Bunia, dans la province d’Ituri. République démocratique du Congo, 2026. © Julien Dewarichet/MSF
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Le Canada et la mise au point d’un vaccin contre le virus Bundibugyo

Essais cliniques sur les vaccins au Canada

Adam Houston
conseiller en politiques médicales et plaidoyer

En août, Santé Canada a annoncé que des essais cliniques de phase 1 ont été autorisés au Canada pour un vaccin candidat contre le virus Bundibugyo. Développé par la société pharmaceutique américaine Moderna, ce vaccin constitue une avancée positive vers l’ajout d’un outil indispensable à la panoplie de moyens de lutte contre les épidémies. Cependant, cela nous rappelle également que, depuis deux décennies, le soutien du gouvernement du Canada n’a pas été suffisant. Il n’a pas permis de garantir que les innovations canadiennes visant à lutter contre des maladies graves, comme la maladie à virus Ebola, puissent sortir des laboratoires et parvenir en temps opportun aux personnes qui en ont besoin.

Il n’existe actuellement aucun vaccin homologué contre le virus Bundibugyo. Il s’agit de l’un des virus pouvant causer la maladie à virus Ebola, qui est à l’origine de l’épidémie actuelle, dont l’épicentre se situe en République démocratique du Congo. À la fin du mois de juillet 2026, cette épidémie était devenue la deuxième plus importante épidémie de maladie Ebola jamais enregistrée, et elle continue de se propager à un rythme alarmant.

Le vaccin de Moderna est l’un des quatre principaux vaccins candidats contre le virus de Bundibugyo. Tous bénéficient du soutien de l’organisation mondiale CEPI (Coalition for Epidemic Preparedness Innovations), qui bénéficie elle-même d’un financement du Canada, entre autres contributeurs. À l’instar de son vaccin phare contre la COVID-19, le vaccin candidat de Moderna contre le virus Bundibugyo est un vaccin à ARNm. C’est le deuxième à atteindre l’étape des essais cliniques. Le premier vaccin candidat à avoir fait l’objet d’essais cliniques, quelques semaines plus tôt au Royaume-Uni, a été mis au point par l’Université d’Oxford à l’aide de la plateforme ChAdOx1. Il s’agit de la même plateforme vaccinale que celle utilisée pour le vaccin contre la COVID-19 d’AstraZeneca.

Les troisième et quatrième vaccins candidats, qui n’ont pas encore fait l’objet d’essais cliniques, proviennent respectivement de l’IAVI (International AIDS Vaccine Initiative) et de Public Health Vaccines. Ces deux vaccins utilisent la plateforme rVSV, la même technologie que celle employée pour le premier vaccin approuvé contre la forme la plus courante de la maladie Ebola (causée par le virus Ebola). La plateforme rVSV a été mise au point par l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC) au Laboratoire national de microbiologie du Canada, à Winnipeg. Toutefois, bien que le gouvernement du Canada ait développé cette plateforme il y a plus de deux décennies, il s’est montré décevant par sa passivité quant à la mise sur le marché de vaccins à base de rVSV.

Plutôt que de mettre en place une chaîne de production complète, depuis les premières étapes de la recherche jusqu’à la fabrication du produit fini, la stratégie du gouvernement du Canada a été toute autre. Elle a consisté à octroyer des licences de la technologie qu’il a mise au point à des tiers afin de commercialiser des vaccins candidats utilisant la technologie rVSV. Et ce, bien que les laboratoires pharmaceutiques, motivés par le profit, ne s’intéressent guère aux maladies qui provoquent des épidémies presque exclusivement dans les pays à faibles revenus.

C’est particulièrement flagrant dans le cas des vaccins contre la maladie à virus Ebola. La licence initiale pour le portefeuille de vaccins rVSV de l’ASPC a été accordée à une entreprise qui n’avait jamais mis de produit sur le marché auparavant et qui, à son tour, a laissé les vaccins rVSV prendre la poussière plutôt que de faire avancer leur développement. Ce n’est que pendant l’épidémie de maladie Ebola en Afrique de l’Ouest que le portefeuille de vaccins à base de rVSV a été remis au goût du jour. Il a été concédé sous licence au géant pharmaceutique Merck, qui a finalement mis sur le marché le premier vaccin efficace contre la maladie à virus Ebola (Ervebo), à un prix toutefois très élevé.

Manque de financement et manque de volonté politique pour apporter un soutien à l’innovation canadienne

Comme MSF l’a déjà souligné*, même après le succès du vaccin Ervebo, le Canada n’a pratiquement rien fait pour faire progresser davantage cette technologie développée localement par son laboratoire public. Cela aurait permis de lutter contre d’autres menaces, notamment la deuxième forme la plus courante de la maladie d’Ebola (causée par le virus Soudan), ainsi que d’autres maladies, comme la maladie de Marburg (causée par le virus Marburg, un parent plus éloigné des virus responsables de la maladie Ebola) et la fièvre de Lassa (un problème grave et persistant dans des pays comme le Nigéria).

Il faut toutefois reconnaître que, dans les dernières années, le gouvernement du Canada a pris la mesure positive d’accorder également une licence pour la technologie rVSV à des organismes à but non lucratif comme l’IAVI (International AIDS Vaccine Initiative). Cependant, bien que le financement gouvernemental ait continué à soutenir le développement de vaccins rVSV, ce financement ne provenait pas du gouvernement du Canada. Le soutien au développement de cette innovation, issue d’un laboratoire du gouvernement canadien, est venu d’autres gouvernements, comme ceux des États-Unis et de l’Union européenne.

Cela reflète un problème de longue date. Il y a plus d’une décennie, une analyse interne de l’ASPC* indiquait que « l’ASPC dispose déjà de la technologie nécessaire pour fabriquer un vaccin panfilovirus, mais pas des fonds pour le produire ». Elle attribuait alors ce problème à un manque de volonté politique. Or, un vaccin panfilovirus est efficace contre toutes les souches du virus Ebola, y compris celle de Bundibugyo, ainsi que contre des virus apparentés comme celui de Marburg. Il constituerait un outil extraordinaire pour la santé publique mondiale.

Imaginez un scénario alternatif dans lequel un soutien politique fort, il y a plus de dix ans, aurait garanti un financement généreux permettant à cette innovation canadienne aux importantes répercussions mondiales de progresser rapidement. Aujourd’hui, nous en serions à tout le moins au-delà des essais de phase 1. Peut-être aurions-nous même disposé d’un vaccin panfilovirus prêt à faire face non seulement à l’épidémie actuelle, mais aussi à d’autres épidémies de maladie à virus Ebola et de maladie de Marburg causées par différents virus.

Les outils novateurs ne peuvent être utiles que s’ils sont accessibles

L’annonce des essais cliniques soulève une autre question cruciale : l’accès au produit final. Même si un vaccin passe du laboratoire à l’autorisation réglementaire, il n’est utile que s’il parvient finalement à ceux et celles qui en ont besoin. Cet aspect est curieusement absent du communiqué de presse de Santé Canada, qui met l’accent sur l’autorisation réglementaire au Canada, où le risque lié au virus Bundibugyo est extrêmement faible. En revanche, l’annonce de Moderna concernant les essais cliniques* comprend bel et bien un engagement envers les pays à revenu faible et intermédiaire (PRFI) : mettre à disposition au moins 500 000 doses du vaccin (s’il est approuvé) à un prix plus abordable.

Il s’agit là d’une mesure positive. Toutefois, le simple fait que cet engagement doive être explicitement formulé est un indicateur troublant de la manière dont l’accès aux médicaments innovateurs est habituellement priorisé. En effet, même dans l’annonce actuelle, on ne peut pas supposer sans réserve que l’engagement à garantir un accès « en temps opportun » à ces doses pour les PRFI signifie que les réserves de biosécurité des pays riches, prêts à payer des prix élevés, ne seront pas toujours prioritaires.

Il faut également espérer que cet engagement soit contraignant et exécutoire dans le cadre de l’entente conclue entre Moderna et la CEPI. Comme nous l’avons malheureusement constaté avec l’« engagement en matière de brevets » pris par Moderna concernant son vaccin contre la COVID-19*, il arrive que les entreprises reviennent sur leurs promesses d’accès, en particulier lorsqu’il n’existe aucun moyen de les faire respecter. Cependant, la CEPI a elle aussi été critiquée* pour ne pas accorder à l’accès la priorité qu’il mérite.

L’épidémie de virus Bundibugyo devrait rappeler une fois de plus au gouvernement du Canada qu’il est important de financer adéquatement le développement des innovations de bout en bout dans le domaine de santé. Cela vaut tout particulièrement pour les maladies qui ne constituent pas une priorité pour les entreprises à but lucratif, malgré leur importance en matière de santé mondiale. Mais il est également essentiel de veiller à ce que le financement public destiné à ces innovations, même lorsqu’il transite par des organismes comme la CEPI, soit assorti de conditions d’accès garantissant que les investissements publics accordent la priorité à la protection de la santé publique plutôt qu’au subventionnement de la richesse privée.

* Document source disponible en anglais seulement.